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4 minutes de lecture

3 - 11 h 47

  J’arrive enfin. Timothée m’a envoyé près de vingt et un messages, inquiet de se voir poser un lapin. La circulation est dingue à Paris et pour cause : la techno parade. C’est ce que m’a confié Abdallah, le chauffeur Uber qui a mérité ses cinq étoiles. J’arrive devant l’UFO Bar à l’adresse indiquée. Première impression, plutôt positive malgré l’absence de terrasse.

Timothée :

Demande Tim, une fois arrivée au bar.

  J’entre. La musique est forte, très rock et loin de mes goûts pour les années soixante-dix et à des millénaires d’ABBA. Une odeur de bière renversée me grimpe au nez et le sol collant vient confirmer mes doutes. Je m’approche du comptoir, hésitante.

  — Ma p’tite dame, me dit le barman aux longs cheveux tressés et à la barbe de Gandalf. Que puis-je faire pour vous ?

  — Je cherche Tim.

   Il me sourit et d’un signe de la tête, m'indique la direction. Au fond du bar qui malgré l’heure matinale est déjà bien rempli, un homme est caché derrière le journal de l’Équipe. Je reconnais la coiffure de Timothée, la même que sur Tinder. Je marche doucement et prends le temps de l’analyser. Il semble sympathique et est aussi mignon que sur ses photos. Les cheveux marron coiffés décoiffés, la barbe de quelques jours, des lunettes rondes sur le bout du nez qui lui apportent un grain de folie et un look très BCBG que je trouve séduisant.

Il lève la tête et m’aperçoit. Son sourire apparaît.

  — Je suis sincèrement désolée, je dis en m’approchant de la table. C’est fou le monde dehors ! Je n’avais aucune idée que c’était la gay parade aujourd’hui !

  Il rigole.

  — La techno parade, pas la Gay Pride !

  — Ah, je bafouille. Oh, d’après ce que j’ai aperçu dehors, crois-moi, je n’y vois aucune différence ! Enchantée, en tout cas.

   — Ne t’inquiète pas, je sais que c’est difficile en voiture, surtout dans le 11e.

  — Merci Hidalgo la bobo, je dis.

  Son sourire disparaît et un malaise semble s’installer. Je change de sujet.

  — Tu connais bien ce bar, alors ?

  — J’y viens depuis pas mal de temps. J’habite au bout de la rue, alors c’est pratique.

  La conversation continue et je ne fais pas remarquer son manque de galanterie à l’idée de me faire traverser tout Paris tandis qu’il habite à vingt mètres. Le serveur aux cheveux tressés approche. De près, ce n’est plus qu’une vague impression, ce mec est la copie conforme de Gandalf.

  — Salut Tim. Pas mal aujourd’hui, il dit tout en clignant de l’œil.

  Malgré le compliment qui se cache dans son commentaire, cet homme a du culot.

  — Qu’est-ce que je vous sers ?

  — Une pinte, pour moi.

  Les yeux flippants de Gandalf se tournent vers moi et attendent ma réponse.

  — Un diabolo grenadine, merci.

  Timothée grimace.

  — J’ai un déjeuner ensuite, je ne voudrais pas être pompette.

  Il semble déçu. Peut-être s’est-il imaginé à mes côtés pour arpenter les rues parisiennes à la recherche de la techno parade. La musique du bar dont le son ne cesse d’augmenter commence à me taper sur les nerfs. Timothée, qui ne parle pas fort, m’oblige à faire preuve d’une extrême concentration pour écouter et analyser ses paroles.

  — Tu aimes les piments ? il demande.

  — Les piments ? je dis un peu surprise. Non je ne suis pas une grande…

  — Non, pas les piments ! Les enfants !

  Cette musique qui frôle le hard rock devient tout bonnement insupportable. Je lui souris bêtement sans réellement comprendre ce qui m’entoure et ce qu’il s’y dit. Timothée s'est lancé dans une longue conversation à sens unique dans laquelle il se charge des questions et des réponses. Il me raconte son enfance merdique entre les beaux quartiers de La Baule et Marseille, en passant par son institutrice qui le corrigeait d’une tape sur les doigts à l’aide de sa longue règle en bois, à Pollux et le manège enchanté, le dessin animé qui lui a apporté réconfort et tendresse.

Mon téléphone sonne. Sauvée par le gong.

Eddie :

Meuf, je suis à la bourre. Je te retrouve pour 13 h 30 !

À tout !

  Et merde.

C’est toujours lorsque l’on a le plus besoin de ses amis qu’ils nous plantent. La conversation avec Timothée continue de tourner en boucle autour des enfants et sa jeunesse. Son verre, que Gandalf nous a apporté après un bon quart d’heure d’attente, est à peine plus vide qu’à son arrivée. Le mien est déjà prêt à rejoindre les toilettes.

Discrètement, j’attrape mon téléphone et écris à Eddie.

Moi :

STP, appelle-moi maintenant. URGENT.

   Quelques secondes plus tard, mon téléphone sonne.

  — Excuse-moi, je dis.

  Je décroche.

  — Allo... Oh merde… Oui… Oh… Ok… Je te retrouve au plus vite. Je paye et j’arrive. À tout.

  Je me tourne face à Timothée dont le visage semble se décomposer.

  — Je suis navrée, urgence amicale. Je dois y aller. C’était un plaisir, à très bientôt.

  J’attrape mon sac, mon manteau, avale les dernières gouttes de Chardonnay dans le fond du verre et quitte le bar sans oublier de déposer un billet de dix euros sur le bar de Gandalf. Décidément, les rendez-vous galants et moi, ça fait deux.

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