46 - 21 h 17
10 - 21 h 17
On entre dans le bâtiment, puis dans l’ascenseur. Il est si proche de moi que je peux sentir son parfum à l’odeur boisée. Il me rappelle étonnamment celui que portait Fabio, lorsqu’il me tenait compagnie, il y a quelques jours jusqu’au Massenet. C’est un parfum qui sert à conclure, j’en suis persuadée. Je sens ma respiration s’accélérer. Tout cela est nouveau pour moi.
On entre dans l’appartement. Il se déchausse et semble surpris par la beauté du lieu. Je souris de fierté.
— C’est super beau. Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? il demande.
Bonne question. Je n’ai pas encore songé à mon métier fictif pour les huit prochains jours.
— Je suis journaliste pour Élise Lucet.
— Ah, pas mal ! C’est qu’elle paye bien Élise.
Je le dirige vers le salon, allume la pièce, demande à Alexa de mettre de la musique (tout sauf ABBA), et ouvre la fenêtre pour aérer.
— Installe-toi, je vais ouvrir du vin. Du blanc, ça te va ?
— C’est parfait, il crie depuis le salon.
Je me dirige vers la cuisine où j’ai la surprise d’y découvrir Bouboule, assis devant sa gamelle en compagnie d’une chatte rousse que je ne connais pas.
— Merde, je chuchote.
Là aussi, j’ai oublié. J’ai demandé à Lou Dutint un deuxième chat inséparable de Bouboule. Mais où était-il depuis mon arrivée ?
— Et beh, on va devoir faire connaissance, toi et moi.
Aussitôt nourries, les deux bêtes féroces se jettent sur leurs gamelles. J’ouvre la cave à vin et sélectionne l’une de mes meilleures bouteilles : un Meursault 1er cru. J’attrape deux verres en cristal dans le placard et me dirige de nouveau vers le salon. La lumière du couloir est éteinte et je commence à me demander si j’ai bien fait d’inviter un inconnu chez moi. Et s’il n’était rien d’autre qu’un tueur en série ?
— Arrête de te faire des films, je murmure.
Je trébuche sur quelque chose et manque de faire tomber la bouteille. Je baisse les yeux pour apercevoir l’origine de ma chute et y découvre une chaussette. Une chaussette masculine. Un peu plus loin dans le couloir, une deuxième chaussette est étalée sur le sol, suivie d’un jean, d’une chemise et d’une veste. Je ne crois pourtant pas avoir invité le Petit Poucet à la maison. Les vêtements mènent jusqu’à ma chambre.
— Qu’est-ce que…
Je m’approche doucement, la bouteille et les verres en main. La porte est entrouverte et un boxer est accroché sur la poignée. Je pénètre dans la pièce et découvre dans une obscurité presque complète, la silhouette d’un homme nu allongé sur le lit.
— Un petit remontant ? murmure-t-il d’une voix grave et intense.
Surprise, je lâche la bouteille et les verres qui viennent se briser sur le parquet. Le vin se renverse et commence à recouvrir le plancher.
— Merde !
— Ce n’est pas grave, approche.
Je ne vois rien, mais je sens une main m’attraper par les hanches pour m’entraîner jusqu’au lit. Le contact de ses mains contre ma peau me procure une sensation que je pensais perdue pour toujours. Des frissons me traversent, des picotements me surprennent près du clitoris et une drôle de chaleur me trouble l’esprit. Gustavo introduit sa langue dans ma bouche avant de la faire glisser vers mon cou, puis sur ma poitrine. Il déboutonne le haut de ma robe et en quelques secondes, sans avoir le temps de souffler, je me retrouve en sous-vêtements. Ses doigts continuent de se promener sur mon corps sans que j’y montre la moindre opposition. Je me sens à l’aise et en confiance.
Il glisse sa main dans ma culotte, dans mon soutien-gorge et à mon tour, je laisse mes doigts glisser sur ses fesses musclées et ses pectoraux épilés. J’hésite un moment avant de me laisser tenter par l’autre zone intéressante que je ne cesse de sentir se frotter à moi.
— J’ai envie de toi, Barbara.
— Kristelle, je réponds.
— Oh… Pardon.
Barbara ? J’hallucine. Ai-je la tête d’une Barbara ? Dans d’autres circonstances, il aurait terminé sur le palier le pantalon en bas des jambes. Par chance, je suis bien trop proche du plaisir pour m’arrêter.
C’était bon. Très bon. Gustavo a su faire ce qu’il fallait pour se faire pardonner et je ne vais pas m’en plaindre. Allongé l’un contre l’autre sur le lit, il me caresse les cheveux.
— Je vais bien dormir, dit-il. Ton lit est super confort !
— Pardon ? je dis surprise. Tu ne dors pas ici.
— Enfin, Kristelle. Il est tard !
— Ah, cette fois-ci, tu te souviens de mon prénom. J’suis désolée, mais je ne dors jamais avec un plan cul.
— Alors, comme ça, je ne suis qu’un plan cul ?
— Et qu'est-ce que t'es si tu n'es pas juste un plan cul ? Mon mari ?
Je ricane légèrement puis me relève, me recouvre d’une nuisette et je me dirige dans le couloir afin d'y ramasser ses affaires. Je suis fatiguée et il n’est pas question de passer la nuit avec un homme que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam. Par ailleurs, depuis ma rencontre avec une certaine Eve, je vais éviter d’utiliser de nouveau cette expression.
— Bon, très bien…
Il enfile ses affaires avec très peu de volonté puis se dirige vers la porte.
— C’était très sympa, ce soir, il me dit.
Il m’attrape et m’attire vers lui. Il m’embrasse, mais par chance, je parviens à éviter sa langue de s’introduire dans ma bouche.
— Bonne nuit, Gustavo. Rentre bien, je dis après avoir ouvert la porte.
Il est beau, c’est vrai, mais je ne regrette rien. Lorsqu’il me tourne le dos et se dirige vers l’ascenseur, je profite une dernière fois de la vue sur ses fesses musclées. Puis, avant même qu’il ne se retourne pour un ultime salut, je claque la porte.

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