20 - 13 h 12 

2 minutes de lecture

4 - 13 h 12

   Les doigts rouges, le dos en compote et les jambes aussi lourdes que deux blocs de béton, je me dirige vers les vestiaires. Ma tête se tient prête à exploser d’un instant à l’autre tandis que je rencontre des difficultés à enfiler mon épaisse doudoune tant mes bras sont douloureux. La journée est terminée et je ne suis pas épuisée, mais morte. J’ai cette drôle d’impression de n’être plus qu’un zombie qui rôde parmi les vivants.

  Le métro n’étant qu’à quelques minutes à pied, je me hâte de rejoindre la station. Je suis affamée et par chance, le restaurant chinois au bas de mon immeuble prépare de succulents plats express à emporter.

C’est étonnant de ne croiser que si peu de monde dans le métro à cette heure. Assise confortablement, j’ouvre mon téléphone et lis mes notifications. Trois nouveaux matchs reçus sur Tinder, dont l’un d’eux qui m’a contacté.

Gilles a trente-neuf ans, il semble apprécier les GIFS tout autant que moi et me parait poli et bien éduqué.

   — Comment un regard aussi charmant se retrouve-t-il célibataire ?

GIF d’un ours qui cligne de l’œil.

   — Bonjour, Gilles, je réponds. Eh bien, à qui le dis-tu ? Je me pose la même question.

   Je commence à croire que cette photo prise par Eddie, les bras derrière la tête, la poitrine serrée dans l’un de ses soutifs trop petits et la bouche en cul de poule fonctionne.

    — Tu es très, très charmant, toi aussi, je réponds.

GIF de Jennifer Anniston qui sourit.

  Gilles et moi avons discuté jusqu’à l’arrivée à mon appartement. Je m’arrête chez L’Arc en ciel, le restaurant chinois, et achète quatre nems et un riz cantonais. À mon arrivée dans le hall d’immeuble, Mme Gonzales astique les vitres et me dévisage lorsque je passe près d’elle. Je la salue chaleureusement, ce à quoi elle répond :

   — Vamos, vamos, ostra pequēna.

   Une fois de plus, je me dis qu’il va falloir apprendre à parler l’espagnol, un jour ou l’autre. Je pénètre dans l’ascenseur, enclenche le bouton numéro cinq et termine de grimper jusqu’au 6e étage par la cage d’escalier. Il y a de l’agitation devant l’appartement de Sylvain, mon voisin décédé.

La porte est grande ouverte et une forte odeur de pourriture se dégage de la chambre de bonne dans laquelle il vivait. Trois hommes habillés d’une combinaison blanche sont à l’intérieur.

   — Bonjour, dis-je en m’arrêtant. Que faites-vous ?

   — Bonjour ma petite dame, me dit l’un d’eux derrière un masque. Nous nettoyons l’appartement. Un nouveau locataire va arriver.

    Sylvain est mort il y a quatre jours seulement et ses propriétaires ont déjà trouvé quelqu’un pour le remplacer.

   — Très bien, si vous voulez un café, n’hésitez pas, dis-je. Bon courage.

   J’entre chez moi, un peu chamboulée par le remplacement si brusque de Sylvain. La Star Academy va me manquer. Bouboule est assis devant la porte, attendant ses croquettes. Je nourris la bête, ouvre le lit et m’y allonge. Je suis si fatiguée que l’idée même de prendre une douche me semble impossible à réaliser.

Mon téléphone sonne. C’est Gilles.

   — Ça te dit de boire un verre demain ?

              GIF de Joey Tribbiani me faisant un clin d’œil.

  Demain, je travaille. Je risque d’être amorphe après une matinée comme aujourd’hui, mais Olivier Durémont m’a donné la consigne de ne refuser aucun rencard.

   — C’est noté. Je serais dans le 15e. Je te laisse choisir le lieu.

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