Devenu ténébreux

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Tout avait commencé à une époque lointaine et primitive. Cette ère où la magie n’était pas encore développée comme de nos jours où seuls quelques personnages en avaient héritage et la paix était maitresse. Mais un jour un groupe d’humains dont la sagesse était gigantesque avait réussi l’impossible : répartir cette force en tout être vivant et la paix avait plus encore prospéré.

D’après cette légende, quelques années après la répartition des forces magiques, un oiseau immense apparut de nulle part, planait gracieusement haut dans le ciel. Jusqu’au jour où nombreux étaient ceux qui voulaient l’approcher mais nombreuses étaient les tentatives loupées. Cet oiseau magnifique faisait rêver nombres d’entre eux. Plus encore, il attisait les convoitises et des groupes obscurs se formèrent dans le plus grand secret, dont l’objet était tout aussi noir que leur magie. L’un de ces groupes se faisait appeler : les Enfants du grand Destin.

****

J’avais à ce moment lu dans ton regard une écoute parfaite, je vis que tu avais même arrêté de manger et je poursuivis cette fois, plus motivée et d’une autre manière. J’avais projeté en toi toute l’histoire. Plus encore, tu en étais, Tayhra devenue spectatrice. Celui d’un monde qui se formait devant tes yeux et je m’étais laissée aller, comme portée par une mélopée cadencée par le rythme de ton cœur.

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La chaleur étouffante dans ce monde était telle que ma peau devenue aussitôt moite. Je vis qu’en face de moi s’étendait un paysage dont les nuances vertes allaient de pair avec immense forêt. Puis j’entendis les oiseaux chanter et au loin des bêtes grogner. Je me précipitai alors à l’opposé des cris de ces prédateurs. Parcourant ainsi la densité de la végétation où j’avais parfois, l’impression que je ne pouvais en trouver accès. Je fus à moment donné bloquée par des plantes dont l’épaisseur était telle que je dus me saisir de la machette accrochée à ma hanche. D’un coup sec, j’en coupai ces plantes et me frayer un chemin dans la profondeur de cette forêt. Le chant des oiseaux avait laissé place à d’autres ressemblant à ceux des primates.

Je levai la tête vers la cime des arbres pour voir de quoi il s’agissait, mais rien à faire, pas un seul animal n’y était. Je poursuivis arme en main prête à découper le premier obstacle, quand des rires retentirent. J’aurai même cru entendre des dires, aux paroles médisantes. Je progressais plus alerte pour enfin, me retrouver dans un lieu plus dégagé. Soudain, il était tombé des arbres, une horde de singes dont la tête m’avait fait penser à celle des Orangs-outans. Ils rigolaient tous entre eux comme de hyènes. À cela, je restais silencieuse et leur regard changea et du rire, il m’avait semblé que tous étaient passés à de l’envie. Ils m’avaient dit en chœur ceci — tu n’iras pas plus loin, petite — mais je n’en démordis, pas bien au contraire. J’avançai d’un pas prêt à user et abuser de ma lame s’il le fallait et je m’étais même surprise à grogner, comme l’aurait eu fait un petit canidé.

La nuit s’écoulait lentement et je te vis ton regard ébloui par ce monde primitif. Je vis plus encore : tu étais noyée en plein dedans. Je poursuis l’histoire de cette petite du nom de Déniàs. Ce nom n’avait fait sourire et je m’aperçus que toi aussi.

Ces singes étaient de vraies teignes, pire encore de vrais vicelards, mais moi, j’étais plus aguerrie, plus rusée que vous, dont la couleur était la même que celle des renards. J’avançai prête à découper le premier venu et vous saviez que j’étais coriace, plus encore acharnée, et moi, je n’aurais pas hésité à découper un ou deux bras de vous autres primates. Ainsi, j’avais persévéré et avais ignoré vos rires, vos sarcasmes, vos jérémiades et injures. Mais ce que je n’eus pas accepté fut quand l’un d’entre vous m’avait lancé une branche dans le dos. Je m’étais aussitôt retournée, le regard noirci de colère, car mal j’avais eu, et j’avais juré moi, que jamais plus personne ne me ferait souffrir.

Cette fois-ci, je ne grognai plus. Je n’avais pas hésité, non. Je lançai ma machette sur celui qui avait bafoué mon respect. Plantée dans le bras du coupable, qui se mit à hurler ceci — Mais, t’es folle ! — je répliquai aussitôt cela — Non, juste déterminée à retrouver mon chemin ! Alors, méfie-vous, le prochain, se verra planter ma lame dans sa tête !

Puis l’un d’eux qui m’avait semblé être le meneur, s’avançait vers moi en se balançant de droite à gauche et me montrant de son index — Vers l’ouest, tu trouveras les tiens. L’instant d’après, je lui demandai — C’est trop vous demander de reprendre ma machette ?

Il ferma les yeux et je me rapprochai vers celui qui m’avait blessé qui ne bougeait pas d’un cil. Le lui avais dit — Reste sage et tu n’auras pas mal. Il ne bougea pas quand je saisis la poignée, la machette se recouvrit d’une aura verdâtre et quand je la retirai, il avait été soigné. Ce dernier n’eut rien dit simplement fermé les paupières en inclinant la tête. Je crois que ce jour-là, je m’étais sans le vouloir fait des alliés. Il s’appelait les Orangs, je poursuis mon chemin dans la densité de cette jungle.

La nuit tombait rapidement dans cette immense forêt, et je m’étais retrouvée entourée du déclin omniprésent de lumière pour qu’une nuit de pleine Lune pris place où les étoiles, elles étaient cachées par les densités des feuilles des arbres. Les noirceurs m’avaient fait avancer et j’avais à cet effet embrasé la lame de ma machette d’une flamme vert empire pour pouvoir y voir, mais il fallait croire que cela ne suffisait pas pour me rassurer. Ainsi je progresser dans une nuit noir animal, ou des yeux dont les iris étaient cerclées de rouges m’observaient du haut des arbres. Regards qui m’avaient fait frissonner et pourtant, ils n’osaient approcher de ma position, je crois qu’ils avaient peur de moi, plus encore, qu'il se nourrissaient de la mienne.

Quand de ses yeux rougeoyants commençaient à se diviser, j’eusse si peur que j’avais arrêté ma marche, comme hypnotisé par leur nombre incalculable. À cet instant, je me faisais comme absorber ma magie mes pouvoirs étaient en train de se faire drainer, à tel point que ma lumière ma force avait noircie et de lumière, je passais au néant. Quand un hurlement strident raisonnait en tous lieux, et je vis à cet instant planer au travers de la cime des arbres un immense volatile, dont j'ignorais l’origine. Celui-là et pour la première fois de ma vie, j’eusse eu envie d’en goûter. Je me mis à courir au travers de milliers de ces regards dont la couleur était passée au rouge écarlate, je courais vite et plus encore sous cette forme, lame en main. Je me surpris à voir les flammes qui arboraient celle-ci, avaient changé pour d’autres dorées. Face à moi la nature n’avait aucune emprise. Chaque branche qui me faisait face, qui me parait mon chemin, je les découpais sans sommation.

Je courais tellement vite que je me surpris même à décoller du sol emporté par des d’ailes noirâtres et je m’envolai en direction de cet étrange animal. Or, quand j’eus dépassé la cime des arbres, le volatile avait disparu, il n'y avait plus rien. Qu’une pleine lune dont la lueur était-elle qu’elle ne laissait place qu’à peu d’étoiles. Je me surpris encore à voler vers cette sphère opaline, celle qu’ici, tout le monde appelle l’Esprit de la nuit. Alors que j’étais parvenu assez près l’esprit lunaire se matérialisa telle que l'était la faucheuse, mais avec deux faux en main et dont l’habit était de couleur bleu marine. J’arrêtai ma lancée et bat des ailes pour garder ma position et cet Esprit me dit :

— Déniàs, je vois que noir tu es devenue, un conseil avant que je ne vienne m’emparer de toi, n’oublie jamais qui tu es. Et surtout, n’oublie jamais que tu as un cœur.

À cela, je me suis mis à ricaner, comme si je savais que cet esprit n’était pas de taille face à ma puissance.

— Aurez-tu, toi aussi peur de moi, Esprit de la nuit ?!

Et m’eut répondu :

— Je n’ai peur que de ton cœur, car sa force véritable ne vient que de là.

Puis il s’effaça comme il était arrivé, me laissant seul avec mon orgueil et je remis à planer au-dessus de ce continent de verdure tout en me dirigeant vers l’Ouest, où j’y vis plus loin des lumières, j’avais trouvé ce que les Orangs m’avaient indiqué. En repensa à eux je vis que mes plumes noires s’envolaient pour en devenir plus clair, c’est-à-dire de plomb. Et j’atterris dans un champ de maïs non loin de cette cité éclairée par des flammes verdâtres. Mais ailes disparurent et j’avançai tête haute et sure de moi, mon regard noirci par l’assurance en était devenu ténébreux.  

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