chapitre final : Pas si merdique
On s’était donné rendez-vous à une petite brasserie. J’étais stressé. Paniqué, presque. J’étais arrivé en avance — je sais même pas pourquoi j’avais fait ça. J’étais assis à une table à l’intérieur et mille et une questions se bousculaient. Est-ce que je suis bien habillé ? Est-ce qu’elle va me voir ? Est-ce qu’elle va venir ? Est-ce que je sens bon ? Des questions que je ne me pose jamais, mais ici c’était différent. Ici, ça avait de l’importance.
À chaque tintement de la cloche qui annonçait l’arrivée d’un client, mon cœur se serrait et je me retournais pour voir si c’était elle. Mon cœur s’est serré tellement de fois ce jour-là que j’aurais pu avoir une attaque. Vous croyez à ces gens qui vous disent que quand elle entre dans la pièce, le temps s’arrête, et comme une évidence, il n’y a plus qu’elle à vos yeux ? Jusqu’à aujourd’hui, je n’y croyais pas. Je me disais que c’était des conneries à l’eau de rose pour vendre des livres.
Puis il y a eu ce tintement, pas différent des autres, et pourtant je savais que c’était elle. Comme une évidence, je l’ai vue parcourir chaque table des yeux. Quand ses yeux verts se posèrent sur moi, le temps se figea. Nous échangeâmes un regard unique, comme quand vous savourez pour la première fois un plat délicieux ou que vous traversez un champ de fleurs aux arômes sublimes.
Elle s’assit, et les quelques mots qu’elle dit furent pour moi les plus beaux depuis longtemps :
« Tu m’as manqué. »
Nous avons passé ce jour-là des heures à discuter. De tout, de rien, de ce qu’elle aime, de ce qu’elle déteste. J’ai appris à connaître une personne merveilleuse et, en comparaison, je pensais être son opposé. Mais quand elle se mit à parler de moi, je fus abasourdi. Elle me voyait comme un petit rayon de soleil, caressant sa peau à chaque fois que j’apparaissais et sublimant sa journée.
Je ne pouvais pas croire à ce qu’il se passait. Mon cœur battait la chamade et mes joues, aidées par les quelques verres de vin, devinrent brûlantes de nouveau. Je n’osais pas la regarder et pourtant je la voyais parfaitement, mon esprit ayant imprimé son visage en mon âme pour que jamais je ne l’oublie.
Ce jour-là, nous avons su une évidence que je n’avais jamais su voir avant. Elle me changeait peu à peu, elle m’aidait à m’ouvrir et à avoir confiance en moi. Je l’ai aidée à prendre son envol. Nous avons passé mille et une nuits à simplement discuter dans le lit jusqu’à des heures tardives. Nous avons eu nos moments de colère, de tristesse, de doute également. Mais je suis heureux de vous dire que jamais nous n’avons songé à nous séparer. Nous étions deux évidences inséparables. Un amour forgé dans le doute, la peur, la colère, la lassitude. Je l’aime, je l’aimais et je l’aimerai toujours, que ce soit dans cette vie ou toutes les autres.
je t'aime Camille , aussi fort que le soleil brulle de mille feux .

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