Chapitre 4

2 minutes de lecture

— Taren, nous sommes arrivés.

Devant eux, en contrebas, une vaste vallée s’étendait à perte de vue. A cette hauteur, la brume plus mince semblait retenue par une main invisible. Sous leurs pas le sol était plus sec et caillouteux, poli par un vent qu’ils ne sentaient pas à travers leurs combinaisons. La pente s’ouvrait sur un amphithéâtre vertigineux aux contours démesurés.

Le cratère d’Ombra.

Ils restèrent immobiles.

Taren serra la main d’Éléa.

— Par l’Ancienne Terre… c’est donc ici.

— Oui, répondit-elle doucement. Le premier point de contact. Là où les Premiers se sont posés. Là où la brume a commencé à penser.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

Éléa regarda Taren et lui sourit.

— Tu n’as toujours pas compris alors ? La brume n’est pas une menace. Elle se souvient. Elle garde tout ce que nous laissons ici. Elle apprend de nous.

Elle porta ses mains sur son ventre et reprit.

— Sans nous elle s’éteint. Sans elle nous sommes condamnés. Elle rêve à travers nous Taren.

Il l’enlaça. Il comprenait enfin.

En dessous d’eux, la brume se contracta comme un animal apeuré. Tout devint plus visible.

— Qu’est-ce qui lui prend ? murmura Taren.

— Elle se prépare.

— A quoi ?

— A l’attaque du Comité.

Ils levèrent les yeux.

Au-dessus de la vallée, le ciel dégagé se stria de lignes rouges avant que de petites ombres apparaissent. Elles glissaient comme des parasites métalliques affamés. Les drones orbitaux approchaient.

— Le Protocole de Purge a été validé, déclara Taren. Ils vont la détruire.

Éléa ne répondit pas. Debout au bord du précipice elle se contenta de regarder l’essaim mener son attaque. Les premières torpilles infrasoniques zébrèrent le ciel en direction du cratère. Elles explosèrent sans lumière, à l’intérieur du cratère, produisant une mélodie obscène de notes graves interminables qui firent frémir le ciel.

Taren attrapa Éléa pour la protéger de l’effet de souffle mais rien ne se produisit. Le bombardement cessa et tout se figea.

Les ondes se tordirent, absorbées par une force sans limite — la planète répondait.

La brume se mit à battre, comme un million de cœurs synchronisés. Le sol vibra, les pierres se soulevèrent, l’air se chargea d’humidité et d’eau. La lumière brilla davantage puis devint arc-en-ciel.

Dans le ciel, les parasites métalliques commencèrent à se dissoudre. Le métal en fusion tomba en pluie fine sur le tapis cotonneux qui s’épaississait en recouvrant la vallée. Tout fut absorbé. Les drones bombardiers disparurent un à un tandis que des bulles de lumière montaient du sol pour gagner l’atmosphère.

— Qu’est-ce qu’elle fait ? demanda Taren qui ne grimaçait plus.

— On dirait qu’elle part à la conquête des étoiles.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Ruben Saïd Faneen ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0