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   J’en suis à mon quatrième verre de Chardonnay quand Camille me fait les premières avances de la soirée. Je regrette de ne pas avoir avalé un morceau au déjeuner, car l’alcool est monté plus vite que je ne le pensais et je m’en retrouve un peu pompette. Je mâche les mots, ricane à la moindre blague, parfois limite, et ne cesse de fondre comme une jeune fille dès qu’il plonge ses yeux dans les miens. Je ne suis pas tout à fait consciente de ce qui se passe autour de moi. La terrasse du bar est calme, les serveurs font quelques aller-retour, mais je suis concentrée sur l’homme assis face à moi. L’alcool a le pouvoir de nous faire perdre notre capacité à réfléchir et c’est effrayant. Depuis l’extérieur, je passe probablement pour la dinde de service, blonde à la belle et forte poitrine mise en avant par un décolleté plongeant et qui ne cesse de rire aux blagues sexistes et vulgaires de son rencard. Alors qu’à l’intérieur, j’ai envie de me crier :

  — KRISTELLE ! RESSAISIS-TOI, BON SANG !

  Mais je ne peux pas, car le quatrième verre de vin m’empêche de reprendre le contrôle de mon corps. Je réalise de moins en moins que plus les minutes passent et plus Camille se fait proche de moi. Il se retrouve si près que je peux sentir son halène de menthe fraîche. Ses envies me paraissent de plus en plus claires tandis que les miennes commencent à se troubler. Il y a quelques minutes, j’étais prête à lui sauter dessus, mais l’état dans lequel je me trouve me rend confuse. Un serveur à la queue de cheval approche, un verre de vin blanc à la main.

  — Oh, non merci. Je n’ai rien commandé.

  — C’est moi qui offre, dit Camille.

  — Ah non, non… Vraiment… J’ai déjà trop bu.

 Je refuse le verre, mais Camille insiste auprès du serveur et ce dernier dépose le Chardonnay devant moi.

 — Pour me faire plaisir. S’il te plait, dit Camille.

  J’accepte, allume une cigarette puis m’excuse afin de me rendre aux toilettes.

 — Je suis…

 J’ai le hoquet.

 — Désolée, je dois aller au petit coin.

 Il sourit.

 — Je t’accompagne, il répond. Quelqu’un doit t’aider à marcher, vu ton état !

 Quelque chose m’interpelle, mais je n’ai pas l’énergie de refuser. Il me tient le bras jusqu’à la porte des toilettes pour dames, situées au niveau inférieur du bar.

 — J’y vais aussi. On se retrouve ici, il dit avant d’entrer dans l’espace pour homme.

 La tête qui tourne, je me dirige vers la première cabine disponible. Personne ne se trouve dans les toilettes et je n’ai aucun mal à faire pipi rapidement. Sobre, jamais je n’aurai posé mon derrière sur la lunette de toilettes publiques, mais ivre comme je suis, je m’y assois aussitôt. Ma vessie se sent tout de suite soulagée. Je tire la chasse d’eau, remonte ma culotte et entends la porte des toilettes s’ouvrir. Je pense à une autre femme quand soudain, je reconnais la voix.

 — Et tu n’as même pas fermé la porte, coquine !

 Je n’ai à peine le temps de réaliser que l’instant d’après, Camille se trouve devant moi, dans la cabine. Il referme la porte derrière lui.

  — Qu’est-ce que tu fais là ? je demande, surprise, en articulant du mieux possible.

 — Je sais que tu en meurs d’envie…

 Il se jette sur moi, m’attrape au niveau des fesses, balade ses mains sur mon corps et m’embrasse le cou où il fait glisser sa langue. Je me débats, mais il continue. Je dessoule presque immédiatement. Je le repousse, lui dit que je n’ai pas envie. Il insiste et faufile ses doigts sous ma robe.

 — Arrête… Je n’ai pas envie…

 Ma voix, mes bras et le reste de mon corps sont faibles et bien que la sensation d’alcool ne se fasse plus sentir, je ne peux nier avoir bu quatre verres de vin blanc.

 — Mais si… Tu me chauffes depuis tout à l’heure…

 Il continue de me caresser et me plaque contre la paroi.

  — Tu m’excites…

 Les options me semblent peu nombreuses. Je peux me laisser faire, patienter le temps qu’il termine, ou bien tenter de me défendre. Sans réfléchir, d’un mouvement brusque et inattendu, je lui assène un violent coup de genou dans l’entre-jambes. Il recule de douleur et je parviens à rouvrir la porte de la cabine afin d’en sortir.

 — Connard.

 Furieuse, je sors du bar, ignore le serveur qui hurle en réclamant de lui payer l’addition et m’éloigne le plus vite possible en marchant à travers les rues du quartier. Ce n’est qu’une vingtaine de minutes plus tard que je m’assois sur un banc, allume une cigarette et commande un Uber. Je dois retrouver Hakim à Clichy.

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