Prologue II

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Horreur, déception, désespoir. Ces émotions se bousculent dans l’esprit des maladroits qui se battent, jusqu’alors, sa possession. Ce qu’ils n’ont pas vu, - mais que nous savons, nous qui avons des avantages de ce côté des pages -, c’est que l’œuf n’était pas juste plein d’énergie. La vie. Un bébé. Un tout petit être pur aux joues potelées tombe alors. Par un miracle – presque prévisible - un individu passait alors le long de la rivière en contrebas.

Le jeune homme vêtu de longs habits sans prétention, saisit le nourrisson dans un réflexe imprévu. Il ne peut encore réaliser ce qu’il a attrapé qu’il est captivé par la couleur des yeux du petit être en train de s’éveiller. Semblable à l’ambre au soleil, la couleur chaleureuse de ses iris offre une profondeur presque réconfortante. Le tout parcouru par une énergie aux teintes d’or. De tels yeux. Cet enfant ne peut être qu’un simple humain , pense alors l’étranger.

L’humble individu de passage, encore en questionnement sur la surprise que lui a tout juste offert le ciel, se fige. Le bébé prêt à pleurer perd soudainement conscience. Et comme cela ne suffisait pas, il devient presque brûlant. En fait, sa chaleur corporelle ne cesse de monter. Le jeune homme ne sait déjà pas comment s’occuper d’un nourrisson. Mais un nourrisson dans un pareil état ? Décontenancé par la situation et l'urgence, il se met à courir aussi vite que le vent. Le temple, je dois atteindre le temple, et vite, se dit-il a lui-même.

Arrivé au temple, nourrisson au bras, le pèlerin s’écrie :

« Quelqu’un ? S’il vous plaît ! J’ai... Ce bébé a besoin d’aide ! ».

Un disciple arrive alors d’un pas rapide mais silencieux. Il regarde à peine le petit être bouillant qu’une goutte d’inquiétude apparaît sur sa tempe. Dans un élan de peur et de perplexité, il appelle à son tour avec un air sévère qui lui tend les traits du visage:

« Grand maître ! C’est important ! »

Le grand maître fait son entrée remarquée par la présence de son aura. Sans même se rapprocher des étrangers, il comprend tout de suite. Comme s’il a, toute sa vie, été préparé à cet évènement. On parle tout de même d’un miracle survenu après un drame. Comment est-il possible que ce grand maître d’un temple reculé aux pieds d’une montagne puisse avoir une telle éducation ? Néanmoins, l’homme âgé aux habits colorés sans artifices s’avance d’un pas décidé et confiant vers le jeune homme.

« Depuis combien de temps est-il dans cet état ? demande l’homme, la voix vibrante d’émotion.

- Je ne sais pas très bien, réfléchit le pèlerin. Je l’ai attrapé au pied d’une falaise. Il a à peine ouvert les yeux qu’il avait déjà perdu connaissance, raconte-t-il.

- Cette énergie… reprend en songeant le grand maître, la main sur sa longue barbe. Cette magie ! Rien d'anormal, de différent ? interroge-t-il soudainement d’un ton impatient.

- Eh bien, euh…, hésite le jeune homme. Ses yeux ont une couleur chaleureuse comme la sève avec une sorte de lueur dorée je dirais. Une lueur que je n'avais jamais vue avant. Et je me sens étonnamment très en forme depuis que je le tiens. Mais lui…

- Oui, ne perdons pas de temps ! répond l’homme du temple. Vite ! Suivez-moi ! ordonne-t-il d’un ton aussi respectueux que pressé. »

Le jeune étranger seconde les pas de l’érudit. Puis, après moult couloirs et plusieurs descentes d’escaliers, ils finissent par traverser une petite cour au plus près de la montagne. Ils arrivent devant un portail en pierre et en métal gardé par deux gardes armés d’une lance et d’une épée. Ce détail n’échappe pas au jeune homme : des armes, dans l’enceinte d’un temple ? pense-t-il.

Le sage sort une clef du trousseau attaché à sa ceinture. Les mains tremblantes, il déverrouille. Après avoir lancé un regard aux deux gardes, comme pour leur rappeler de bien garder la porte, il fait signe au sauveur de l’œuf de le suivre.

Le pas hésitant, le jeune pèlerin s’exécute. Dans une autre situation, il aurait probablement refusé. Bien qu’être dans l’enceinte d’un temple ne représente, en général, aucun danger. Des gardes armés, cela fait un peu tâche dans le décor... Mais il n’y a pas de temps pour les questions. Chaque goutte de sueur qui tombe du front du nourrisson est un grain de sable dans un sablier.

Après avoir descendu des marches semblant mener vers un lieu de culte désaffecté depuis des générations, le grand maître du temple se tourne enfin vers son invité. Son regard se pose vers l’enfant. Le temps semble passer au ralenti, rendant l’anxiété du sage presque palpable. Puis il s’oriente vers une statue assez grande pour se demander combien de mois cela a demandé pour la sculpter. En forme d’un buste d’une divinité féminine, ses mains émergeant du sol. Les paumes vers le haut, elle paraît figée dans une éternelle attente.

« Les ancêtres avaient raison, marmonne le vieil homme. Ce n’était pas juste une légende.

- Comment ? s’enquiert le jeune homme, bébé toujours aux bras.

- Non ce n’est rien, répond-t-il en se rendant compte qu’il avait pensé à haute voix. »

J’aurais aimé qu’ils aient tort sur un point... , pense le maître. Il est temps de faire face. Il est temps d’examiner le bébé. Après une bonne inspiration et un souffle long, le sage fait le plein de courage. La pression sur son corps est aussi lourde que l’importance de la situation est grande. Cet être doit survivre. Le visage empli de tension, il s’avance vers le petit être dont il a tant entendu parlé tout au long de sa vie.

Après une courte pause qui parut des lustres, il tend la main au-dessus de l’enfant. Il croise au passage le regard rempli de questions du sauveur. Mais il n’a pas le temps d’y répondre. Nom d’un… ! pense le vieil homme surpris.

« On a encore moins de temps que je ne pensais, assure le sage.

- Comment ça ? demande le jeune homme visiblement perdu.

- Le pouvoir de cet enfant, sa magie ne fonctionne pas comme la majorité des êtres que vous avez pu croiser auparavant, commence-t-il à expliquer.

- D’accord…, répond le jeune homme attentif.

- Faisons simple, en général c’est le corps qui produit et/ou absorbe la magie environnante et la façonne. Chez cet enfant c’est un type de magie extrêmement rare que possédaient les créatures dont nous descendons tous, en grande partie. Son corps peut canaliser la magie, même la réguler, mais c’est son âme qui produit et est l’essence même de sa magie et ce, sans limite, continu le grand maître. »

Le jeune sauveur concentré sur ces paroles ne peut s’empêcher de ressentir la chaleur du nourrisson qui ne cesse de grandir.

« L’œuf a sans doute été trop endommagé et l’enfant est peut-être resté en dormance trop longtemps. Son corps est beaucoup trop faible pour accueillir une telle quantité de magie, ajoute le vieil homme. Il faudrait… Il faudrait dissocier l’âme du corps, le temps que le corps soit assez solide, annonce-t-il.

- Dissocier l’âme, est-ce bien là ce que vous dîtes ? Est-ce moralement acceptable ? Est-ce même possible ? s’agite le jeune homme en renfermant un peu plus son emprise sur le nourrisson.

- Oui, c’est possible. Morale ? On parle de sauver l’unique descendante d’une espèce disparue depuis des milliers d’années ! C’est même un devoir ! s’exclame le sage. Un devoir qui pourrait me coûter la vie… marmonne-t-il en regardant vers le sol. »

Il relève la tête et pose ses mains sur les épaules du jeune homme.

« Plus de temps à perdre ! Vite ! Aller poser l’enfant dans les mains de la statue là-bas, ordonne-t-il aussi respectueusement que possible.

- Mais… hésite le pèlerin.

- Voulez-vous la sauver ? questionne le vieil homme.

- La...? réfléchi le sauveur en regardant le nourrisson. Oui, bien sûr… répond-t-il sur un ton de réflexion.

- Alors faîtes dont, nous n’avons plus le temps de jacasser ! conclut le sage impatient. »

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