Le jour où j'ai appris à vivre
de
Louise Marie

J’ai toujours cru que je n’y arriverais jamais. Que ma vie se résumerait à mes vingt-cinq premières années : apprendre à marcher, à parler, à mentir, à boire, à fumer. Se faire des amis, les perdre, se retrouver seule. Vouloir en finir, pleurer, essayer de se relever, pleurer encore… et parfois tout arrêter.
Ces années-là m’ont pourtant appris ce que je voulais, et surtout ce que je ne voulais plus. Mais la route a été longue. J’ai versé des torrents de larmes, pensé à mettre fin à mes jours. Vivre n’avait rien d’un cadeau : c’était un supplice. Alors je me taisais, je souffrais en silence, j’étouffais ce mal-être derrière un sourire, je balayais la poussière sous le tapis… jusqu’à ce que le tapis finisse par se soulever de lui-même.
Il y eut un jour — je ne sais plus lequel — où j’en eus assez. Assez de me cacher, assez de refouler celle que j’étais vraiment, après tant d’années à la découvrir. Assez de me mettre en retrait par peur de ne pas être acceptée. J’eus enfin le courage de faire entendre ma voix, d’exposer mes choix, mes envies… et surtout de respirer.
J’ai défendu ceux qui subissaient l’injustice, essayé de me racheter auprès de ceux à qui j’avais causé tant de torts. J’ai appris à dire « je t’aime », même si les mots restaient difficiles, et je l’exprimais à travers de petites attentions concrètes : un café chaud, des viennoiseries, un paquet de bonbons, accomplir le travail de ceux qui n’en avaient plus la force, aider mes parents… J’ai beaucoup donné, pour tout le monde… et souvent à mes dépens.
Alors j’ai plongé dans mon travail, corps et âme. Toujours apprendre, toujours faire plus, me documenter, poser des questions. Mon rythme : boulot-dodo. Pas de distractions, pas de vie sociale. Jusqu’ici, les autres ne m’avaient rien apporté de bon. J’ai donc décidé de ne dépendre de personne… sauf de Dieu, qui n’a jamais quitté mon cœur.
J’étais devenue indispensable à mon poste. Pas irremplaçable, mais assez convaincante pour que mon départ fasse réfléchir certains. Au bout de deux ans, je commençais à être moi-même avec mes collègues. En façade, tout semblait parfait : le service tournait, on rigolait, on parlait de tout et de rien…
Mais plus les jours passaient, moins je trouvais de sens dans ma vie. Mes projets stagnent, mes envies demeuraient irréalisables. Mon cœur et ma tête étaient coincés entre deux choix : rester, pour ce service et ces collègues que j’appréciais, tout en continuant à donner sans retour ; ou partir, penser enfin à moi, et recommencer à zéro. Là résidait le dilemme : un choix inévitable que je refusais de voir en face.
Vingt-cinq années à marcher sur un fil au-dessus d’un canyon de tristesse et de solitude. Je connaissais le point de départ… mais je ne voyais pas l’arrivée.
Alors j’ai pris la décision de partir. Pour moi, pour mon avenir. Laisser derrière moi souvenirs, famille, le coin où j’ai grandi. Quitter une situation où je ne progressais plus, où je ne pouvais plus évoluer.
J’ai ressenti — et je ressens encore — une immense nostalgie. Elle me déchire le cœur. Peut-être parce qu’en inspirant profondément, j’ai enfin réussi à laisser partir ce qui ne me convenait plus, pour faire place à ce qui m’attendait, à ce qui m’était destiné.
Pour moi, cette finalité reste un échec. Tant d’énergie, de courage et de conviction pour réaliser que ce que je voulais ne pouvait pas être ce qui devait être.
Et pourtant, cet échec m’a appris une leçon essentielle : vouloir tout contrôler ou tout donner aux autres peut coûter cher si l’on néglige sa propre vie. Il m’a appris à poser des limites, à me choisir, à comprendre que prendre soin de soi n’est jamais égoïste. Aujourd’hui, je sais que ma valeur ne dépend pas de la reconnaissance des autres, mais de ma capacité à me relever et à rester fidèle à moi-même.
Table des matières
En réponse au défi
Ton échec le plus marquant
Raconte un échec majeur et ce qu’il t’a appris sur toi-même et/ou sur les autres.
Commentaires & Discussions
| Un souffle nouveau | Chapitre | 7 messages | 5 mois |
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