1.1.1.1.2

4 minutes de lecture

Roger appela Eden en panique, le souffle court. Il lui dit :
- Méfie-toi de l’hôpital. Je n’ai pas tous les détails, mais manifestement le commanditaire est lié à un trafic d’organes au sein de l’hôpital. L’un des employés serait en lien étroit avec un patron de la mafia. Je n’en sais pas plus.

Eden entendit des coups de feu ; puis Roger reprit :
- Je suis pris en chasse. Je vais devoir disparaître quelque temps. Tant pis pour ma vengeance, tu es maître à bord. Je te préviens : certains policiers peuvent être impliqués. J’ignore l’étendue du réseau. Je dois te laisser.

Avant qu’Eden pût répondre, on lui raccrocha au nez.

Eden réfléchit : un trafic d’organes à l’hôpital ? Il n’en avait aucune connaissance. Quelqu’un avait-il cru, à tort, qu’il avait repéré quelque chose ? C’était possible. Puis, parlant à voix basse, il se reprit :
- Réfléchis, Eden. Que s’est-il passé avant qu’on nous attaque ? Maintenant que j’y pense, quelques jours avant l’attaque un piano s’est écrasé dans la rue quelques secondes après mon passage ; ensuite, après l’attaque, un infirmier étrange a failli se tromper de médicament quand j’étais à l’hôpital. Si un médecin n’était pas intervenu et si je n’avais pas moi-même reconnu les médicaments, j’aurais pu y passer. Je crois que je suis clairement la cible.

Il réfléchit encore et ajouta :

- Avant le piano, Héléna m’a fait des avances, que j’ai poliment refusées. Je ne vois pas le lien, mais il est vrai qu’elle est chirurgienne et a souvent accès à une zone de stockage dont peu de monde dispose et elle peut aussi gérer une partie des plannings. Maintenant que j’y pense, il y avait d’autres éléments suspects chez elle, mais rien d’inexplicable au vu de son poste. Après tout, je ne la connais pas beaucoup, et je ne m’en étais jamais méfié.

- À part elle, je ne vois rien de concordant.

Il décida de prendre contact avec l’inspecteur en charge du dossier du meurtre et l’informa de ses découvertes et de ses doutes. Il fut décidé que l’inspecteur s’infiltrerait à l’hôpital en civil, accompagné d’hommes de confiance, et qu’un micro serait posé sur Eden.

Lorsqu’il reprit du service, Eden constata qu’une opération était prévue avec lui et cette chirurgienne en début d’après-midi. Coïncidence ? Il en doutait fortement.

L’après-midi, l’opération se déroula sans accrocs, mais les trois infirmiers présents lui étaient totalement inconnus et semblaient nerveux. On remarquait également de nombreux coups d’œil échangés entre eux et la chirurgienne, ce qui était perturbant.

Une fois l’opération terminée, l’un des infirmiers sortit le patient de la salle et, avant qu’Eden ait eu le temps de réagir, les deux autres infirmiers l’attrapèrent et l’immobilisèrent. Eden eut juste le temps de crier :
- Qu’est-ce que… lâchez-moi !

La chirurgienne s’approcha, son masque relevé, et dit d’une voix étrangement calme :
- Tu sais que tu as beaucoup de chance ? On a tenté de t’éliminer à cinq reprises, et tu y as réchappé à chaque fois. Dans quatre cas, tu ne t’en es même pas rendu compte. Mais cette fois, c’est fini pour toi.

- Pourquoi fais-tu ça ? demanda Eden, feignant l’incompréhension.

- Pourquoi ? C’est simple : tu as découvert notre trafic d’organes. C’est pour ça que tu as refusé mes avances. Il fallait donc te faire taire. Je suis assez surprise que tu n’en aies pas parlé à la police, mais tant mieux pour nous.

- Un trafic d’organes ? s’exclama Eden. Je n’en savais absolument rien. J’ai refusé tes avances uniquement parce que je ne voulais pas sortir avec toi, rien d’autre.

La chirurgienne eut un rictus, comme si la révélation l’agaçait davantage qu’elle ne la trahissait :
- Tu veux dire que j’ai tout fait pour rien ? Tant pis pour toi. Maintenant tu en sais trop. Tes organes nous seront utiles.

L’un des infirmiers l’assomma. Ils le posèrent sur la table comme on pose un patient en salle de réveil. À peine avaient-ils commencé à lui ouvrir le ventre qu’un groupe d’hommes de l’inspecteur déboula, armes au poing, en criant :
- Les mains en l’air ! Vous êtes en état d’arrestation, tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous.

La chirurgienne et les deux infirmiers s’exécutèrent. Voyant l’état d’Eden, l’inspecteur fit venir un médecin pour le soigner. La fameuse salle de stockage fut ensuite fouillée et ce qu’ils trouvèrent ne laissa guère de doute quant à la culpabilité de la chirurgienne. Ces éléments permirent aussi d’épingler de nombreuses autres personnes liées à l’organisation.

À son réveil, Eden découvrit qu’il avait été placé sous protection renforcée. L’inspecteur le remercia pour sa contribution tout en le sermonnant : ce sont les policiers qui enquêtent, pas les victimes. Roger avait été retrouvé blessé par balle mais avait survécu ; lui aussi était sous protection le temps de ses soins.

Eden réfléchit puis demanda à l’inspecteur :
- Elle a dit avoir tenté de me tuer cinq fois, mais je n’en connais que trois. Est-ce qu’elle vous a dit quelles étaient ces tentatives ?

- Oui, on lui a tiré les vers du nez, répondit l’inspecteur. Il y aurait eu : un café empoisonné que vous n’avez pas bu parce que vous avez été appelé en urgence ; puis le piano qui s’est écrasé dans la rue ; ensuite une tentative au sniper — vous vous seriez trouvé dans un angle mort au moment des tirs ; puis le massacre ; et enfin la tentative d’administration d’un médicament mortel, compte tenu des traitements que vous preniez déjà. Quoi qu’il en soit, c’est fini. On compte sur votre témoignage lors du procès. En attendant, ils resteront tous en prison.

Quelques jours plus tard, Eden alla se recueillir sur la tombe d’Azazel et murmura :
- C’est fini, Azazel. Tu es maintenant vengé, la justice a été faite.

             FIN

Annotations

Vous aimez lire VACO ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0