38 - 16 h 08
2 - 16 h 08
Je n’aperçois qu’un morceau de son visage, mais je suis déjà agacée de sa présence. J’observe Fabio rejoindre la chanceuse du jour. Je l’envie. Beaucoup. La blonde continue de me faire de grands signes, comme s’il m’était difficile de la reconnaitre.
— Youhou ! Je suis là, s’écrie-t-elle.
Je m’installe en face d’elle. Elle n’a pas changé. Ses cheveux sont plus clairs que dans mes souvenirs, mais elle a toujours ses beaux yeux bleus et ses taches de rousseur qui lui recouvrent le visage. Je constate que désormais, elle épile sa moustache au lieu de la décolorer. Une exigence de Mathias, l’anti-poil, probablement.
— Salut, je dis.
— Salut. Je suis contente de te voir, tu sais.
Son sourire est sincère. Elle est heureuse de me revoir. Je ne le suis pas. Peter, le serveur, me reconnait et se dirige aussitôt vers moi.
— Kristelle, comment vas-tu ? dit-il d’un air enjoué.
— J’ai connu mieux.
Ma sœur continue de sourire. Elle ressemble à une dinde.
— Comme d’hab ?
— Non, merci. Un double whisky, sans glace. Je vais en avoir besoin.
Il semble étonné, mais ne commente pas. Il se tourne vers Fanny pour prendre sa commande.
— Elle prendra la même chose, je dis.
— Non, pas pour moi. Un jus de raisin, s’il vous plait.
Je ne réagis pas à son étonnante commande. Fanny m’a prouvé plus d’une fois son amour pour les boissons alcoolisées. J’attrape mon paquet de cigarettes et en allume une. Le whisky arrive très vite, toujours dans un silence de plomb entre Fanny et moi.
— Bon, qu’est-ce que tu voulais ?
— Je suis désolée. Je ne me suis jamais excusée et je tenais à le faire.
— Ah bon ? Tu crois ?
— Tu sais que je t’aime. Je n’ai jamais voulu te blesser, mais j’ai toujours été amoureuse de cet homme. Tout le monde le savait.
Je tire sur ma cigarette pendant près de dix secondes.
— Apparemment, je ne suis pas tout le monde. Et pourquoi tu n’es pas dans le sud ?
— Mathias et moi, nous sommes remontés quelques jours pour le travail. Nous repartons mardi, mais je ne pouvais m’en aller sans te voir. Tout a été très vite, tu sais. Il ne t’a jamais trompée, si tu veux tout savoir.
Je continue de l’écouter sans lui jeter le moindre regard.
— Nous n’avons rien fait avant que vous soyez séparés. C’était important pour moi.
— Oh, j’en suis tellement heureuse. Merci, Fanny. Merci d’être remontée de Saint-Trop’ pour m’annoncer que tu n’as jamais couché avec lui lorsque nous étions encore en couple.
J’avale d’une traite mon double whisky, ce qui, je dois le dire, m’irrite la gorge. Je tousse puis rallume une cigarette.
— Si tu n’as plus rien à me dire, dans ce cas…
Cigarette à la bouche, je récupère mon manteau et me lève.
— Nous allons nous marier.
Je me rassois.
— Pardon ?
— Nous allons nous marier et j’aimerais que tu sois mon témoin.

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