Chapitre 40

4 minutes de lecture

Je suis à moitié endormie quand Adrian se glisse dans le lit. Il effleure ma tempe d’un baiser, puis ma joue, et glisse lentement plus bas. Son souffle chatouille le creux de mon épaule, et suffit à tendre ma peau. Un petit rire m’échappe malgré moi. Je m’écarte, mais pas aussi vite que je l’aurais voulu.

— Ricky t’a gardé tard.

Le réveil sur la table indique un peu moins de minuit. Depuis qu’on s’est quittés sur le parking, nous ne nous sommes plus revus. J’ai passé le reste de ma journée à organiser les dernières distributions d’armes avant l’épuisement total du stock, ce qui ne représente pas une grande quantité. Quant à Adrian, il est resté enfermé à l’armurerie.

— Je ne veux pas de traitement de faveurs, Catelyn.

Je me redresse sur mes coudes, chaque muscle protestant contre le moindre mouvement. Une fatigue soudaine m’a forcée à quitter mon bureau plus tôt que prévu. Plusieurs heures que je suis allongée, et pourtant rien n’a changé. Au contraire, mon état semble empirer.

— Je sais. Je crois juste qu’il te punit à ma place.

Adrian s'allonge près de moi. Ses cheveux sont légèrement humides du fait de sa douche, et son après-shampoing embaume agréablement l'air.

— Pourquoi ferait-il ça ?

Un énième frisson me traverse de la tête au pied, me faisant presque grimacer. C’était une mauvaise idée d’être restée parler dans le froid.

— J’ai outrepassé son autorité, murmuré-je.

Si je n’étais pas sortie avec Adrian ce jour-là, Sandra aurait débarqué au centre. Et qui sait ce qui serait arrivé ? Alors je ne regrette pas une seule seconde de ne pas lui avoir demandé l'autorisation. Même si je sais qu’il n’aurait pas refusé.

— Ricky et moi avons traversé plusieurs épreuves. Sa colère passera.

Tout comme la mienne, je suppose.
Je parsème la main d’Adrian de petits baisers, et ses yeux suivent lentement ma progression le long de son bras.

— Il m’a autorisé à rentrer plus tôt, dit-il. J’ai insisté pour rester.

Mes gestes s’interrompent. Je relève la tête et le fixe.

— Cherches-tu à gagner son respect ?

Adrian fait mine de réfléchir.

— Est-ce mal de vouloir l’approbation du meilleur ami de sa copine ?

— Copine ? répété-je machinalement en me redressant.

— Tu détestes ?

Je ne devrais pas autant me réjouir de ce détail. Et pourtant, quelque chose en moi s’illumine. Je ne me souviens pas qu’on m’ait déjà donné ce rôle. Avec Vassili, il n’y avait pas de titres, seulement un arrangement, un accord tacite. Ce mot ne devrait rien changer entre nous, mais il m’autorise à prétendre à quelque chose de normal.

Rendre notre relation officielle est sans doute la dernière chose que je devrais faire. Et pourtant.

— Au contraire, j’aime bien.

Un sourire éclaire son visage, simple et sincère. Il se penche pour m’embrasser. Je lui rends son baiser avec la même intensité, étouffant la voix qui crie à la traîtrise, à l’hypocrisie, consciente du sort qui lui est réservé. J’ai choisi de vivre chaque instant tant qu’il m’est encore permis de le faire. Et c’est peut-être là ce qu’il y a de plus injuste pour lui, ignorer ce qui approche.

— Non, ce n’est pas mal de vouloir son approbation, dis-je lorsque nos lèvres se séparent. Mais je ne veux pas que tu t’épuises à essayer.

— En réalité, je préfère expédier ces tâches pour me concentrer sur ce qui compte vraiment, reprend-il après un court silence. Passer mes journées à compter des armes et des munitions n’a aucun sens pour moi, pas quand je pourrais les consacrer à des choses qui ont réellement de l’importance. Comme enquêter sur le réseau de trafic d’enfants.

Je fronce légèrement les sourcils.

— Je pensais que tes collègues s’en chargeaient déjà.

Il hoche la tête, sans hésiter.

— C’est le cas. Mais je ne peux pas rester en retrait. Je veux aider. Ça me tient vraiment à cœur.

De mon côté, il faut que je trouve des preuves capables de relier Vladimir au réseau. On peut lui reprocher bien des choses, mais pas le manque de méthode. Il est méticuleux, obsessionnel, et ne laisse jamais traîner quoi que ce soit qui pourrait l’incriminer. Merci à sa paranoïa. Sa résidence, à l’écart de la ville, est une véritable forteresse, bien qu’il y mette rarement les pieds. S’il existe un endroit où des documents pourraient être dissimulés, c’est bien là. Reste à savoir comment y entrer sans une invitation de sa part. Je n’y suis allée qu’une seule fois, il y a un deux ans. Je suis à peine capable de me souvenir du chemin. Quant à l’emplacement exact des preuves au cœur de cet immense manoir, c’est une toute autre affaire.

— Viens par là, dit Adrian, me tirant doucement de mes pensées.

Je me blottis contre lui et m’allonge dans ses bras. Ma tête se niche contre son torse. Il m’enserre et m’attire un peu plus contre lui.

— Tu as le corps chaud, murmure-t-il en me détaillant du regard.

Sa paume effleure mon front.

— Tu as de la fièvre.

— Je crois que j’ai attrapé quelque chose, souffle-je, de plus en plus faible. Une bonne nuit de repos et je devrais être sur pied.

Je tente de m’éloigner, mais il me retient, ses mains fermes sur mes épaules. Un nouveau frisson me parcourt, plus long que le précédent.

— Reste dans mes bras.

— Je risque de te refiler ce que j’ai.

— Après tout ce que nous avons fait, tu ne crois pas que je l’ai déjà ?

Je souris faiblement et ferme les yeux, laissant un murmure m’échapper en guise de réponse. Son souffle chaud caresse ma nuque, chaque battement de son cœur résonne contre le mien, rythmant ma respiration vacillante et apaisant l’épuisement qui m’alourdit.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Kyu ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0