Quand le PQ vint à manquer

5 minutes de lecture

Émilie se hâte. Avec ce dossier urgent imposé à la dernière minute, elle est sortie en retard. Elle a pris une douche rapide avant de mettre sa nouvelle robe d'été blanche avec une large ceinture bleu marine. Camille doit déjà être en train de l'attendre. Elles ont décidé hier d'aller prendre un verre ce soir car son amie doit lui parler de ses soucis. Elle aimerait des conseils.

Lorsqu'Émilie arrive, elle est soulagée de voir que Camille n'est pas encore arrivée. Elle choisit une table au fond de la pièce, au calme, avec des fauteuils pourpres qui ont l'air cosy. Au bout de vingt minutes d'attente, son amie n'est toujours pas là et aucun message pour expliquer son retard. Émilie commence à s'inquiéter. Et elle a bien envie d'aller aux toilettes, mais elle n'est pas motivée à bouger. Au bout de trente-cinq minutes, elle s'agace. Si elle ne pointe pas le bout de son nez dans les deux minutes, elle file.

C'est décidé, elle rentre ! Camille va l'entendre ! L'envie d'Émilie n'est plus tenable et elle a bien trente minutes de transport en commun. Elle n'aime pas aller dans un endroit public pour ça, mais là, pas le choix.

Elle se dirige vers les toilettes et s'enferme à double tour. Elle installe consciensieusement des feuilles sur le tour de la cuvette. Pour la grosse envie, obligé, elle doit s'assoir, mais pas question de partager les microbes !

Elle se sent soudain plus légère, son ventre revit. Elle tend la main pour prendre des feuilles de papier... Le rouleau est vide.

Le rouge lui monte aux joues. Un vent de panique déferle sur elle. Non, rester calme. Il doit bien y avoir une réserve quelque part. Bon, je ne peux pas me lever. Alors, scannons tout autour. Évidemment, il fallait que ça m'arrive à moi, et avec la grosse com' ! Elle va m'entendre Camille !

Après plusieurs minutes à vérifier méticuleusement du regard la petite cabine, elle est obligée de se rendre à l'évidence : pas de rouleaux de réserve, pas même quelques feuilles.

Bon, je dois bien avoir un mouchoir sur moi, même sale. Beurk ! Enfin, c'est mieux que de sortir comme ça.

La jeune femme vérifie trois fois ses poches, rien. La tempête fait rage en elle, telle une tornade, elle balaie ses pensées, les entrechoquant et les entremêlant au passage. Sa tête est sans dessus dessous. Je ne peux pas sortir ! Oui, mais le bar va bien finir par fermer ! Et si c'est un bien collant... Oh, la honte ! Pourquoi je pouvais pas avoir un petit rhume pour avoir des mouchoirs dans ma poche ? Pourquoi j'ai pas pensé à regarder avant pour demander au barman ? Pourquoiiii ? pleure-t-elle intérieurement. Bon, je vais déjà tirer la chasse d'eau pour limiter l'odeur.

— Excusez-moi, vous en avez encore pour longtemps ? Je suis vraiment désolé mais c'est assez pressant et les autres toilettes est hors service, lui dit l'inconnu avec sa voix chaude et grave.

Merde ! Si je tire, il va penser que j'ai fini ! Oh, nonnnn ! Non, non, non ! Qu'est-ce que je peux bien lui dire ! Fais chier ! Raah, c'est bien le cas de le dire ! Les mains d'Émilie sont moites, des gouttes de transpiration perlent le long de son dos venant mouiller sa jolie robe.

Un silence occupe l'espace jusqu'à ce qu'il demande :

— Est-ce que tout va bien ? J'appelle les pompiers ? Vous me faites peur ! demande-t-il inquiet.

Bon, là c'est plus possible. Comment j'expliquerai aux pompiers qu'ils se sont déplacer pour du PQ...

Cette fois, elle sue à grosses gouttes, sa respiration se fait saccadée et rapide. Ben voilà, manquait plus que ça, je vais sortir toute dégoulinante par dessus le marché !

— Je suis vraiment désolée, je... Je n'ai plus de papier, auriez-vous la gentillesse d'en demander au barman ? demande-t-elle d'une petite voix dont le volume se réduit au fur et à mesure que les mots sortent de sa bouche.

— Ahh, si ce n'est que ça, je reviens tout de suite !

Lorsqu'elle entend la porte se rabattre d'un bruit sec, Émilie en profite pour tirer la chasse d'eau. La porte se rouvre peu de temps après.

— Tenez, j'ai même deux rouleaux, dit-il, une pointe d'amusement dans la voix. Vous m'avez vraiment fait peur !

Émilie tourne le loquet, ouvre aussi peu qu'il lui est possible pour attraper le rouleau. Puis sa main se faufile à nouveau dans l'entrebaillement pour attraper le second rouleau.

— Merci, dit-elle les joues écarlates.

Heureusement qu'il ne me voit pas !

— Vous savez que c'est un peu flippant de voir un bras sortir comme ça des toilettes. Heureusement que vous avez une peau de pêche, sinon je penserais avoir à faire à un zombie !

Émilie ne sait plus où se mettre.

— Au fait, merci ! lance-t-il.

— De quoi ? demande-t-elle timidement.

— Ben, si j'étais passé avant, ce serait moi à votre place, alors merci !

— De rien, tout le plaisir était pour moi, s'entend-elle répondre.

D'où m'est sortie cette phrase pourrie ? La honte du siècle ! Mon dieu, dites moi qu'il n'est pas charmant, s'il vous plaîtttt !! Bon, je sors et je lave mes mains vite fait, je paie ma boisson et je me casse illico !

Émilie prend une profonde inspiration, comme si elle allait plonger en apnée et sort précipitemment se laver les mains. Sa peau écarlate sous l'effet de l'émotion fait un contraste saisissant avec la pâleur de sa robe. La jeune femme garde la tête baissée.

— Je suis désolé, je voulais détendre l'atmosphère mais je crois que je vous ai mise mal à l'aise.

Émilie se raidit. Sa tête pivote avant qu'elle n'ait pu réfléchir et ses yeux plongent dans ce de l'inconnu. Et quels yeux ! Il a un regard renversant. Elle ne peut s'empêcher d'observer cet homme. Carrément canon ! Attends, mais il m'invite à prendre un verre en plus ? Non, je peux pas, pas après ça et l'odeur qui doit encore planer dans les toilettes ! Fais chier ! Oui, bon ça c'est clair !

— S'il vous plaît, si vous n'acceptez pas, je ne pourrais pas rentrer chez moi l'esprit tranquille. Par contre, je peux vous demander d'arrêter de me regarder comme ça ?

Les yeux d'Émilie s'agrandissent tels ceux d'une chouette.

— C'est pas votre faute mais votre regard me perturbe, ajoute-il à la volée, en se grattant la nuque.

Sexy ! Mais, qu'est-ce qui m'arrive ? Émilie sent une bouffée de chaleur l'envahir, faisant exploser un véritable feu d'artifice dans tout son corps.

— Je vous attends à ma table, prenez votre temps, ce serait dommage de ne pas profiter de ces rouleaux d'une douceur, j'vous raconte pas ! dit-elle.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 9 versions.

Vous aimez lire Valériane San Felice ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0