Otage ou fugitive? 

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Les Castors mangeaient au coin du feu avec Barna, lorsqu'il commença à pleuvoir. Les hommes s’abritèrent dans la yourte pour continuer leur repas. La pluie se fit plus forte, ils l’entendaient frapper contre la toile, créant ainsi cette douce ambiance d’être à couvert quand la nature subit les aléas du ciel.

Gabin déboula vers vingt-deux heures. Il revenait du marché, il était passé par la gendarmerie, où il apprit que sa fille était bien au refuge, mais qu’ils l’avaient sommée de rentrer au chalet. Loanne n’avait évidemment pas obéi.

Le problème, c’était le portable. Si les policiers avaient commencé les fouilles sur cette partie de la montagne, c’est parce qu’ils avaient localisé le téléphone, non loin de la yourte, à l’heure où lui-même jouait avec celui trouvé sous le lit. Gabin craignit dès lors que Loanne cachât l’homme recherché ou en fût otage.

  • Tu es sûr que ce n’est pas une coïncidence ? dit Jahid.
  • C’est le portable de ce mec, détermina Barna, et Loanne le cache. Hier, elle nous a fait un cinéma pas possible pour que je ne rentre pas dans cette yourte.
  • Tu l’as dit aux flics ? demanda Nicolas.
  • Non, je préférerais que Loanne soit en dehors de ça.

Barna leva les sourcils, étonné. Ce n’était pas dans les habitudes de Gabin de masquer quoi que ce soit. Gabin était très inquiet, son front était trempé. Barna ne l’avait jamais vu dans un état pareil.

Ce n’est pas tout, un autre gamin a disparu, continua Gabin en passant un mouchoir sur son front. Arnaud est venu me trouver cet après-midi, il sollicite mon aide. D’après moi, il est aussi dans la montagne. J’ai testé sa résistance, elle n’est vraiment pas fameuse. Ce garçon doit être affamé, blessé ou être en état de très grande anxiété, ce qui serait le cas s’il était la proie de l’homme recherché. À moins qu’ils soient à trois. Oh j’en sais rien ! s’énerva-t-il en lançant les bras en l’air.

Pour peu, le portable est celui du gamin et c’est celui-là qu’elle cachait ! dit Barna en enfilant sa veste. Je vais au refuge. J’y vais seul, pour ne pas cabrer Loanne. Je prends une fusée au cas où vous devriez appeler les flics.

Quand Barna arriva à la cabane, Loanne se précipita dans ses bras. Elle pleurait sans pouvoir s’arrêter. Barna la berça sans comprendre les quelques bribes de phrases qu’elle émettait entre deux sanglots. Il capta enfin qu’il n’était pas le premier, qu’Arnaud était là avec deux femmes, ils s’occupaient de Maxime. Barna la consola doucement, en la rassurant.

Il entra dans le cabanon. Il faisait noir comme dans un four, les trois personnes lui tournaient le dos, organisaient le sauvetage du blessé.

  • Je peux vous aider ? murmura-t-il.
  • Barna ? Tu tombes bien, s’exclama Arnaud. Il a deux, voire trois côtes cassées et un pneumothorax. J’espère qu’il n’a pas une perforation de l’estomac. On doit l’emmener à l’hôpital. On le portera à deux.
  • OK. Loanne, ajouta Barna à son tour, cours jusqu’à la yourte et préviens Gabin. Qu’il vienne avec son Land au chemin des Pestiférés.

Une des deux assistantes avait un grand chapeau de pêcheur et un ciré qui la couvrait entièrement. Elle se tourna vers l’autre, dit posément :

  • Sandrine, reste avec eux, tu leur seras utile. Je vais avec Loanne !

Barna tiqua sur l’intonation ou sur la voix. Dans le noir, il ne put déterminer le visage, d'ailleurs, pris par l’urgence de la situation, il n’y porta pas une attention supplémentaire. Il aida Arnaud à hisser Maxime sur le brancard qu’ils avaient apporté. Maxime hurlait, ne voulait pas quitter le refuge. Sandrine mit les mains sur la poitrine du blessé, elle lui chuchota :

  • Je vais t’aider à moins déguster, mais il faut qu’on y aille !
  • J’veux pas aller en prison, soufflait Maxime.
  • Tu n’iras pas, intervint Loanne autoritaire. C’est pas parce qu’on a fait une petite fugue d’amoureux qu’on va en tôle, d’accord ?

Maxime sourit entre ses larmes; il se laissa emporter.

Bérénice et Loanne dévalèrent la montagne en courant. Elles arrivèrent rapidement à la yourte. Gabin s’apprêta à prendre le relais, quand Loanne lui fit signe d’attendre une minute supplémentaire, elle se jeta dans les bras de Bérénice.

  • Merci, murmura-t-elle. Merci pour tout !

D’abord très étonnée, Bérénice caressa doucement les cheveux de la jeune fille. Elle était touchée au plus profond de sa chair. Elle l’embrassa et lui chuchota :

  • C’est moi, la plus grande bénéficiaire de tout ça.

Bérénice avala sa salive, puis, plus fort, elle continua :

  • File, ton travail n’est pas terminé !

Gabin dévisagea un instant la femme qui avait accompagné sa fille. Il reconnut le ciré d’Arnaud, dont manifestement la fermeture éclair était cassée parce qu’elle avait noué un large foulard dans les nuances orange qui maintenait le coupe-vent fermé. Elle tenait dans ses mains rougies par le froid le chapeau de pêcheur du docteur. En dessous, elle avait un pantalon trop court blanc, enfin plus trop blanc, elle était chaussée de petites ballerines dont la couleur d’origine devait être dans les tons clairs. Qu’est-ce qu’elle faisait ainsi dans la montagne ? Cela tenait du miracle qu’elle ne se fût pas tordu une cheville entre le refuge et ici.

Gabin s’élança dans la nuit avec Loanne.

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