La maladie invisible
Alan est tombé malade sans tomber vraiment.
Pas de fièvre, pas de toux, rien d’alarmant — seulement une lenteur dans le corps, comme si chaque geste devait traverser un océan de vagues qui le ramenait inlassablement sur le rivage.
C’était un enfant tranquille, avec des yeux profonds pour son âge.
Ses parents les premiers l'ont cru fatigué. Mais ce n’était pas du sommeil qu’il manquait.
C’était autre chose. Une maladie ? Le médecin appelait à son chevet n'avait pas de diagnostic précis. Ce n'était pas écrit dans les manuels de médecine.
Il avait découvert l’amour.
Pas l’amour spectaculaire des grands, pas l’amour qui casse et qui brûle.
L’amour innocent. Celui qui arrive en silence et change la lumière.
Un matin, il a aimé une voix.
Puis un sourire.
Puis une présence.
Et ce sentiment s’est installé en lui comme un oiseau : ça battait, ça tremblait, ça voulait sortir de sa cage.
Alors son cœur s’est mis à faire trop de place.
Il ne mangeait plus beaucoup, non parce que la faim avait disparu, mais parce qu’il était rempli d’une joie inquiète.
Cette joie étrange qui serre la gorge. qui noue les organes.
Il marchait avec précaution, comme si le monde pouvait le bousculer.
Tout devenait fragile : une parole, un regard, une distance.
Il souriait parfois, puis il retombait dans ce calme lourd, comme un enfant qui porte un secret plus grand que ses poches et qui ne s'est pas l'exprimé.
Ce n’était pas une maladie triste. Les adultes eux mêmes mettent des maux sur des mots, des paroles, des actes. Mais pour un enfant, la maladie n'est pas négative. Elle n'est pas cette définition linéraire.
C’était une maladie lumineuse.
Une fatigue faite d’espérance.
Une faiblesse née d’un trop-plein de pureté.
Personne ne comprenait pas vraiment. On cherchait une cause, une erreur, un remède.
Mais il n’y avait rien à soigner, seulement quelque chose à laisser vivre.
Un jour, sans bruit, Alan a retrouvé sa respiration.
Parce que l’amour, quand il n’est pas écrasé par la peur, devient une force tranquille.
Et il a guéri comme on grandit : doucement, dans le secret... et l'amaour de ses parents.
Et c'est ainsi qu’un cœur, même tout petit, peut contenir l’infini.

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