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4 minutes de lecture

8 - 14 h 21

 Nous sommes à peine entrés dans les vestiaires que je suis déjà congeler. C’est une patinoire, OK, c’est le principe, mais un peu de chauffage ne serait pas de refus. Fabio, qui me répète depuis notre départ de la maison que tout va bien se passer, m’aide à enfiler ma paire de patins.

— Et je dois marcher comme ça jusqu’à la glace ?

— Oui, il dit d’un air amusé. Je ne vais pas te porter !

— Tu pourrais.

Mon sourire lui plait, il m’embrasse.

— Allez, à la glace, il dit.

Avec difficultés, je me relève du banc sur lequel je me suis assise. Premier objectif : atteindre la glace sans chuter. Accrochée au bras de Fabio, je parviens à avancer et à garder l’équilibre.

— J’ai l’air d’une potiche…

Il rigole aux éclats et sans que je ne le voie venir, m’attrape par les jambes et me porte à la manière d’une jeune mariée jusqu’à la glace.

— Merci, je dis. Patine, amuse-toi un peu, je vais rester près du bord quelques instants.

— T’es sûr ?

— Mais oui, have fun ! On est là pour ça !

En vérité, je refuse qu’il m’aperçoive tomber dès les premiers mouvements et je l’oblige presque à s’éloigner le plus loin possible. Avec élan et fierté, Fabio s’élance au centre de la glace et disparait très vite à travers la foule. C’est mon tour et d’un essai hésitant, je me lance sur le tapis de glace, un pied après l’autre, ma main ne quittant pas la rambarde. Petit à petit, la technique me revient et je reprends confiance. Lorsque je lève la tête et observe ce qui se déroule autour de moi, je réalise que beaucoup tombent régulièrement, puis se relèvent et repartent. Ils n’ont pas peur d’être jugés et semblent s’amuser bien plus que moi.

— Allez Kristelle, un peu de courage, je murmure.

À l’instant où je lâche le muret pour m’élancer, un jeune garçon d’un mètre quatre-vingt-dix se précipite sur moi, perd le contrôle de ses patins, se cogne contre le mur et m’entraîne dans sa chute.

— Oh, madame, je suis vraiment désolé !

Un peu sonnée et avec l’aide du garçon, je me relève en m’assurant que Fabio n’ait rien vu.

— Ça va, merci.

Puis, sans ajouter un mot de plus, il repart se mêler à ses amis sur la glace. Je reprends mon souffle, épuisée par une chute qui n’était pas de ma faute. Quelqu’un surgit derrière moi et m’attrape par les hanches.

— Alors ? Ça va ?

C’est Fabio.

— Oh, oui, super. Je m’éclate !

Il rigole, m’embrasse et m’attrape la main.

— Allez, viens !

Sans que je puisse lui résister, Fabio m’entraîne avec lui et ensemble, nous nous joignons à la foule. Il fait froid, c’est certain. Habituellement, je serais assise dans les gradins à boire du vin chaud et à me moquer des imbéciles qui ne font que tomber, mais cette fois-ci, l’imbécile, c’est moi.

— Aïe !

— Ça va ? demande Fabio qui m’aide aussitôt à me relever.

Je suis nulle. Il va finir par croire que je suis incapable de tenir cinq minutes sur des patins et je dois lui prouver l’inverse. Avec un peu de courage, je ravale mes craintes, lui lâche la main et me lance sur la glace. Fabio reste planté sur place un moment à m’observer avant de me rattraper.

— C’est bien mon chaton, c’est super !

Pour rester concentrée, je l’ignore et continue d’avancer. Avec de plus en plus de fluidité, j’évite les personnes qui chutent devant moi. Un petit virage à droite ; un petit virage à gauche et ainsi de suite. J’ai pigé le truc, c’est certain. Fabio, patineur dans l’âme, s’élance au centre de la foule et m’emmène avec lui. D’une parfaite maîtrise, il se met à patiner à l’envers, à plier les genoux et s’amuse à faire des petits sauts.

— Essaye de plier les genoux, il dit. Tu verras, c’est simple.

— T’es sérieux ? Je n’arrive déjà pas à tenir cinq minutes sans tomber !

— Mais si, essaye !

Je ne veux pas le décevoir et j’essaye une première fois avant de me redresser aussitôt. L’équilibre m’abandonne. Je recommence, je me redresse. Fabio, s’élance puis s’arrête près de la sortie et me fait signe d’avancer jusqu’à lui en patinant les genoux pliés.

— Tu peux le faire, allez ! je murmure encore et encore.

Je pousse un bon coup sur les jambes, prends de la vitesse puis d’un mouvement fluide et rapide, je plie les genoux.

— BRAVO ! hurle Fabio depuis l’autre côté de la glace en applaudissant.

J’ai persévéré et ça paye. Puis, sans comprendre ce qui se passe, mon patin s’accroche sur de la glace et je chute. J’aurais pu m’arrêter sur place, mais non. Je vais si vite que je continue ma route à plat ventre jusqu’à Fabio qui se trouve encore très loin de moi. Certains patineurs tentent de freiner afin de m’éviter et tombent à leur tour, d’autres parviennent à me détourner. Je termine ma course aux pieds de Fabio, sur le ventre, le visage gelé par le froid, heureuse d’être vivante et entière.

Lorsque je relève la tête, tous les regards de la patinoire sont tournés vers moi. Certains rigolent, d’autres grimacent.

— Et merde, je chuchote.

Je quitte la glace et cours dans les vestiaires. Je n’ai envie que d’une chose : mon lit.

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