Tout devient si beau !

Haku se met enfin au lit après une journée classique. Il a peint, il a écrit. Mais il n'est jamais réellement heureux. Chaque œuvre qu'il fait le laisse indifférent. Impossible de déclencher ce sentiment de réussite. Alors Haku demeure dans une frustration perpétuelle. Pas malheureux, loin de là, car il vit de ces arts; la peinture et l'écriture. Conscient de sa chance, et se remerciant lui-même pour le travail acharné qu'il a dû accomplir, il s'accorde tous les soir un moment de détente, un plaisir coupable. Il allume son ordinateur, appuie sur le bouton play qui s'affiche à l'écran et le dernier épisode de sa série apparaît. Quelques biscuits sous la main, il se laisse transporter par la narration de l'épisode. Quand l'écran s'assombrit, il peut voir son reflet dans l'écran de son ordinateur. Des cheveux mi-longs, raides, noirs, tombent sur ses épaules. Entre-eux, un visage fin à la mâchoire carrée se dessine avec en son centre un petit nez en trompette. Ses yeux s'écarquillent devant les images qui défilent mais il est interrompu; des coups se font entendre sur la porte de son appartement. Il pense dans un premier temps que cela vient de la série, puis une seconde vague de coups résonne dans l'appartement. Ce sont des coups discrets, comme si l'individu derrière la porte semblait gêné de devoir déranger Haku. Il est presque minuit et à cette heure, tout le monde dort. Un mélange de peur et de méfiance fait grimper la fréquence cardiaque de l'artiste à une vitesse folle. Il attend. La personne finira bien par se lasser. Curieux par nature, Haku ne peut s'empêcher de savoir qui se trouve derrière cet objet qui le sépare de l'inconnu. Il sort de son lit, traverse sa chambre, le couloir donnant sur le salon et se retrouve dans le hall d'entrée. Furtif et agile, sans un bruit, sa main se pose sur l'œillet de sa porte et il regarde à travers.

-Je sais que vous êtes là, s'il vous plaît j'ai vraiment besoin d'aide, ouvrez-moi.

Le sang dans les veines de Haku se glace et le temps s'arrête avant qu'il ne puisse retrouver la parole.

-Qu-qui êtes-vous ? Que faites- vous ici ?

L'inconnu, que Haku ne reconnaît pas, jette par moment des coups d'œil vers l'œillet, ce qui à pour conséquence de renforcer l'angoisse déjà présente.

-Ma femme ne respire plus, elle est allongée au sol, je ne sais plus quoi faire, vous devez venir m'aidez vite ! J'ai toqué chez vos voisins, personne ne me répond. J'habite juste en bas.

A ce moment-là, Haku comprend que quelque chose ne va pas. Il connaît les habitants "juste en bas" et c'est uniquement des jeunes étudiants. Aucun couple n'y habite.

-Appelez une ambulance, je ne peut rien faire pour votre femme je n'ai pas de compétences en sauvetage. répond-t-il d'un ton sec.

Et il repart d'un pas lourd en direction de sa chambre. Un pas, deux pas,... Haku entend un léger bruit dans la serrure de sa porte derrière lui. Son sang se fige, et son corps avec pendant une seconde. Cette seconde où dans sa tête il se dit: "C'est pas possible, non c'est irréel". Il se retourne. Deux puissantes serres viennent attraper ses épaules. Haku reçoit un violent coup dans le foie. Tout son souffle est expulsé par sa bouche avec un peu de sang. Sa tête tourne. L'agresseur l'attrape au niveau de la gorge et le tabasse. Le nez cassé, la bouche en sang, les yeux fermés, Haku ne ressent plus rien. La douleur agit comme un somnifère et il s'apprête à perdre connaissance. En bruit de fond, les insultes du tortionnaire. Un bruit d'acier parvient aux oreilles de Haku qui peine à se relever.

Une pointe de vive douleur le fait hurler, mais très vite, la main lourde et gigantesque de l'étranger l'empêche de produire le moindre son. La lame du couteau entre délicatement dans le flan d'Haku. Son assaillant est posé de tout son poids sur le dos de l'artiste et le maintient face contre terre. L’arme blanche semble être d'une longueur interminable et lorsqu'elle ressort, le sang coule, en une multitude de gouttes. Les rires étouffés du psychopathe résonnent dans la tête de la victime. Il rentre dans une transe incontrôlable et prend du plaisir à torturer Haku. La lame entre et ressort. Ce processus recommencera 28 fois. Haku perd connaissance et avec elle, une partie de lui-même qu'il ne retrouvera jamais.

Dix minutes. Trente. Une heure. Combien de temps s'est écoulé depuis qu'Haku à perdu connaissance ? Il n'y a plus aucun bruit dans son appartement. Il ne sent plus son corps. Est-il mort ?

La chouette hulule près de sa fenêtre, à l'abri dans un arbre, Haku l'entend. La série qu'il regardait sur son ordinateur continue de tourner en boucle dans un bruit de fond qui le ramène à la réalité. Il comprend. Ses yeux s'écarquillent et il aspire une bouffée d'air comme s'il venait de réussir une épreuve d'apnée. Impossible de se lever. Ses jambes ne répondent plus, son tronc non plus. Il se met à ramper en direction de son téléphone encore allumé près de son lit, ses bras s'étendent dans une agonie insupportable et ses mains s'accrochent du mieux qu'elles peuvent sur le parquet imbibé de sang. Il rampe et ce sera la plus grande épreuve de sa vie. Chaque mouvement entraîne une douleur indescriptible que personne ne souhaiterait subir. Mais Haku continue, il veut vivre. Il parvient à récupérer son téléphone pour appeler les secours. Il explique avec peine ce qu'il vient de se passer. Pendant un instant il songe à raccrocher, pensant que tout n'est qu'un mauvais cauchemar et qu'il va se réveiller. Mais la personne au bout du fil lui demande de répéter.

-14 r-.ue d'u chhhhamo.is re. sidence des Lilas é é..

Haku reprend son souffle et se fait violence à lui-même pour terminer sa phrase.

-deuxième .......... étage apt cinquante.. gatre...

Il tousse et crache du sang

-J'ai été...

Il pleure

-poignardé, je-.. je .....je veux pas mour..rir

Il pose le téléphone et regarde le ciel à travers les volets de sa chambre.

-Une équipe arrive bientôt sur les lieux Monsieur, vous allez être pris en charge très rapidement. Restez en contact avec moi, parlez-moi. Comment vous appelez-vous ?

Mais Haku est absorbé par la lumière de la lune, il ne répond plus. Il se remémore les plus beaux souvenirs de son enfance et les pires souvenirs de sa vie d'adulte. Finalement, malgré les problèmes, les coups de blues, les gens hypocrites, la vie n'est pas si mal, se dit-il. Son face à face avec la lune se termine par une vague de larmes et un trou béant de profonds regrets. Mourir maintenant, et de cette façon, ce n'est pas ce qu'il voulait.

Quand l'ambulance arrive, elle enfonce la porte et trouve Haku contre son lit, les yeux ouverts vers une lune sanglante, mais il est inconscient.

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Les poils du pinceau voyagent à travers la toile, au rythme du mouvement va-et-vient des blés qui dansent lorsque le vent chante. C’est une musique douce qui ondule dans les oreilles du peintre. Quelques notes de piano pour réveiller une inspiration profondément enfouie. Haku a tout quitté. Sa famille, ses amis, ses habitudes. La Bolivie l'accueille et l’aime; il ne demande rien de plus. Il sort manger son déjeuner dans un restaurant proche de sa petite maison et dévale la pente qui le sépare de la ville à une allure d’escargot, traînant sa jambe gauche et s’appuyant sur son unique béquille pour soulever sa jambe droite.

La porte s’ouvre sans même qu’il n'ait besoin de la pousser. Un passant l’a fait pour lui. Un sourire en guise de remerciement et Haku s’assoit sur une chaise en bois, peu confortable, mais cela ne fait rien. Du vert, du vert partout, la décoration est belle. Une pendule sonne chaque quart d’heure pour accentuer le temps qui passe, perdu. Il regarde l'extérieur à travers la baie vitrée de l'établissement. Les voitures sont rares, mais le ciel est une autoroute, embouteillée d’oiseaux aux multiples couleurs. Quelques personnes courent et d’autres marchent. Haku n’est personne, il se demande ce qui le maintient en vie. Ses addictions; peut-être aux médicaments qu’il prend quotidiennement pour maintenir artificiellement ses organes en fonctionnement. Ou bien observer sa voisine se déshabiller le soir lorsqu’elle rentre du travail. “Une chance d’habiter dans une résidence en forme de U”. Peut-être même respirer les vapeurs encore fraîches de la peinture lorsqu’il la libère de son pot.

La soupe arrive. “La lagua de choclo”, c’est son nom. Un velouté de maïs, très léger et agréable. Ce sera le seul repas de Haku. Le retour chez lui est une véritable épreuve. A bout de souffle, il se traîne jusque devant sa porte. Sa béquille glisse, il tombe par terre à deux reprises, et, aidé par ses voisins il se relève, un sourire en guise de remerciement… Haku ne parle pas; enfin, plus. Dans le hall de la résidence, il observe les reflets du soleil qui caressent les portes de l'ascenseur. Le métal devient éblouissant et cela l’inspire. Il sait ce qu’il va peindre. Quand les portes s’ouvrent, la voisine se trouve face à lui. Haku sourit tant bien que mal face à cette beauté qu’il ne peut qu’imaginer dans ses rêves. Mais elle se trouve devant lui. Elle sourit, fait un signe de la main et s’en va, libérant son parfum aux milles saveurs dans l’espace qui entoure l’artiste. Soudain, les molécules parfumées viennent se déposer à l’entrée de ses narines et le temps s’arrête. Tout son corps se met à trembler de plaisir. Il se perd dans ses pensées. Les portes se ferment, alors il fait un effort pour passer entre in extremis. Pendant que les mécanismes le monte au troisième étage, il réfléchit. Cette beauté, il la désire. Plus que tout au monde. Il l’observe se déshabiller chaque soir et l’envie irrésistible de toucher son corps lui en fait trembler les mains. “Juste un centimètre carré de sa peau, juste un !” se dit-il. Ce serait l’aboutissement d’un fantasme. Il ne vit que pour la mater matin et soir. Il connaît ses habitudes, ses horaires, sa vie personnelle, seulement en la regardant depuis sa fenêtre. Impossible de ne pas la vouloir. Elle est comme un bonbon que l’on laisse sur la table devant un enfant. Il pense au viol…

Sa porte d'entrée lui fait face. Rouge comme le rouge à lèvre d’une parisienne. Un tour de clé et le voilà chez lui. Il se déshabille, et dépose son jean et sa chemise mal repassée sur le dossier d’une chaise et s’en va dans sa chaise pour se reposer. Le miroir de sa chambre renvoie l’image de son corps dénudé, meurtri par des cicatrices et des tentatives de restructuration de sa peau. Des cicatrices, vingt-huit au total sur la totalité de son corps. Causés par une agression au couteau. Haku ne se souvient que de son réveil dans une chambre blanche. Aucun souvenir. D’ailleur depuis ce jour, sa mémoire s’arrête à un mois; avant ça, impossible de se souvenir. Des crises d’angoisses à répétition et des crises de paranoïa s'ajoutent à cette liste, déjà bien trop longue.

Quelqu’un toc à sa porte. Haku se réveille, pris d’une panique incontrôlable. Il ne veut pas que la personne de l’autre côté de la porte l’entende, alors il plaque sa tête dans un coussin et hurle le plus fort qu’il peut. Il tente même de s’étouffer avec. Il va mourir, il en est sûr, une voix le lui dit dans son crâne. Mais le bruit cesse et Haku ne s’étouffe pas. En sueur, et désemparé, il attrape un pinceau et se met à tracer des formes à la peinture. Ce soir il ira chez elle, il le sait. Ensuite, il aura un mois pour savourer chaques souvenirs de ce soir-là, puis il se suicidera. A dix-neuf heures, le paranoïaque s’installe à sa fenêtre pour la voir arriver, mais sa voiture est déjà garée sur le parking. “étrange”. Il observe la tenue légère qu’elle s’apprête à enfiler et s’imagine déjà la lui retirer. “J’y vais maintenant, je peux plus résister". Haku enfile un jogging et un tee-shirt et sort de chez lui à une vitesse qu’il n’aurait jamais imaginé. Une sensation d’excitation mélangée à un stress important se propage dans tout son corps, s’introduisant des ses artères, ses veines, se diffusant jusque dans le moindre capillaire sanguin de son être. Il frappe à la porte. Un ange ouvre la porte. “Elle est encore plus belle démaquillée”

-Ah vous êtes venu finalement !

Haku écarquille les yeux, il ne comprend pas.

-J’ai toqué chez vous il y à une heure environ mais vous ne deviez pas être là.

“J'aurais dû ouvrir ça aurait été plus facile de le faire chez moi !”

Une pensée l'envahit soudainement. Il eut l'envie de mourir, la sur place, de s'écrouler et ne plus jamais se réveiller. Lui qui si jeune avait des projets plein la tête et se sentait invincible, il voulait disparaître, la, maintenant.

-C'est à propos d'une pétition, renchérit-elle. Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais les propriétaires voudraient supprimer les arbres de la résidence, pour y mettre une terrasse. Or, beaucoup d'oiseaux utilisent ces arbres pour se reposer dessus. Vous vous rendez compte ? Dit-elle en se perdant dans son discours. Nous construisons sur leur territoire et en plus nous détruisons leur maisons, c'est inadmissible !

Elle s'emportait dans ses paroles et ne semblait plus se rendre compte qu'elle parlait à une plante verte.

-Avec plusieurs voisins nous sommes contre. C'est pourquoi nous avons créé cette pétition. Finit-elle par ajouter.

-Vous ne répondez pas ? Vous êtes donc si insensible ? Monsieur ? Répondez-moi ! Haku ! Parle ! HAKU !

“Haku ? C’est moi !”

-Il ouvre les yeux ! Pas d’injection ! “

Des voix se mélangent.

-Monsieur ! Haku !

La bolivie disparaît dans un tourbillon emportant cette ange protectrice des oiseaux et un fantasme refoulé.

Une agitation règne autour de lui. Il entend les pas précipités de gens qui se bousculent et parlent fort. Une odeur fade se dégage des lieux et installe un sentiment de mal-être chez Haku. Il se met à vomir, sa vision se brouille alors que des larmes coulent sur ses joues, il hurle. Il sent les draps blanc qui le recouvre se froisser alors qu’il serre ses poings.

-Des calmants ! Vite !

Haku pleure, pleure et hurle. Sa voix glace le sang de chaque personne qui l’entend. Un cri de désespoir, un appel à l’aide. Un cri qui transcende le plafond de la chambre d’hôpital, qui monte au-delà des nuages pour se déposer dans l’oreille des Dieux. Après s’être lavé la bouche d’un mouvement de bras, il tend le second vers une infirmière qui s’approcha de lui, des médicaments dans une main, un verre d’eau dans l’autre.

-Tuez-moi, abrégés mes souffrances, je vous en supplie. Regardez comment je suis. Comment puis-je vivre après ça ?

Un visage qui semble inconnu se colle contre le sien. Un parfum de fruits exotique s'en dégage. Haku apprécie. Il se perd dans ces yeux verts qui l'apaise au fur et à mesure que les secondes défilent. Des cheveux châtains et doux viennent caresser ses joues encore humides. Une main se dépose sur son bras et le serrent. Haku à l'impression qu'il est enfant et que sa mère vient le border. Il se remémore son enfance solitaire mais bien heureuse. Créant tout et n'importe quoi pendant des journées entières pour espérer décrocher une stupéfaction dans le regard de ses parents lorsqu'il leur dévoilera ses créations.

-Ecoute-moi !

Oui, cette voix lui rappelle quelque chose, il la reconnaît. Il essaye d'écouter, il essaye de toutes ses forces, mais un tourbillon de pensées l'en empêche. Haku sent sa dernière heure arrivée, ou plutôt, il souhaite la voir arrivée. Toute sa vie n'aura été que création et imaginaire, si bien que la réalité lui est devenue étrangère, familière, désinvolte. Il se dit que la mort n'est qu'un sommeil ou l'on ne rêve pas, ou l'on ne se réveille pas, ou l'on ne vit pas, qu'importe, il est prêt.

-Aucun problème, je vais signer votre pétition de suite ! Excusez-moi, j'étais dans mes pensées.

-Merci beaucoup c'est un bon geste que vous faites. Je vous croise souvent mais je ne connais pas votre nom.

-Haku ! Dit-il en relevant la tête vers son interlocutrice. "enfin je crois".

Étant mal à l'aise, l'ange conclut rapidement la conversation.

-Eh bien je suis Laura, je vous souhaite une bonne journée !

Et elle referma la porte brusquement. En une fraction de seconde, les objectifs d'Haku ont été balayés, comme si l'idée de se jeter sur sa voisine fut une poussière mentale, aspiré par le courant d'air d'une porte qui se ferme précipitamment. Il était heureux, mais en même temps très en colère. Elle ne voulait pas de lui, seulement de sa signature. Un sourire forcé, c'est tout ce qu'il avait obtenu d'elle. Elle ne voulait pas de lui, seulement de sa signature.

Il se réveille. Une éternité s’est écoulée. Qu’est devenu le monde ? Où est sa famille ? Ses amis ? Un mal-être se dépose dans son cœur, une respiration forte et puis un cri. Haku ouvre les yeux. Devant lui apparaissent des couleurs vives, diverses et variées émanant des vêtements accrochés à la penderie. Les murs sont blancs mais décorés d’étagères supportant des fleurs et des cactus. Des tableaux abstraits sont accrochés un peu partout dans la chambre et un chevalet se tient près de la porte d’entrée, elle aussi blanche. De grandes fenêtres à sa gauche lui permettent de découvrir un ciel gris qui semble retenir ses larmes. Les arbres sont nus mais les oiseaux chantent encore. Il se redresse et s’assoit sur le bord du lit, passe une main sur son visage comme pour dissiper un mauvais rêve qui ne voudrait pas disparaître.

Des pas s’approchent et une voix qu’il reconnaît bien se met à crier “Oui je vais aller le voir !”

La porte s’ouvre et Haku ouvre les yeux. La lune éclaire son visage meurtri; crispé par la douleur. Oui c'est le jour j. Il doit profiter de chaque seconde qui lui reste. Se préparer à l'irréparable. Se confronter à l'inconsolable. C'est ce soir, où peut-être demain, mais il ne tiendra pas plus longtemps. Le dernier soir d'un condamné, dont le temps restant à été abrégé par un cerveau déshumanisé tenant un reflet d'acier dans sa main. C'est quand on nous prive de choses dont on ne fait plus attention qu'elles ressurgissent encore plus belles, plus prestigieuses, comme une toile que l'on aurait restaurée. Le monde paraît alors beaucoup plus beau.

Alors que l’ange apparaît devant lui, elle se dénude, lentement. Chaque centimètre carré de son corps s'imprime dans les rétines d’Haku, chaque millimètre…

-Tu ne te souviens pas de moi ? Ne rêves-tu pas de moi chaque nuit ? Chaque jour qui passe ?

-Oh si…Je rêve de vous. Je peine à parler devant votre beauté. Vous, vous qui…

Soudain, l’ange s’approche d’Haku à une vitesse qui se rapproche de celle de la lumière. Ce visage si près du sien. Il le reconnaît.

-La pétition ! crie-t-il désespérément, la pétition !

-Quelle pétition ? Quelle pétition Haku ? crie une voix épouvanté en écho

-Ma tête me fait mal…

Haku observe, se concentre sur ce qu’il peut voir. Sa commode en bois sombre, tachée de peinture. Des postillons jaunes, rouge et magenta datant de ses anciennes expérimentation artistique. C’est si beau ! Ce meuble marron neutre, transpercé de couleur par un malencontreux accident. Les tables blanches devraient être tachées; ainsi que les chaises, les lits, les commodes, les lampes de chevet, et tout ce qui peut l’être. Il observe cette lampe, enfermant une ampoule au cœur faible et mourant; les détails de la poignée de porte. Un acier parfait, un souvenir de sa main au contact de cette forme qui emprisonne le froid et qui permet de traverser les mondes. C’est la plus belle poignée qu’il n’ait jamais vue. Tout est si beau. Pendant combien de temps va-t-il encore pouvoir observer cette envoûtante neutralité. Cette obscure clarté qui le plonge dans un tunnel infini, sans lumière blanche, va-t-elle le sauver ? Le bruit d’une voiture transcende l’espace et fait fuir la faucheuse en réveillant le condamné. Les voitures font vraiment ce bruit ? C’est un orchestre d’habitude. Un orchestre composé de deux instruments: le moteur et le klaxon.

Pourquoi ne suis-je pas devenue une célébrité internationale ? Ils ont quoi de plus tous ces autres ? Rien que le fait de signer un autographe leur vaut une reconnaissance éternelle; et moi, et moi, toutes ces nuits blanches à peindre et écrire, toutes ces lignes de couleurs, toutes ces feuillets arrachés au cahiers… Toutes ces heures à discuter avec mon psychologue aux quatres vingt-seize pages, à le tatouer de mon encre noire, à le regarder sans rien dire, à le frapper…à le froisser. Et moi ? Rien ? Vous ne m’accordez aucune reconnaissance ? Non, je veux vivre, je veux qu’ils m’admirent, je veux qu’ils prennent conscience de mon talent, je suis sur que j’en ai un pas vrai ? Répondez ! AHHHH agonie souffrante, de sa propre douleur infligée: c’est la double peine. Puis-je être plus meurtri par moi-même qu'à cet instant ? C’est une pointe au cœur qui ne cesse de bouger ! Je meurs en ce soir par le ciel, par mon coeur, par le Monde, par cet assassin et aucun ange ne viendra éponger les étoiles filantes qui coulent sur mes joues car nous nous sommes jurés de ne jamais nous entraider.”

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