103 - 23 h 44
7 - 23 h 44
Deux bières, neuf cocktails et trois verres d’eau plus tard, je suis toujours debout. Ma tête tourne et mon articulation n’est plus ce qu’elle était. Ne me demandez pas de prononcer « anticonstitutionnellement », j’en suis incapable. Fabio semble avoir passé une bonne soirée. Son visage rayonne de bonheur, si l’on oublie les joues rouges de celui qui a trop bu. Il m’a permis de lui découvrir un humour caché, un peu beauf, qui ne m’est pas désagréable. On dit toujours de regarder sa belle-mère ou son beau-père avant d’épouser sa moitié, je dirais plutôt : regardez-le, lui et ses amis.
J’en aurais appris des choses pendant cette soirée. Entre la sœur d’Éric qui sort de prison et qui est arrêtée avec sa grand-mère pour tentative de braquage, Fabio qui ne cesse de parler de moi depuis deux ou trois jours et les hémorroïdes de Stéphane, je suis gâtée. Et je ne parle pas du moment gênant avec « les PD » ou celui où j’ai demandé à Sylvie si elle avait des enfants et qu’elle m’a violemment répondu :
— Je suis stérile.
Note à moi-même pour un avenir meilleur :
Ne plus demander à une femme si elle a des enfants, à moins qu’elle n’en parle de son plein gré.
— C’est sûr, ils me détestent, je dis après que tout le monde est parti.
Fabio et moi restons le temps d’une dernière bière. Sylvie et Pierre ont dû partir, car ils sont d’ouverture demain matin, Claude a dû rejoindre sa copine du moment, Éric et Stéphane étaient fatigués (de moi, probablement), et Arnaud s’est proposé de ramener Claude.
— Mais non, n’importe quoi ! Pourquoi tu dis ça ?
— Mais c’est sûr, je dis d’une voix tremblante. Mais je suis trop bourrée pour savoir pourquoi.
Il rigole, son rire me fait l’effet d’un remontant.
— On rentre ? il demande.
— S’tu veux… Mas j’suis sûr qu’ils me détestent…
Même bourrée, je le sens, je pue l’humidité. La joie des caves parisiennes. Dans l’Uber qui nous ramène à la maison, je ne fais que m’endormir avant de me réveiller brusquement à chaque coup de frein ou par le hoquet interminable qui ne me quitte pas.
Tel un parfait gentleman, Fabio m’accompagne jusqu’à mon lit, me déshabille et m’aide à me mettre sous la couette.
— Tu sais que je tiens beaucoup à toi, il me souffle dans l’oreille.
— Moi 'ssi, j’tiens b’coup à toi.
Ma tête tourne tant et mon articulation est si mauvaise que je ne suis pas sûre qu’il comprenne.
— J’tiens b’coup, b’coup, “toi.
La dernière chose dont je me souviens, ce sont ses lèvres qui se déposent sur mon front.

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