Épilogue : À celles qu'on n'a pas laissées aimer
Le soleil tombait doucement sur les collines, et la lavande oscillait sous le vent, toujours fidèle, toujours bleue.
Élise était assise sur le banc de pierre, celui près du vieux mûrier. Le même où, des années plus tôt, elle avait croisé ce regard. Celui de Madeleine. Le regard qui avait changé tout ce qu’elle croyait savoir d’elle-même.
Madeleine était partie deux ans plus tôt, dans son sommeil, sans souffrance.
Elles avaient vécu ensemble, discrètement, dans la maison aux volets verts. Officiellement, elles étaient « deux vieilles amies inséparables ». En réalité, elles avaient été tout. Le silence et le cri. L’exil et le retour. La blessure et le baume.
Aujourd’hui, Élise portait dans ses mains un petit carnet noir.
Le carnet de Madeleine.
Elle l’avait ouvert pour la première fois ce matin-là, comme on ouvre une porte qu’on n’osait plus pousser.
*"Je t’ai aimée dans chaque recoin de mon corps.
Même quand j’ai dû partir.
Même quand j’ai cru que tu m’oublierais.
Je n’ai jamais cessé de t’attendre.
Et tu es venue."*
Les larmes d’Élise coulèrent lentement. Mais elle souriait aussi. Parce que c’était vrai. Elles avaient vécu leur amour dans l’ombre, mais elles l’avaient vécu. Elles avaient volé au monde ce qu’il leur refusait. Et c’était déjà une victoire.
Au loin, une jeune fille passait, un bouquet de lavande dans les bras. Elle avait l’air libre. Sûre. Elle sourit à Élise, sans savoir.
Peut-être qu’un jour, elle, elle n’aurait pas à cacher ce qu’elle ressent.
Élise leva les yeux vers le ciel lavande.
Et dans un souffle, elle murmura :
— Est-ce que, dans un autre monde, on aurait pu s’aimer sans se cacher ?
Le vent lui répondit.
Pas avec des mots.
Mais avec cette même odeur familière, celle des jours d’enfance, des départs, des retours.
Celle d’un amour qui n’a jamais cessé d’exister.
Annotations