...
J’envoie ce message. L’air de rien, je guette l’écran de mon téléphone.
Une heure passe et il ne s’est pas allumé.
Il doit être occupé. Il n’a pas dû voir mon message.
Deux heures passent, et je me fais la promesse que lorsqu’il répondra, je mettrai autant de temps pour lui répondre.
J’ai sommeil, il est l’heure d’aller dormir, je n’ai toujours pas de réponse.
Le lendemain matin, avant même d’ouvrir les yeux, j’y pense.
J’allume mon téléphone, et mes yeux refusent d’y croire.
Qu’est-ce qui pourrait justifier de ne pas répondre pendant autant de temps ?
Alors je renvoie un message par agacement.
Mais je n’ai toujours pas de réponse.
Le surlendemain, toujours pas.
Lui est-il arrivé quelque chose ? Forcément. Sinon, il aurait répondu.
J’imagine qu’il a eu un accident. Oui, c’est certainement ça. Il doit être à l’hôpital et va sans doute me le dire dans quelques jours.
Il va me dire qu’il a eu un accident, et qu’il n’avait pas son téléphone. Et que maintenant ça va mieux.
Ou alors il a un problème de téléphone ! Oui, ça aussi, c’est possible ! Très probable même. Ces smartphones sont fragiles, avec nos vieux Nokia 3310, nous n’aurions jamais eu ce problème.
Mais il faut vérifier. Alors je l’appelle en numéro privé. Une fois. Deux fois. Trois fois. Ça ne répond pas.
Voilà. J’avais raison. Il a un souci de téléphone. C’était impossible qu’il m’ignore, qu’il me ghoste. D’abord, il avait dit que ce n’était pas son genre.
Le lendemain, j’essaie à nouveau, pour être vraiment sûre.
J’appelle une fois, deux fois, à la troisième fois, il répond. Allo ? Allo ? Allo ?
Je me saisis.
Comment ça…et…et l’hôpital ? Et l’accident ? Au son de sa voix, il semble en forme.
Je raccroche.
La vérité met un peu de temps à s’imposer à moi. Une poignée de minutes…le temps qu’elle explose mon visage en éclats de larmes.
Il n’a pas eu de grave accident. Son téléphone est fonctionnel.
Il a lu mes deux messages. Puis il a dû poser son téléphone sur la table, flegmatique. Comme si une poussière l’avait juste frôlé. Un petit rien. Je l’imagine très bien.
Les jours, les semaines passent.
Alors, je me rédige une réponse à sa place.
Tu n’es tellement rien, que tu ne mérites même pas une réponse.
Tu es sans intérêt, gênante, tu as un problème, tu es peut-être même folle, tu me fais peur. Alors je ne préfère pas répondre.
Oublie-moi.
Oui…je dois avoir un problème, j’ai fait quelque chose de mal. Il faut trouver quoi.
Je cherche. Je remets en question chacun de mes mots. Étais-je trop ? Pas assez ?
Qu’est-ce qui a fait qu’il décide du jour au lendemain, sans crier gare, que je ne valais même pas la peine d’avoir une réponse ?
Pourquoi je ne mérite même pas un message, même pour me dire qu’il ne souhaite plus qu’on se parle, même pour me dire une vacherie.
L’esprit encombré et épuisé par les remises en question, je m’écroule.
Je suis triste. Mais, le chemin des questionnements, froid et aride, où je n’entends que l’écho de ma propre voix, me mène, au fil des larmes, à une cascade d’eau impétueuse, dans laquelle je peux enfin me laver de tout soupçon, rafraîchir mon esprit fatigué par son silence assourdissant. Dans son vacarme, j’entends un murmure apaisant…Son silence en dit long sur lui, et non sur moi.

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