114 - 12 h 14

3 minutes de lecture

2 - 12 h 14

On frappe à la porte.

Doucement, j’ouvre les yeux. La lumière inonde la pièce et je réalise que sans m’en rendre compte, tandis que j’imaginais ma vie future, je me suis endormie. Fabio entre, un plateau à la main.

— Il est quelle heure ? je demande d’une voix enrouée, la tête à moitié recouverte par la couette.

— Il est plus de midi, mon chaton. Ça va ?

Non, ça va pas. Ça va pas du tout. Les trois verres de vin de cette nuit m’ont retourné la tête et à en juger par ma voix rauque et mon mal de gorge, j’ai trop fumé.

— J’ai pas très bien dormi, je réponds.

— Oh, bah alors ? J'ai trop ronflé, c'est ça ? Dis-le hein.

 — Mais non, pas du tout. Je ne t'ai même pas entendu.

 Ouais, c'est ça. Il ronfle si fort (bien que je trouve ça mignon), qu'on peut l'entendre depuis le Massenet.

 — Tiens, je t’ai préparé un petit-déjeuner.

Je me redresse, affronte la lumière et prends conscience de la tête que je dois avoir.

— Ne me regarde pas, je dis. J’ai une tête horrible.

Il rigole, dépose le plateau sur le rebord du lit et me rejoins sous la couette pour un gros câlin.

— Mais n’importe quoi, tu es jolie, comme toujours.

Je suis amoureuse, c’est évident. Son compliment me va droit au cœur et me remonte aussitôt le moral. Seul l’amour est capable de ça.

Je me régale du petit-déjeuner. Pain au chocolat, biscottes au Nutella, fraises fraîches, un parfait remède contre le mal de tête et l’abus d’alcool.

— Merci, je dis. Merci pour tout.

— Pourquoi tu me remercies ?

— Beh, pour tout ce que tu fais pour moi.

Il m’embrasse. Ses lèvres sont chaudes, douces et humides.

— On se fait un cinéma aujourd’hui ? Le dernier Marvel est sorti et je meurs d’envie de le voir !

Non, je ne veux pas. Je ne veux pas partager Fabio avec des inconnus pour la dernière journée en sa présence.

— Euh…

— Quoi ? Tu n’as pas envie ? C’est avec Thor et Docteur Strange et tu ne peux pas dire non à Thor.

Je souris. C’est vrai que jamais je refuserais d’admirer la musculature de Thor sur grand écran. Mais pas aujourd’hui, pas maintenant, pas cette semaine.

— Demain ? je propose.

Il n’y aura pas de demain, mais ça, il ne le sait pas.

— Je veux rester sous la couette toute la journée avec toi, à faire des câlins.

— Tu es sûre que ça va ? T’as une petite forme.

— Ça va, je dis sans y croire.

Fabio à mes côtés, je termine mon petit-déjeuner et j’avale mon café comme un remède à tout ce qui m’arrive. Avec du courage, je réussis à sortir du lit et à prendre une douche. Je n’ai jamais passé autant de temps sous l’eau. Bravo Kristelle l’écologiste. Pendant ce temps, Fabio s’est chargé de refaire le lit, passer l’aspirateur et nettoyer la cuisine. Vous en trouvez souvent vous, des hommes qui font l'amour comme des Dieux et qui en plus font le ménage ? Moi, non.

— Ça va mieux ? il demande.

La serviette enroulée autour de la poitrine, je cours dans ses bras pour un câlin.

— Oui, ça va mieux.

Un bruit sourd retentit. Quelqu’un frappe comme un dingue à la porte d’entrée et appuie sur la sonnette, encore et encore.

— J’y vais, il dit.

— Non, j’y vais.

J’ai un doute, mais j’espère me tromper. Toujours en serviette, j’ouvre la porte.

— VOUS !

Merde, je m’en doutais. Mme Gonzales.

Pequeña perra, tu as volé mes clés ! Ladrón ! Ladrón !

C’était sûr.

— Qu’est-ce qui se passe ? s’écrie Fabio depuis la cuisine.

— Rien, rien !

Je m’avance dans le couloir tandis que la concierge continue de me hurler dessus. Je ferme la porte pour ne pas que Fabio entende.

— Je suis désolée, c’était important. Vraiment désolée…

Ladrón ! Je vais le dire à la Policía !

Toujours dans l’excès. Elle commence à m’agacer. Ce n’est pas la journée pour me faire chier.

— Écoutez, Mme Gonzales, j’enfile un pantalon et je descends tout vous rapporter. Promis.

— Y a intérêt ! Sinon, j’appelle la Policía, inmediatamente !

Inmediatamente mon cul. Elle peut attendre cinq minutes. Elle finit par se retourner, entrer dans l’ascenseur et continuer de hurler en espagnol. Je surprends quelques voisins refermer brusquement leur porte. Des vraies commères.

Merde.

La porte s’est refermée sur moi, je suis coincée à l’extérieur, en serviette. Je sonne, sonne et sonne encore jusqu’à ce que Fabio m’ouvre.

— Bah alors ? il dit.

— Ne me pose pas de question, c’était la concierge.

— Mme Gonzales ?

— Oui.

Je suis sèche, trop sèche. Ce n’est pas contre lui, c’est juste une mauvaise journée. Je me dépêche d’enfiler une culotte, un pantalon et un pull, récupère les clés et les recettes dans la poche de mon jean et descends au rez-de-chaussée.

Annotations

Vous aimez lire Florian Pardon ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0