Le puits
J'avais débuté l'écriture pour ne pas plonger dans l'incompréhension de ce naufrage.
De cela était né Kintsugi, une façon d'apprivoiser la violence, la maladie et la mort.
Peut être même, de créer une distance qui m' amenait à croire que cela était juste une histoire. Il n'était question ni de moi ni des enfants.
Et ces mots, si horribles ne pouvaient être que les mots d'une fiction.
La boucle était quasi bouclée ; un an qu'il était mort. Un an qu'il nous avait laissé sur place sans rien, juste des sanglots, et une incompréhension à jamais comblée .
Il y a un an, je m'étais dit que cela était insurmontable, tout en gardant à l'esprit, qu'il était impossible que ma vie n'avance pas.
Assise et perdue dans mes pleurs, je réalisais que je n'étais nulle part sinon au fond d'un puit.
Si j'avais pu partager cela avec amis , famille.. ils auraient su mettre en avant ce que j'avais porté à bout de bras, seule, au bout de l'épuisement.
Lorsque que quelqu'un meurt, on voit sa propre mort, la réalité de la nature humaine et, de mes yeux, je voyais qu'une zone et un temps sinistrés.
J'ai perdu ma maison, mon chien, ma quiétude, ma croyance en l'humanité, mes rêves, d'une certaine façon, l'avenir auquel j'avais cru.
Je serai bien restée au fond de mon lit, et bien que l'on m'ait congratulée, "quel courage !!!", ce n'en était pas.
Je ne pouvais décemment pas ignorer ma petite fille qui me regardait de ses beaux yeux bleus et qui a 4 ans ne comprenait pas que l'on puisse aimer ni détester quelqu'un aussi fort .
Haine qui s'accentuait d'autant plus quand elle le réclamait. Il l'avait laissée sans aucun mot ni aucun regard vers l'avenir.
Ainsi, je demeurais au fond de ce puit, me demandant si cela en était vraiment un tant la profondeur tenait à s'accroître avec le temps. De temps en temps je l'imaginais au dessus un rictus sur sa face. Parfois son regard se faisait triste. Il était aisé d'y voir des regrets.
Je hais les bourreaux tant on est habitué à d' infimes gestes d'affection qui remplissent un univers.
Je hais l'absence du bourreau tant suivre un chemin était aisé.

Annotations
Versions