Où dois-je le cacher?

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Ce matin, un homme est venu visiter mon appartement à vendre. Il était vêtu modestement, donnait quelques commentaires sur les pièces, mais la chose qui m'avait mis mal à l'aise était son air bizarre. Je l'avais vu s'approcher d'une table, et sentant mon regard sur lui, il enleva sa main et prétendit d'effacer la poussière. Après quelques minutes, il était parti sans faire d'offre, le visage fermé.

Il était midi, j'étais installée sur le canapé, mon ordinateur sur mes genoux, en train d'éditer et de justifier les photos de l'annonce pour mettre en évidence la luminosité des chambres. Tout à coup, mon téléphone sonna : numéro inconnu.

  • Allô ?
  • Vois-tu le trombone sur la table ?

Direct. Sans émotion, sans salutations.

  • Pardon ? Qui êtes-vous ? Comment avez-vous eu mon numéro ?
  • Le trombone, le vois-tu sur la table ?
  • Monsieur, vous vous êtes trompé de numéro, dis-je en essayant de garder mon calme et ma politesse.
  • Tu perds du temps en me questionnant.
  • Je vais appeler la police ! ai-je crié.

J'entendis un rire glacial, cruel. Je sentis un frisson me monter la nuque.

  • Pas la peine de les appeler, ils sont déjà sur leur route, chez toi.

"Chez toi."Ma gorge se noua, et je restai muette un moment.

  • Chez… moi ? Pourquoi ?
  • Ah, t'as eu de la malchance, et quelqu'un a mis un trombone dans ta maison, mais le problème c'est qu'un crime a été fait par cet outil. Donc, tu es accusée. Tu as une seule solution : le cacher, si tu veux continuer ta vie en paix, dans ton appartement. Note : tu as 30 minutes. Conseil : réfléchis bien avant d'agir. Bonne chance !

La ligne coupa net. J'étais comme une statue de marbre, je ne bougeais pas pendant des minutes, en reproduisant ce que j'avais entendu.

Je pris l'objet en deux mains, l'observant : je devais agir, et vite.

Mon cerveau était bloqué, je m'agitais dans tous les sens et je répétais : OÙ VAIS-JE LE CACHER ?!

Premier choix : sous le matelas ? Bah, les policiers connaissaient ce genre de cachette par cœur.

Deuxième choix : dans la boîte à couture ? Non, un trombone sera un intrus parmi les aiguilles et les boutons.

Troisième choix : dans un livre ? Inutile, ils vont tous les vider.

Quatrième choix : dans ma poche ? Non, je serai la première à être fouillée.

Cinquième choix : sous le tapis ? C'est la première chose qui va être enlevée.

Sixième choix : dans une boite à trombones ? Nah, c'est banal.

Je me suis laissé tomber sur le canapé, les jambes en coton. Je ne sais pas où le cacher, je suis foutue…

Le temps filait. Tic. Tac. Tic. Tac.

Treize minutes restantes ! Je suis cuite, je n'ai plus d'idées… TᴖT

Brusquement, je sautai du canapé. Une idée folle me traversait l'esprit.

J'ai couru vers la chambre de ma fille, Marguerite. Celle-ci jouait avec sa poupée préférée.

  • Maman, tu joues ? m'a-t-elle demandé en écarquillant ses grands yeux noisette vers moi.
  • Chérie ? Tu peux prêter ta poupée à maman deux secondes ?
  • Mais elle dort…
  • Juste une seconde, Marguerite. Je vais la fixer.

Elle m'a tendu le jouet à contrecœur. J'ai pris une grande respiration pour ne pas trembler. J'ai saisi une paire de ciseaux sur mon bureau et j'ai écarté le tissu au niveau du torse de la poupée. J'ai enfoncé le trombone profondément dans le coton, le dissimulant sous la couture.

  • Aïe !

J'avais maladroitement enfoncé la pointe du trombone trop fort, et je m'étais piqué le bout du doigt. Une perle de sang a surgi. J'ai sucé ma blessure, paniquée à l'idée de laisser une trace. J'ai réajusté le tissu de la poupée. Le trombone avait disparu.

  • Écoute-moi bien, Marguerite. Tu vas aller à l'école maintenant, et tu emportes ta poupée avec toi.
  • Mais maman, tu m'avais déjà interdit d'emporter mes jouets à l'école.
  • Non, ma puce. Emmène-la. Et surtout, quand tu arrives en classe, tu la poses sur l'étagère à casiers, d'accord ? Tu la laisses là-bas. Tu ne la gardes pas avec toi pour la récréation.
  • Pourquoi ?
  • Parce que… Parce que si tu la laisses là-bas, en rentrant à la maison ce soir, on va manger une pizza et regarder un film. C'est promis, d'accord ?
  • D'accord, maman ! dit-elle en serrant la poupée contre son cœur.
  • Dépêche-toi, le bus arrive !

J'ai regardé par la fenêtre, en retrouvant enfin mon calme, ma petite fille monter dans le bus en portant avec elle ce maudit outil qui a failli causer des problèmes.

Il restait sept minutes. Je me suis assise sur un fauteuil, je ne tremblais plus. J'ai entendu la sonnette, puis un frappement sur la porte.

  • Police ! Ouvrez !

J'ai ouvert. J'étais calme : le trombone n'était plus là.

Il était au creux d'une innocente poupée assise sur une étagère de classe.

J'avais gagné.

Mission accomplie.

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