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Et à quoi pouvais-je m’attendre ? Qu’il me dise : oh, merci de m’avoir dit la vérité. Je t’aime, épouse-moi. Non, c’était évident qu’il me prenne pour une tarée, psychopathe, menteuse et manipulatrice. Je suis conne, mais coooooonne. Très en colère, je claque violemment la porte d’entrée derrière moi. La poignée, sensible depuis mon arrivée, tombe par terre.
— Merde, je dis. Et comment je fais, moi, maintenant ?
Tant pis, je verrais ça demain. Je fonce dans la cuisine à la recherche de la plus chère bouteille de vin que j’ai en stock. J’attrape un grand cru de 2017, Louis Latour. Je chope un verre à l’envolée et retourne dans le salon. Je tamise la lumière. J’ouvre la bouteille, verse la moitié dans un verre et attrape une clope. Je fais les cent pas dans le salon, observée par les deux chats assis sur le canapé. Le bon côté, c’est que je garde Sucette. Et oui, elle fait partie du contrat, elle aussi.
Sur la table basse est toujours posé le sablier. Il ne scintille plus et le sable s’est intégralement écoulé dans la partie inférieure.
— Putain de sablier.
Je ne peux plus me le voir. Je l’attrape d’une main et le jette à travers la pièce. Il vient se fracasser contre un mur. Super, j’ai du sable plein l’appartement. Bravo Kristelle. Je ne me sens pas mieux. Je suis toujours folle de rage, mais je ne sais plus pourquoi. Je ne suis pas en colère après Fabio, évidemment, ni après ma sœur. Ni le vin ni la clope ne m’aide à redescendre. Je me sens divaguer entre la colère et la tristesse, mais je n’arrive pas à pleurer.
— Ressaisis-toi, je murmure.
Je plonge la pièce dans le noir et m’allonge sur le canapé. J’observe le plafond légèrement illuminé par la lumière qui traverse les fenêtres. Je rigole. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis prise d’un fou rire. C’est nerveux. Tout ça, c’est complètement stupide. Je suis dans un rêve depuis une semaine et je vais me réveiller d’un instant à l’autre.
J’attrape mon téléphone, ouvre Google et tape : se calmer après rupture amoureuse déception trahison. Le lien vers une vidéo YouTube s’affiche. Je clique. La méditation, la nouvelle méthode pour décompresser. Ça donne envie. Il est presque 1 h et je vais méditer dans mon salon, au milieu d’un nuage de fumée (merci les clopes).
Je mets la vidéo sur la télé et c’est parti.
Bien évidemment, ça ne marche pas. J’ai pourtant essayé toutes les positions que Nancy, la coach en méditation et sophrologue depuis douze ans, m’a demandé d’effectuer. J’ai fait la position du chien tête en bas, du lotus, de l’aigle, mais rien. Rien. Rieeeeeeeen n’y fait. J’en ai toujours plein le cul de cette histoire.
Retour à la réalité : clope, vin blanc et désespoir.

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