10 - 19 h 55

3 minutes de lecture

Dimanche 26 septembre

1 - 19 h 55

   Je suis sous la couette à attendre le journal de 20H. Trente-trois ans et je me sens pourtant si vieille. Bouboule est couché à mes côtés à ronronner comme à son habitude. Un paquet de chips chinoises que je suis en train dévorer dans une main, une tablette de chocolat dans l’autre. Je m’étais pourtant motivée à faire un régime pas plus tard qu’en début de semaine, mais il est impossible de résister à l'appel du chocolat.

Entre deux chips, je swipe à l’infini sur Tinder à la recherche de mon prince charmant. J'ai fini par céder aux propositions d’un compte premium. L’option payante me permet de continuer autant que je le désire et je dois dire que je suis étonnée du nombre d’hommes célibataires habitant Paris. J’ai (presque) l’impression d’y apercevoir chaque homme croisé dans la rue.

   Malgré le confort et la douceur que mon lit me procure, je ne peux m’empêcher de stresser, car en début de semaine, je discutais avec Eddie, ma meilleure amie, qui vient tout juste de rentrer des Maldives. Elle qui n’a jamais été aussi amoureuse qu’elle l’est maintenant, m’a parlé d’un certain Olivier Durémont, conseiller en site de rencontre grâce à qui elle a fait la connaissance d'Isham, son compagnon du moment.

   — Tu devrais vraiment l’appeler et prendre un rendez-vous. Il est super.

   — Non, mais tu m’as regardée ? Tu me vois consulter un… Comment dis-tu, déjà ?

    — Un conseiller en site de rencontre. Appelle-le et prends rendez-vous. Tu n’as qu’à essayer et si ça ne te plait pas, n’y retourne pas !

    J’ai mis deux jours à me décider, mais j’ai dû faire face à la réalité, j’ai besoin d’aide. Il doit forcément y avoir une solution, des techniques pour séduire depuis un téléphone portable, que je ne maîtrise pas. Je ne cache pas non plus le côté très addictif et plaisant de swiper.

Au début, lorsque vous arrivez confiante et épanouie, sûre de trouver un mec en quelques clics, vous vous permettez de faire un tri. Vous activez des filtres et n’hésitez pas à swiper à droite que les plus beaux des garçons. Les jours passent et le seul match que vous recevez, c’est celui de Jean-Paul, soixante-deux ans, swipé par erreur. Vous commencez à réfléchir et vous dire que c’est probablement normal, ils travaillent et n’ont pas potentiellement le temps d’être en permanence devant l’application.

Après deux semaines, vous comprenez que ce n’est pas normal. Quelque chose cloche avec votre profil. Pour faire un essai et vous assurer que ce n’est pas un bug de l’application qui vous empêche d’entrer en contact avec de beaux hommes, vous commencez à swiper des profils de second choix. Les hommes plus âgés, au physique moins sculpté et aux cheveux portés disparus.

Vous avez un nouveau match.

Vous avez un nouveau match.

Vous avez un nouveau match.

   Ce n’était donc pas l’application qui rencontrait un problème, mais bien moi-même.

   — Merde.

   C’est le premier mot qui m’est venu à l’esprit après le troisième match avec un septuagénaire.

J’ai donc décroché le téléphone au plus vite pour contacter cet Olivier Durémont, conseiller en site de rencontre. Le hasard faisant bien les choses, il ne se situe qu’à quelques pas de mon agence Pôle Emploi et sa prochaine disponibilité se trouve être demain, soit juste une heure après mon rendez-vous avec Mr Duguy.

Mon téléphone sonne. C’est Eddie.

   — Alors, prête pour demain ?

   — Je n’ai rien préparé, dis-je. J’espère que ça va le faire !

   — Il est vraiment top, tu verras. Emmène ton téléphone pour qu’il regarde ton profil.

   — Il va regarder mon profil ? dis-je surprise et presque abattue.

   — Ne sois pas susceptible ! Il le fera juste pour que tu avances. PS: il est marié.

   C’est du Eddie tout craché. Elle a dû essayer de lui mettre la main dessus, car contrairement à moi, Eddie est une beauté latine qui plait aux hommes. Originaire de Madrid, elle est arrivée en France quand elle avait dix-sept ans et s’est retrouvée assise à côté de moi en cours de français, le jour de sa rentrée. Depuis ce jour, nous sommes restées inséparables.

   — NO STRESS ! Bonne nuit.

   Sans avoir le temps de répondre à son message, je me suis écroulée devant le reportage d’Anne-Claire Coudray qui s’intéresse aux difficultés que rencontrent les gastro-entérologues étudiant les spécificités de l’anus et du rectum.

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