C'est oui

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À peine passé le portail, j'entends qu'on m'appelle.

—Prudence !

C'est Léo. Il est appuyé contre le mur à côté du portail, son sac à l'épaule, son pied appuyé contre le mur, ses cheveux bruns brillants au soleil.

—Tu me suis maintenant ? C'est un piège ? Je demande faussement sérieuse.

—À toi de me dire ? Est ce que ça vaut le coup que je te piège ?

Je lève les yeux au ciel et croise les bras, mais je souris quand même.

—Tu voulais quoi ?

—Verifier que tu avais survécu à ta journée sans moi à tes côtés.
Il penche légèrement là tête. C'est un peu mignon.
—Et parler de la soirée.

Mon coeur fait un petit salto arrière, mais je ne montre rien. J'espère que ma poker face est mieux réussie qu'avec Camille.

—Tu fais comme si je t'avais déjà dit oui.

—Peut-être que je suis du genre optimiste. Et peut être que je te connais déjà un peu.

—Et tu me connais depuis quand déjà ?

Je n'arrive pas à retenir mon sourire en coin.

—Depuis 3 jours, mais je sais déjà que tu es du style à faire les bons choix.

Je détourne le regard, un peu gênée. J'ai l'impression que les joues sont écarlates tant elles sont chaudes.

—Et si je te disais que je viens ?

—J'aurais eu raison donc, ça fera un point pour moi.

—T'as pas l'impression de marquer des points un peu vite ?

—Peut-être.
Il sourit. Je remarque une fossette sur le côté gauche de son visage.
—Et j'aime bien quand tu réponds comme ça.

Je le regarde, la bouche entrouverte, prise au dépourvue.

—Comme ça comment ? De quoi tu parles ?

—Comme ça avec de la répartie. Je te sens moins stressée, plus toi même. Mais toujours un peu sur la défensive.

—Tu sais qu'analyser les gens comme ça, c'est pas dans les clichés des mecs populaires.

—Touché.

Un silence s'installe. Il passe sa main dans ses cheveux et tourne brièvement la tête avant de reposer ses yeux sur moi.

—Donc... Tu viens ?

—Oui.

Il me regarde armé d'un sourire entendu, comme si il venait de gagner un pari contre lui-même.

—Cool.
Puis, d'un air faussement léger :
— Et comme je suis un mec populaire, et que je suis galant et très bien élevé...

—Oula, je sens quelque chose venir là.

—...Je me disais que je pourrais passer te chercher chez toi, comme ça t'arrive pas seule.

Je le fixe, un peu choquée. Là il me propose clairement qu'on y aille ensemble. Poker face Prudence, poker face.

—En grand et preux chevalier, c'est ça ?

—Exactement. T'avais pas vu mon armure invisible ? Je ne l'enlève jamais pourtant.

Je ris malgré moi, et je vois sa fossette apparaître de nouveau. Il est content de lui, ça se voit.

—Je te dirais.

—Évidemment.

Il s'écarte d'un pas avant de reprendre :

—Mais je suis confiant. Je te rappelle que, selon tes dires, tu es "un boulet que je dois me coltiner pendant des semaines".

—Comment oses-tu utiliser mes propres sorts contre moi ?

Il rigole, un peu fort je dois dire. Je vois deux trois têtes se tourner.
Il reprend :

—Bon je dois y aller. À bientôt Prudence.

—Salut !




Il s'éloigne, me laissant seule avec ce sentiment agaçant qu'il va encore obtenir ce qu'il veut.
Et le pire, c'est que je ne suis même pas sûre de vouloir l'en empêcher.


Le soir, alors que le dîner avec mes parents touche à sa fin et que mon père commence à empiler les assiettes sales pour les amener à la cuisine, je me décide à parler.

—Au fait... je vais à une soirée samedi soir.

Mon père s'arrête net et regarde ma mère. Celle-ci me regarde à son tour.

—Une soirée ?

Elle a du laisser trois secondes de temps entre ces deux mots. Je les ai jamais vraiment habituée à sortir il faut dire.

—Oui, chez un ami du lycée.

Un ami... Je ne sais même pas de qui je parle, mais si mes parents apprennent que je ne connais même pas la personne chez qui je compte me rendre, c'est mort pour moi.
J'observe l'expression changeante de mon père, et je vois ses sourcils se froncer.

—Et t'y vas avec qui ? Me dit-il.

—Avec... Des gens.

—Des gens ?

Je prends une inspiration. J'avais pas envie de subir un interrogatoire.

—J'y vais avec Léo.

—Léo ? Répète ma mère.

—Un garçon de ma classe.

—Le Léo dont tu nous as déjà parlé ?

Je m'étouffe presque avec mon eau. Pourquoi faut-il que ce soit si gênant ?

—Je vous en ai parlé qu'une fois.

—Deux. Corrige mon père.

Je lève les yeux au ciel.

—Et il est comment ce Léo ? Demande ma mère.

—Normal.

—Prudence...

—Gentil.

—Gentil ?

Elle a décidé de jouer au perroquet ou quoi ?

—Un peu agaçant.

—Ah.

Elle me regarde en hochant la tête. Comme si elle savait déjà tout.

—Donc intéressant. Ajoute-t-elle en souriant.

—Bon, du coup c'est oui ?

—Et tu comptes y aller comment ? Demande mon père.

—À pieds, avec Léo, il a proposé de venir me chercher, il habite pas loin.

—Pour moi c'est bon, tant que tu nous envoie un message quand tu arrives là-bas et que tu ne rentres pas seule et pas trop tard.

—Je vous écrirais toutes les cinq minutes si je vous écoutait.

Ils sourient, moi aussi, malgré moi.
Ils savent qu'il est rare que je demande à sortir. Comme j'ai jamais eu beaucoup d'amis, je clairement passé la majorité de mes weekends dans ma chambre, soit sur mon ordinateur, soit en train de lire. Ma vie sociale a été quasi inexistante tout au long de ma vie.

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