Narcisse et son miroir à selfies

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Le narcissisme moderne a inventé une forme de nouvelle religion : l’Apparence.
Ses fidèles prient avec un Selfie, communient avec des likes, et croient atteindre la lumière grâce à un Éclat de façade — un éclat si vif qu’il aveugle même la honte.

Ils jurent que c’est de l’Amour-propre.
En réalité, c’est un crédit à taux variable : aujourd’hui adulé, demain oublié dans les abysses de leur propre illusion.

On les voit dans les rues, téléphone levé comme un sceptre, sourire accroché au visage comme une agrafe. On dirait des rois, des reines, des embassadeurs du spot idéal. Mais ce sont des mendiants de regard. Des affamés d’attention. Le monde entier tourne autour de leur Nombril, et ils appellent ça “rayonner”.

La Mégalomanie est leur parfum : quelques gouttes, et ils se sentent immortels, intemporels. Ils ont oublié leur condition humaine.

Ils se filment en courant, en pleurant, en séduisant, en mentant. Ils transforment l’intime en produit, le corps en vitrine, l’âme en publicité. Et plus c’est vide, plus ça brille. Plus c’est faux, plus ça marche.

Ils prennent des risques stupides pour prouver qu’ils existent en tronquant la mort. Cette belle faucheuse qui jamais ne pleure et jamais ne rie ne les rate jamais quand elle les voit de trop prêt.

Ils vendent leur dignité au prix d’un buzz, persuadés que l’univers les regarde… alors que l’univers scrolle et accèlére leur chute programmée.

Puis vient le jour terrible.
Le jour où l’algorithme baille.

Le jour où la caméra ne fait plus de miracles.

Le jour où ils postent… et que personne ne répond.

Ils rafraîchissent l’écran.
Encore.
Encore.
Comme on tente de secouer sans espoir un corps pour vérifier s’il respire. En vain.

Et dans ce silence, ils tombent.

Pas doucement, non : brutalement.
De star à fantôme.
D’icône à inconnu.
D’adoré à transparent.

Alors ils retournent à la vie réelle, mais qu'y-a-t'il désormais de réel.
Avec leurs yeux fatigués. Leur cœur vide. Leurs dettes.
Et cette question qui fait mal :

Qui suis-je… si personne ne me regarde ?

Le narcissisme promet la grandeur.
Il offre une chute.

Parce qu’au fond, vivre n’a jamais été briller.
Vivre, c’est aimer, c'est être présent dans le sablier de la vie terrestre.
Et ça, aucun filtre ne le sauvera.

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