TEXTE 4
MISE EN ABYME
Là, content le monsieur… il a trois textes, c'est bon, non ?... Ah, il lit… au moins j'écris pas pour rien…. Mais pour un stage intensif, j'ai pas appris grand-chose il me semble, le mec n'a pas ouvert sa boîte à camembert depuis le début à part pour donner des consignes qui tiennent sur un ticket de caisse… n'importe quoi, j'vous jure… allez, j'me casse…. Comment ça, j'peux pas… quoi, y'a encore un truc à faire ? C'est une blague…. Allez, accouche, tu veux quoi ce coup-ci ? Que je…. Quoi ???? Fusionne les écrits… mais ce mec est fou… quiconque lira n'y pigera rien…. Enfin, c'est pas moi qui paye et au moins ici, il ne pleut pas… c'est déjà pas mal… allez, vas-y, rends-moi mes textes, j'te plie ça vite fait bien fait et on n'en parle plus…
TEXTE 4
Elle est dans le noir… presque total. Seules des LED mauves éclairent derrière elle. Peu importe comment elle bouge, sa montre crée des reflets à la lumière ambiante… on ne peut la rater sur son poignet… enfin ses poignets nus. Elle est aussi dorée que ses grandes boucles d'oreilles rondes qui oscillent au gré de ses déplacements de gauche à droite.
Elle pointe son interlocuteur du doigt, elle le met en garde et l'accuse, le bras tendu, l'index qui désigne, qui fusille ! Le sujet est suffisamment grave pour qu'elle s'en indigne…. Au point d'en être désespérée. Elle veut nous faire comprendre un paradoxe entre ce qui est et ce que cela devrait être pour que l'objectif soit atteint… à l'écouter, on s'est tous fait enfler !
Ses bras accompagnent ses propos, le désarroi est un haussement des bras, la conclusion fait claquer ses mains sur ses cuisses.
Lorsqu'elle fait la comparaison entre ce qu'elle va lire et la réalité factuelle, elle joue la balance de ses mains, comme si l'un devait correspondre à l'autre… sauf que la balance penche… en défaveur de ce qui est pesé ! Et son constat s'accompagne du mouvement destiné à essuyer une larme, l'index sous l'œil… soulignant la tristesse du propos à venir. Lorsque son propos bascule dans l'horreur, ses mains cachent ses yeux puis repoussent ce qui est dit loin d'elle…
Il est à noter qu'elle tourne en rond, elle va de gauche à droite, comme si le sujet abordé était d'un côté et son triste constat de l'autre… et plus le constat est grave, plus elle part de ce côté-là ; plus elle revient au propos, plus elle bascule de l'autre côté… un jeu de miroir encore une fois entre le texte et le sous-texte.
Un homme lui tend un livre dont elle se saisit en parlant… un moulin à paroles d'ailleurs. Il est déjà ouvert à la bonne page… Avant de commencer sa lecture, elle se vide l'esprit, repoussant une mèche de cheveux rebelle comme une pensée malsaine… Lorsqu'elle lit le titre, c'est d'une manière sérieuse, qui est directement suivie d'un mouvement de tête dubitatif annonçant le pire.
Ses mouvements sont d'une fluidité à toute épreuve… on sent que son propos est sincère au point de maîtriser sa gestuelle sans avoir à y penser, c'est naturel chez elle de prendre la pose… qui correspond soit à son indignation, soit au candide de l'histoire lue.
La lecture du titre du livre se fait avec la joie et la bienveillance liées au propos, c'est doux, c'est pour enfants… On peut en voir la couverture… et on sent qu'elle veut faire plaisir en lisant son histoire… naïvement… en respectant scrupuleusement les émotions données par ledit livre.
Lorsqu'elle commence la lecture, les LED changent de couleur, donnant l'ambiance liée à la lecture, faisant la transition entre son propos et ce qu'elle lit. Sa tunique noire lui colle à la peau… lorsqu'elle est dans l'ombre, seul son teint rosé se distingue… elle est noyée dans l'absence de décor, dans le noir lié à la scène… aussi noir que ses propos, soit dit en passant.
Elle lut donc le début de l'histoire à son auditeur, son corps se penchant sur la droite, de haut en bas, comme un marteau qui viendrait taper sur un clou… tu veux de la connerie, en voilà, tiens, prends l'intro dans les dents… avec le sourire en coin du tueur en série prêt à vous massacrer si vous ne l'écoutez pas…
Elle oscille entre le cynisme du texte et le sous-texte glauque… on la sent passer de la lecture candide au mépris lié à son propos de départ… pour basculer dans l'horreur du sous-texte… Le cynisme qui suit est un sourire… celui de la personne qui sait qu'on la prend pour un con avec un texte… soit épuré pour les enfants, soit sordide et qui n'est pas pour les enfants même une fois épuré.
Ligne après ligne, son indignation est de plus en plus marquée… son visage est le reflet de ce qu'elle lit… un livre d'horreur destiné aux enfants, comme elle le disait ! Chaque remarque sous le sous-texte lui fait perdre son sens de l'humour pour revenir à une froideur factuelle… et chaque reprise de lecture la fait retomber dans le candide… elle doit être bipolaire, c'est la seule explication…
Toute sa lecture se fait le livre dans une main, l'autre pour appuyer son propos. Jamais elle ne le laisse tomber ou le referme par un mauvais geste.
Comme elle reprend la lecture, son visage change… première phrase : haussement de sourcil ; deuxième phrase : sa bouche semble dire, outre le texte, oulalala… mais c'est quoi ce texte… son visage transpire la gêne de lire cette histoire… Aussi vite accompagnée d'une remarque cinglante appuyée d'un pas de salutation… dénonçant l'absurdité du début de l'histoire narrée. Sa main libre passa du doigt suivant la ligne à une main tendue : voilà la vérité, elle est ici…. Dans mon sarcasme. On retrouve la balance entre la vérité du vide et le livre…
Elle continua donc la lecture candide, sa main libre recommençant à accompagner ses propos, des fois que son auditeur soit sourd ou malentendant ; on frôle le langage des signes version simplifiée. Un mot, une idée, un geste correspondant. Et à nouveau, chaque sarcasme la fait revenir à un état de constat clinique cynique de la réalité du sous-texte. Elle se mord la langue d'avoir à étaler la vérité cachée derrière ce livre… c'est pour dire !
Et elle reprend malgré tout la lecture, toujours candide, avant de s'arrêter net à la première phrase pour afficher son dégoût de la réalité cruelle soulevée par le texte… et signifier à son auditeur que… même épuré, c'est hardcore !
Lorsque les propos s'y portent, à savoir la lecture de l'histoire, elle reprend le ton enfantin… comme si le carnage annoncé était destiné à des gosses de six ans… c'est monstrueux quand on y réfléchit… ce qui se passe n'est pas dans sa tête, c'est dans la tête de ceux qui viennent de comprendre le sous-texte de ce qu'ils lisent tous les soirs à leurs mômes…
Pour reprendre ses esprits, elle se remet une mèche de cheveux en place. Lorsqu'elle reprend sa lecture, elle appuie le ridicule en désignant la taille évoquée de l'un des protagonistes… ce qui lui fait plier les genoux, la mettant aussi bas que le texte qu'elle lit. Et lorsqu'elle établit la réalité du fait évoqué, elle monte la main le plus haut possible, désignant son propos comme concernant "tout le monde" et non plus seulement la personne à qui elle s'adresse. Elle va jusqu’à souffler entre ses lèvres pour souligner l'absurdité de la chose.
À peine calmée, elle reprend sa lecture, les yeux froncés sur le texte… Comme la lecture est candide, elle souligne le ridicule d'un mouvement de la main, grand… large, occupant l'espace, comme le vide du sujet… Voilà ce que vous lisez à vos gosses, un arc-en-ciel ! Et à nouveau, le constat s'appuie du plat de la main tendue, paume en l'air… la vérité est ici, dans ma main, pas dans le livre !
Comme l'un des protagonistes parle, ses doigts montrent des guillemets pour appuyer le propos tenu, puis font non du doigt pour appuyer la lecture…. Et tout en lisant de manière candide, elle glousse du ridicule des choix des "héros"… Étant entendu que la solution du problème est ridicule, voire plus ignoble que le problème en question, son visage trahit le sarcasme… avant de placer le livre le plus bas possible et s'étendre en arrière en rigolant de dégoût… avant de reprendre un ton froid et ironique pour souligner l'absurde.
Au plus le sous-texte est grave, au plus elle s'en indigne, impliquant même les institutions supposées intervenir dans les cas évoqués… en fait, c'est contre la société qu'elle s'indigne… donc… contre notre propre inculture et contre le fait que nous soyons tous des moutons…
Les énumérations factuelles sont froides, elle ne rigole plus, ce n'est même plus cynique, c'est un constat… que tout le monde peut faire mais que personne ne fait, c'est l'indifférence générale qu'elle souligne !
Lorsque son propos devient cynique, elle marque la page d'un doigt pour disposer de ses deux mains et du livre comme élément appuyant ses propos d'une justesse effarante. Le livre devient une arme masquant son contenu… qui n'est pas pour les enfants comme l'indique pourtant la jaquette.
Alors que le texte lu devient glauque, elle se moque dudit texte… on sent que jamais elle ne lirait cela à ses propres enfants pour le coup… et sa froideur est une accusation contre ceux qui le font, ni plus ni moins !
Comme elle continue, entre la lecture et des commentaires acerbes, son constat devient clinique, impliquant que ce genre de lecture…. Corrompt l'esprit des plus jeunes et au lieu de leur apprendre quelque chose, ce genre de texte terrorise les enfants… ce qui explique bien des choses du coup.
Au plus l'histoire narrée manque de cohérence, au plus elle s'adresse au livre, comme si les personnages pouvaient lui répondre… délaissant ainsi ceux qui l'écoutaient lire l'histoire.
Un brin d'espoir clôture l'histoire, soulignant l'intelligence de l'un des protagonistes… et le désarroi des autres… sans parler de l'inquiétude vive de certains…
Comme elle termine de lire, elle referme le livre pour ce qu'il est, un tissu de mensonges, et le jette au plus loin d'elle. La revoilà seule, sans accessoires dans le noir… éclairée par des LED bleues.
Ceci dit, maintenant que c'est commencé, faut bien finir… donc elle reprend la lecture, toujours aussi candide de voix que le propos est ridicule… avant de se dresser et plonger la tête dans le livre pour insulter ouvertement la personne parlant à ce moment de l'histoire… elle l'accuse et s'adresse à elle… un choix débile ne mérite pas qu'on s'indigne des conséquences !
Comme elle se moque de ce protagoniste, elle mime la gestuelle plausible de ce dernier, appuyant ainsi le ridicule de la chose. Mais l'histoire n'est pas terminée… donc elle continue toujours de manière candide, jusqu'au terme du sujet soulevé par le livre.
Comme l'histoire est terminée, elle s'en débarrasse pour pouvoir illustrer au mieux son dernier propos… De fait, elle est horrifiée du constat qu'elle est obligée de faire… parce qu'il s'agit de la stricte vérité…. C'est d'un cynisme à toute épreuve… qui, d'après l'intensité de sa voix, n'est que pure vérité.
Mimant l'un des protagonistes, elle compte et s'indigne, cette fois en claquant ses mains sur ses cuisses pour marquer le désarroi, puis les mains sur les hanches pour le constat… la réalité… et le fait que le récit n'a servi à rien puisque le problème de base n'est pas réglé.
Simulant un échange entre deux protagonistes, pour jouer l'un, elle mime un homme sans manière se frottant le nez, simulant d'ouvrir un coin de rideau pour s'assurer de ses dires et répétant le geste de désarroi face à la situation.
Et comme annoncé, cela se terminera en boucherie… car comme elle le dit, si le plan A ne marche pas, on applique le plan B, à savoir… son métier. Un constat dur, réaliste… et cruel. Son constat final est sans appel, dos à son auditeur.

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