Chapitre 26

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Le calvaire a continué durant les jours qui ont suivi. Je me devais de rester allongé pour ne pas rouvrir des plaies à peine cicatrisées.

Alice fut d’une grande aide – une jeune femme forte et téméraire mais douce qui s’est occupé de nos blessures à Michael et moi. Par chance, le petit n’avait que peu de blessure. Son arrivait datait de la veille de notre fuite. Malgré tout, il n’a pas échappé à certaines tortures.

Mon corps est bandé de la tête aux pieds – des bandages de fortune, lavé avec la neige.

Nous ne devrions pas être dérangé ici. La maison fut abandonnée des années auparavant, lorsque son propriétaire trouva la mort la plus paisible qui soit : la vieillesse.

Elle se situe dans la forêt de Chervlin, sur un bout de terrain appartement à la meute Spike. Plus jeune, je me rendais souvent dans cette maison, pour rendre visite à « l’oncle Sam » – comme on aimait l’appeler – mais également pour jouer avec ses petits-enfants. Depuis son décès, ils ont déménagé et ne sont plus jamais revenu – ce qui m’attristait car je les appréciais beaucoup.

Mon regard se pose sur le plafond pendant que je cherche une solution. Nous ne pouvons pas nous permettre de nous rendre en ville dans cet état-là. Sauf que rester cacher n’est pas la meilleure solution également. Comment ferons-nous pour manger par exemple ? De plus, l’hivers est glaciale et la maison ne permet pas de maintenir une chaleur constante.

Alice a beau avoir récupéré du bois dehors ainsi que des morceaux de meuble ici et là, cela ne suffira pas.

– Je pars chercher du nécessaire pour survivre. Dit-elle plus tard dans la journée. Nous n’allons pas tenir longtemps dans ces conditions et vos blessures doivent être mieux traitées.

Malgré mon envie de l’en dissuader – ne voulant que la protéger – je lui fis promettre de faire attention et de nous revenir saine et sauve.

Partie en fin de matinée, elle revint la nuit – une veste sur le dos et un sac rempli tomba a ses pieds – le teint plus rosé et le regard empli d’une joie qui dénote des précédents moments.

– Où as-tu trouvé tout cela ? Questionne le petit en se jetant littéralement sur le sac.

D’un signe de la main, elle fit comprendre que cela restera son petit secret. Du bout des lèvres, je lui murmure un « merci » sincère et soulagé.

Les jours passent – Michael s’est réveillé et son état est bien plus encourageant que le mien –, mon état empire. La toux de sang a laissé place à la monté des veines noires jusqu’à mon visage.

Alice multiplie ses sorties et reviens régulièrement les mains pleines, soit du bétail – boîtes de conserves, renard, lapin ou tout autre animal qu’elle a pu chasser – soit des habits – usés, en bon état.

Je me questionne à chaque fois de l’endroit où elle se procure tout cela mais je ne dis rien, bien trop reconnaissante de tout ce qu’elle fait pour nous. Je suis habituée à prendre sur moi et aider les autres, alors cette situation m’est étrange.

Au vu de l’état de mes yeux, ils m’ont installé dans la cave – qui a notre grande surprise était restée en bon état malgré les années – et venait dormir en bas avec moi. Il y faisait bien plus chaud et nous nous amusions à la comparer à une cabane secrète.

Tristan, je crois que c’est son nom, restait avec moi la plupart du temps et nous lisions des livres encore présents sur les bibliothèques. Je racontais à ce petit les aventures qu’on s’imaginait et les bêtises que l’on faisait entre ces murs, mes amis et moi. Ma mémoire me faisait défaut par moment, je mettais ça sur le compte de l’eau qui coulait sous les ponts.

Alors qu’en réalité, ma mémoire ne m’était plus accessible. Comme si un mur se dressait dans ma tête.

Ils n’étaient pas au courant et je ne voulais pas les inquiéter avec cela. Parfois, je leur donnais un surnom car je ne connaissais plus leur prénom.

Des semaines et des mois se sont écoulés comme ça – avec un va-et-vient de souvenir – et Alice et Michael qui revenaient chargés de nourriture, de fourniture et bien d’autres choses.

Dès que je voulais venir avec eux pour les aider, ils refusaient, me remerciant à de nombreuses reprisent pour tout ce que j’avais déjà fait pour eux.

« C’est à notre tour de faire quelque chose pour toi. S’il te plaît, laisse-nous faire au moins ça. » M’avaient-ils dit malgré leur avoir répété mille fois qu’on a travaillé ensemble et que Michael m’avait déjà aidé en prenant ce coup de poignard à ma place.

– Crois-moi Michael, je ferai tout ce que je peux pour leur faire payer. J’utiliserai tous les moyens pour détruire le Laboratoire de mes propres mains et libérer toutes ces personnes. Fut le discours que je lui tiens alors que nous mangions tranquillement dans la cave – des lentilles réchauffés au feu de bois entre nos mains.

– C’est déjà incroyable ce que tu as pu faire seule malgré tout ce qu’ils t’ont fait subir. Tu es une sacrée louve. J’espère que ta meute et ton Alpha savent la chance qu’ils ont de t’avoir. Dit le jeune Tristan.

Pour moi, ce n’est pas suffisant. Rien que revoir ce petit – même si son visage s’efface de ma mémoire – me fait bouillir intérieurement.

Le temps s’étire, bien plus longtemps qu’on ne le pensait. Nous avons rigolé, mangé, dormi tous ensemble – comme une famille – mais une chose planait dans l’air, comme un murmure qu’on avait peur de prononcer. Notre chez nous.

Notre maison nous manque. Je ne me souviens plus vraiment de mon chez moi et si j’en ais au moins un. Je ne sais plus… tout est flou désormais. Ais-je une famille ? Où habitais-je avant ? De nombreuses questions parmi d’autres me parvenant au fil des mois passant. Tout ce que je sais c’est que je leur cache mon état, que je leur cachais quelque chose d’autre pour ne pas créer une distance entre nous – sans pour autant pouvoir m’en souvenir à l’heure actuelle.

Un matin, qui semblait identique aux autres, ils ont fini par afficher une mine qu’ils tentaient de me cacher. C’est là que j’ai compris qu’il était temps d’arrêter la comédie. Ils ont remarqué le changement et ce depuis quelque temps déjà.

– Tu te souviens de nos prénoms ? Finit par me demander la jeune femme lorsque nous nous retrouvions seules, assisent sur le lit dans la cave.

La fixant du regard, un sourire triste sur le visage je ne pu que répondre négativement.

– Je suis désolée. Je crois que… j’ai perdu une grande partie de ma mémoire. Mon passé et mon présent avec vous s’envolent et reviennent parfois. Dis-je dans un soupir.

La situation me fait souffrir et elle en a conscience tout comme elle sait que je ne disais rien non pas par manque de considération mais bien parce que leur avouer cela les attristerait et qu’ils se sentiront encore plus redevable.

Ma condition va de mal en pis – forcée à rester dans la cave la journée et ne sortir que la nuit – sauf si je porte le bandeau noir que m’a confectionné Tristan.

Je suis désormais un poids pour eux. Ils restent avec moi car je finis par dépendre d’eux. Bien plus que je ne le voudrais…

C’est ainsi qu’ils m’ont aidé à aménager la cave de manière à ce que je sois bien. M’apportant de nombreuses bougies, divers vêtements – et de nombreuses boîtes de conserves qu’ils ont rangé dans les meubles de la cuisine.

Une attention dissimulée derrière l’envie de rester auprès de moi. Mais je leur fis comprendre qu’ils pouvaient, qu’ils devaient partir retrouver leur famille qui doivent s’inquiéter depuis le temps. Je saurai m’occuper de moi.

L’un des derniers souvenirs du Laboratoire provient des paroles du bourreau :

– « On va voir si elle résiste au poison des fées anciennes. Cela tue un humain instantanément, affaiblit jusqu’à la mort une fée non averti et a déjà tué nombreux de ses congénères. Elle qui est de nature puissante, survivra-t-elle ? J’ai hâte de le découvrir ! » suivi d’un rire machiavélique.

Le peuple des fées est très ancien, pacifique de nature. Mais au fil des années, les guerres les ont changé et obligé à se placer dans des camps pour protéger le monde et la nature.

Seule une fée parmi d’autres s’est démarquée et a fini par rejoindre l’ombre. La fée bleue.

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