Chapitre 5 - III

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La confidente aux cheveux bruns souffle. Elle ne veut pas trahir la confiance de Lana. Mais elle ne veut pas non plus que cette dernière s’inquiète plus que nécessaire. Après tout, Éonne est la seule personne qui arrive à faire perdre à sa mère son sang-froid. Elle est sa seule faiblesse.

– Bon, d'accord, répond-elle. Comment vous sentez-vous ? Avez-vous chaud ? demande-t-elle.

– Un peu. Mais ça va aller, assure la jeune fille.

– Un peu, c’est déjà trop, rétorque Marinette en récupérant la robe abîmée. Vous le savez. Veuillez vous rendre dans la salle de bain. J’arrive.

– Mais… commence-t-elle.

– Pas de mais, répond-elle. C’est ça ou je l’annonce à votre mère.

– Je suis sûre qu’une glace sera suffisante, insiste Éonne.

– Non, une glace vous fait vous sentir mieux, certes. Mais ce n’est que passager. Si vous ne prenez pas un bain froid maintenant, même moi je ne pourrais cacher votre incident, affirme-t-elle.

– Bon d’accord, obéit-elle.

Dans la salle de bain, la jeune fille regarde la baignoire avec appréhension. Pas parce que l’eau est froide. Mais parce que cela lui rappelle toujours de mauvais souvenirs.

Il y a deux ans, son étrange pouvoir à commencé à s'éveiller. Lors d'une visite dans un petit village avec sa mère, Éonne est tombée sur un piège de chasseur. L’objet métallique dentelé s'était refermé sur sa jambe. Paniquée, Lanavelys avait retourné tout le village pour trouver un médecin.

Pauvre de ses compétences, le médecin ne put que constater la profondeur de la plaie. Muscle perforé, veines sectionnées, os fissurés. Le piège n'était pas fait pour chasser de simples loups. L’homme a fait ce qu’il a pu mais ne donnait pas un bon diagnostique.

Durant la nuit, le corps de la jeune fille se mit à chauffer de plus en plus. Ce n’était pas une simple fièvre. C’était plus que cela. Sa mère, fatiguée par toutes ses actions et l'inquiétude étouffante, paniqua à nouveau.

Prises dans l’urgence, plutôt que d’aller chercher le médecin, Lana et Marinette ont d’abord placé le corps bouillonnant d’Éonne dans une baignoire d’eau glacée.

Une lueur à la couleur chaleureuse commença à passer à travers le bandage. Les deux femmes étaient subjuguées. Toujours inquiètes, elles ne se laissèrent pas décontenancées pour autant. Elles faisaient des aller-retour à la rivière d'à côté pour rafraîchir l’eau.

Une fois la crise passée et la lueur partie la curiosité prit place. Lanavelys sentit qu’un miracle avait eu lieu et défit le tissu de la plaie. Et les yeux écaillés mais vitreux d'émotions imminentes, la mère expira un long soupir chargé de tension. La plaie avait totalement disparu. La princesse et sa servante se sont alors regardées et se sont promises que personne ne saura jamais rien de tout cela.

Éonne de son côté, à vécu la scène autrement. Elle n’était pas totalement inconsciente. Elle entendait tout. Et tandis que sa plaie se guérissait, toutes les émotions contenues dans la pièce se renversèrent sur elle. Déjà sensible, elle commença à ressentir les motions si intensément qu’elles oppressèrent son corps d’un surplus contenu. Et la chaleur était si forte, elle était comme piégée dans un sauna. Presque incapable de respirer, les membres lourds, la pensée confuse. En somme, l'éveil de sa magie a marqué à jamais ces trois êtres complices.

Pendant qu’Éonne se rafraîchit dans son bain, Lanavelys et Kyelan s’en vont dans une salle d'étude du château.

– Alors, Lana, comment vas-tu réellement ? demande Kyelan, la porte venant à peine d'être fermée.

– Mon corps me lâche une à deux fois par mois, répond-elle, le sourire embarrassé. Je sais que mon temps est compté, combien de temps tu penses ? s'enquiert-elle.

– Cinq ans. Maximum, annonce-t-il, ne montrant qu’un regard impassible à travers son masque.

– C’est court, dit-elle en plaçant ses cheveux derrière l’oreille. Mais c’est aussi assez de temps pour profiter pleinement.

– Tu l’acceptes plutôt bien. Je suis impressionné, exprime-t-il, le ton calme et posé.

– Après tout… Je n’aurais même pas dû vivre plus de vingt ans. Sans toi… commence-t-elle.

– Tu m’as aidé en premier. Je ne suis redevable auprès de personne. Encore moins auprès des humains, ajoute-t-il, une lueur de rage dans le regard. Et tu es la dernière humaine à qui j’ai fait une promesse. Une fois ta courte vie finie, je serai libre de tourner le dos à ton espèce, affirme-t-il.

– Te voilà bien expressif Kyelan. Quoi qu’il en soit, merci. Grâce à toi j’ai pu rencontrer ma fille. C’est le plus beau cadeau du temps que tu m’as accordé.

– Cette fille, reprend-t-il. Pourquoi Éonne ? interroge-t-il.

– Je ne saurais l’expliquer. Quand mon regard s’est plongé dans le sien, ce nom m’est venu directement en tête, répond-elle. Surement l'instinct maternel, dit-elle les étoiles plein les yeux.

– Vous les humains, conclut-il avant de sortir de la salle.

Lana se dirige alors vers la fenêtre. La lumière du soleil couchant se reflète sur la poussière tombante.

« Cinq ans…», songe-t-elle.

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