31 - 15 h 10 

2 minutes de lecture

5 - 15 h 10

    Dos à moi, il observe la tour Eiffel à travers sa fenêtre. Peu de Parisiens peuvent se vanter d’une vue directe sur le monument le plus célèbre du monde. Une atmosphère étrange règne d’un bout à l’autre de la pièce. Je m’y sens comme soulagée du mal-être qui m’habite au quotidien. Cette colère à l’encontre de Fanny, qui brûlait en moi quelques instants plus tôt, s’est évaporée.

L’homme aux mains dans les poches se tient droit dans un costume bleu marine à la qualité indiscutable.

   — J’ai toujours apprécié la vue depuis ce bureau, dit-il.

   Sa voix est grave, modulée. J’observe la pièce d’un coup d’œil. Entre Lou Dutint et moi se trouve un large bureau en bois vieilli sur lequel est posé un vase rempli de roses rouges et d’un bol débordant de bonbons au chocolat. Un tapis blanc aux motifs proches des tableaux d’art abstrait qui recouvrent les murs de l’appartement dissimule une grande partie du parquet ciré. Des plantes vertes sont disposées aux quatre coins du bureau, tandis qu’une rosace sculptée au plafond relie un splendide lustre de cristal.

   — Kristelle, je présume ?

   Il se retourne. À cet instant, mon cœur semble imploser. Une silhouette entretenue, une barbe de quelques jours parfaitement taillée, des sourcils symétriques et un sourire à me faire entrer en ébullition. Cet homme ressemble à un ange. Il dégage une drôle de sensation réconfortante. Une cravate rouge étincelante vient resserrer le col de sa chemise.

   — Asseyez-vous, je vous en prie.

    Il s’installe derrière son bureau. Eve qui se tient près de la porte et semble avoir notifié les étincelles qui brûlent dans mes yeux, me tire la chaise et m’invite à prendre place.

   — Olivier m’a beaucoup parlé de vous, il reprend. J’ai hâte que l’on puisse travailler ensemble. Vous savez, l’amour n’est qu’un objectif parmi tant d’autres. Certains rêvent d’être riche, de devenir PDG d’une multinationale, bénévole dans une association aidant les éléphants orphelins, ou encore d’être chocolatier professionnel. D’autres, comme vous, Kristelle, souhaitent être amoureux. N’est-ce pas ?

   Il s’arrête et plonge son regard dans le mien. Je sens mes joues rougir et se réchauffer.

   — Comme n’importe quel autre objectif, il suffit d’en déterminer les motivations et d’obtenir les clés pour y parvenir. L’amour, cependant, détient plusieurs définitions. Qu’est-ce pour vous, Kristelle ? L’amour ?

    Je suis prise au dépourvu. Je cherche mes mots et reste silencieuse.

   — Allez-y, n’ayez pas peur de vous exprimer.

   — D’être heureuse, à deux, je suppose.

   — Ah ! Vous voyez, il reprend. C’est exactement la définition de la plupart de mes clients. J’y ajouterai cependant un détail supplémentaire.

   Lou est coupé par Eve qui pénètre dans la pièce et tient dans sa main deux coupes de champagne qu’elle dépose sur le bureau. Elle repart sans faire de bruit.

   — L’amour, c’est d’apprendre à être malheureux à deux. Sans malheur, chère Kristelle, il ne peut y avoir de bonheur. Ne croyez-vous pas ?

   Sa vision de l’amour ne me convient pas, mais je ne parviens pas à le contredire. Je suis hypnotisée par ses paroles et ce regard tendre qu’il pose sur moi.

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