Le monde à l'envers.
Les premiers rayons du soleil tombaient lentement sur Winterveil, éclairant d’une lumière froide un village déjà éveillé. L’équinoxe du printemps approchait à grands pas et les préparatifs pour la nouvelle année avaient commencé dès l’aube.
Des guirlandes de rubans colorés étaient tendues entre les toits de chaume tandis que des couronnes de branches fleuries ornaient les portes. Sur la place centrale, plusieurs charrettes débordaient de lanternes en papier, de tissus brodés et de longues perches destinées à ériger le feu de l’équinoxe.
Les enfants couraient déjà entre les étals, poursuivis par des mères agacées, pendant que des artisans accrochaient des clochettes aux enseignes de bois.
Dans la chaumière Frostheim, en revanche, le calme régnait encore. Le chant des oiseaux filtrait par les fenêtres, mêlé aux bruits familiers de la ferme.
Elza ouvrit lentement les yeux et se redressa tout en s’étirant.
Soudain…
BOOM.
Une première secousse fit vibrer la charpente.
BOOM.
Une deuxième, plus forte, fit tomber un peu de poussière du plafond.
…BOOM.
Et une troisième, plus brève, parcourut finalement le sol.
Elza se leva d’un bond et descendit l’escalier sans attendre. Dehors, les habitants de la ferme s’étaient rassemblés près du puits.
Yorick : Vous avez senti ça ?!
Knut : Je pense qu’on l’a tous senti. Quelqu’un sait d’où ça venait ?
Aron : Ah ! Je croyais que c’était moi qui avais encore trop picolé vous me rassurez.
Knut lui donna une tape derrière la tête.
Knut : Qu’est-ce que tu racontes, tu n’es pas ivre dès le matin.
Aron : Oui…Qu'est-ce que je raconte ... je ne suis pas ivre dès le matin…
Dit-il, le regard fuyant.
Elza accourut aussitôt pour rejoindre l’attroupement.
Elza : Qu’est-ce qu’il s’est passé ?!
Hulfrik : Personne ne le sait. Et j’espère que nous ne le saurons jamais.
Un silence inquiet s’installa.
Elza : Au fait… Quelqu'un a vu Erik ? Il est rentré hier soir ?
Knut haussa les épaules.
Knut : Aucune idée. Et qui ça intéresse ?
Il retourna à son travail, suivi du reste des ouvriers et l’attroupement se dispersa lentement.
Elza fronça les sourcils avant de remarquer Alfhid un peu plus loin, cachée derrière le mur de l’étable, lui faisant signe d’approcher.
Alfhid : Tu n’as pas oublié ta promesse ?
Elza : Je n’ai rien oublié ! Tu as déjeunée ? Je vais aller chiper une miche de pain dans la cuisine et on se met en route.
Alfhid sembla légèrement gênée, puis acquiesça avec un petit sourire.
Elza passa lentement la tête au-dessus du rebord de la fenêtre.
Elza : Rien à signaler… maman est sortie.
Sans attendre, elle escalada l’entrée, atterrit dans la cuisine et attrapa rapidement une miche de pain.
Mais un bruit venant du salon la surprit et en se retournant précipitamment, elle glissa sur le sol et s’écrasa sur le ventre.
Alfhid : Vite ! Frederik est rentré !
Elza se redressa en grimaçant.
Au même moment, elle aperçut une petite lueur rouge qui brillait sous un meuble. Intriguée, elle passa le bras, attrapa l'étrange objet sans vraiment regarder et le glissa dans sa poche avant de sauter par la fenêtre avec la miche de pain.
Elza : On a eu de la chance ! Avec mon père, je n’en serais probablement pas ressortie vivante.
Les deux adolescentes se mirent en chemin, une moitié de miche de pain chacune à la main.
En descendant vers Noctewood, elles traversèrent un village transformé. Des tables étaient installées pour le futur banquet, des tonneaux étaient roulés vers la place centrale et une grande structure en bois commençait à être dressée pour le feu de l’équinoxe, tandis que des musiciens accordaient leurs instruments pendant que des femmes suspendaient des guirlandes de fleurs séchées.
Le village semblait plus vivant que jamais.
Alfhid : Merci pour le déjeuner. Je ne te savais pas aussi gentille.
Elza : Tu le saurais si tu discutais un peu plus avec les gens au lieu de rester toute seule.
Alfhid : Je ne vois pas de quoi tu parles.
Dit-elle en accélérant légèrement, avec un petit sourire.
Elza : Je crois que je ne t’avais jamais vue sourire. Les choses sont bien étranges ces derniers temps.
Elza : Comme si le monde était à l’envers.
Alfhid : Tu l’as remarqué aussi ?
L’adolescente semblait surprise.
Elza : Remarqué quoi ?
Alfhid : Le monde à l’envers.
Soudain, un regroupement bruyant attira leur attention.
Villageois 1 : Il paraît qu’il y a eu un éboulement dans les montagnes d’Umbrath.
Villageois 2 : C’était ça les secousses ce matin ?
Villageois 3 : Impossible qu’on ressente un éboulement d’ici.
Un homme paniqué ajouta.
Villageois 4 : Je vous jure que c’est vrai ! J’y étais ! J’ai traversé Noctewood ce matin pour chercher du minerai au pied de la montagne. J’ai trouvé un petit gisement et puis soudain... Une énorme explosion venant des profondeurs d’Umbrath. Un bruit sourd… comme je n’en avais jamais entendu.
Villageois 4 : Trois secousses m’ont fait tomber au sol. La montagne a commencé à s’effriter et l’éboulement a bien failli m’enterrer.
Les villageois semblaient pensifs.
Villageois 1 : Ça ne me dit rien qui vaille…
Elza et Alfhid échangèrent un regard et reprirent leur route vers la forêt de Noctewood.

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