Chapitre 49

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Je me souviens avoir fermé les yeux. Puis plus rien.

L’instant d’après, je suis allongée sur un lit, un bandage autour du bras et des points de suture tirant la peau de mon visage.

J’arrache la perfusion plantée dans mon poignet et me lève. Le sol vacille légèrement sous mes pieds.

Une infirmière accourt vers moi, mais je lève aussitôt la main pour lui interdire de m’approcher.

Ou peut-être est-ce Adrian qui lui barre le passage.

Je les contourne tous les deux et quitte la chambre. Mon prénom résonne derrière moi, mais je n’y prête aucune attention.

Je déambule dans les couloirs. Le centre est silencieux. Tout le monde doit savoir maintenant que j’ai tué Vladimir. Et que Katherine est… morte.

Je m'arrête devant notre ancien appartement. L’air sent le renfermé. Je referme la porte derrière moi et avance lentement dans le séjour. Il faudra que je pense à demander à Maya de faire le ménage ici de temps en temps.

Je me dirige vers mon ancienne chambre, celle du milieu. Elle est restée intacte.

Je m’assois sur le lit. De là, j’ai une vue directe sur le salon.

Gisèla est assise autour de la table centrale, occupée à appliquer du vernis rouge sur ses ongles. Katherine passe devant elle et se dirige vers la machine à café.

— J’en veux un aussi, Kat, lance Gisèla sans relever la tête de ses pieds.

— T’as qu’à le faire toi-même, répond Katherine d’une voix acerbe.

Elle porte encore son pyjama à dix heures du matin. Ce qui ne peut vouloir dire qu’une chose : c’est son jour de repos, et personne ne viendra l’emmerder.

Je glousse face à la mine renfrognée de Gisèla. Les deux filles tournent aussitôt la tête vers moi. Je sursaute sous leurs regards inquisiteurs.

Elles me voient ?

Une silhouette passe à côté de moi. Un cri meurt dans ma gorge.

J’avance dans la pièce, ouvre un placard et en sors un mug.

— Vous n’allez pas commencer de si bon matin…

Leurs regards me suivent lorsque j’ouvre le réfrigérateur pour en sortir du lait.

— Tu vas faire quoi ? Des œufs brouillés ? demande Gisèla, les yeux pétillants.

Je peux presque l’entendre saliver d’ici.

— T’es debout depuis six heures, et t’as pas daigné te faire un petit déjeuner ?

La cafetière retentit. Katherine récupère son double expresso puis va s’asseoir sur la chaise vide loin de Gisèla.

— Je t’ai dit de faire ça ailleurs. L’odeur m’a encore réveillée, lâche-t-elle.

Les deux s’affrontent du regard. La brune finit par détourner les yeux la première, pousse un soupir théâtral et lui tire la langue.

Je souris. À ce jeu-là, personne ne bat Katherine.

La cafetière retentit une seconde fois. Je récupère le latté et le tends à Katherine. Elle le prend sans un mot, puis le dépose devant une Gisèla ravie.

— Mmmh… j’en avais besoin. Merci les filles, soupire Gisèla en prenant une seconde gorgée.

La façon dont elle parvient à boire un café brûlant sans se consumer la langue m’étonnera toujours.

— Tu n’as pas répondu à sa question, dit Katherine d’un ton plus doux, maintenant qu’elle a eu sa dose de caféine.

Mon regard passe de l’une à l’autre. Gisèla a terminé sa pédicure et me fixe avec un air innocent débordant d’espoir. Katherine, derrière son air blasé, cache le même espoir.

Un rictus barre mes lèvres.

— C’est bon, vous avez gagné.

Je peux presque entendre leur soulagement.

— Petit déjeuner pour tout le monde. Œufs brouillés, pancakes, bacon… la totale.

— Merci, Cate, souffle Gisèla en se levant pour venir vers moi.

— Mais c’est la dernière fois.

Je dis ça à chaque fois, mais je finis toujours par céder.

Gisèla m’enlace malgré moi.

— Qu’est-ce qu’on peut faire ? demande Katherine en s’approchant, un demi-sourire aux lèvres.

Je me retrouve au milieu. Gisèla à ma gauche, Katherine à ma droite. Nous rions à une anecdote de Gisèla, puis éclatons de rire quand le bacon crépite, faisant sursauter Katherine.

Je tends les bras, et fais une chose inhabituelle. Je les enlace toutes les deux.

Elles me rendent l’étreinte à leur tour.

L’image s’estompe. La pénombre reprend sa place. Je me retrouve seule au milieu de ce vaste espace. Pendant un long moment, je fixe l’obscurité, le souvenir encore vivant dans mon esprit.

Je balaie la poussière sur le lit et m’y allonge, avant de me redresser aussitôt.

Je ne peux pas rester ici. Je n’en ai pas la force.

Je me lève, referme la porte et longe de nouveau les couloirs. Je prends les escaliers. Il me semble entendre quelqu’un m’appeler. J’ignore la voix.

Mes pieds me portent jusqu’à la terrasse. Le jardinier prend bien soin de la serre. Malgré la mauvaise météo, les fleurs continuent de pousser, toujours aussi belles. J’ouvre la porte et me glisse à l’intérieur.

L’air humide est chargé d’odeurs douces. J’avance jusqu’au centre, puis m’allonge au sol. Un autre jour, la froideur m’aurait été insupportable. Aujourd’hui, elle s’accorde parfaitement à l’étau qui me serre la poitrine.

Je pose la tête contre le sol et ferme les yeux.

Mon corps se relâche. Le sommeil n’est plus loin. Mais juste avant qu’il ne m’emporte, j’ai la sensation d’être entourée, comme si on m’enlaçait de chaque côté.


Les derniers chapitres ont été riches en émotions ^^.

Vous vous attendiez à cette tournure des événements ? À la mort de Katherine ?

Comment aviez-vous imaginé celle de Vladimir ? Trop simple ? Ou pleinement méritée ?

Et maintenant… quelles sont vos théories pour la suite ?

Catelyn ? Adrian ? Ricky ?

Je veux vous lire.

À bientôt. Xoxo :)

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