L’escorte malheureux
Je revenais du petit supermarché quand un type que je ne connaissais pas me demanda une direction.
En bonne âme que je suis, je la lui indiquai.
Voyant qu’il ne comprenait, à l’évidence, aucune de mes explications, je lui proposai de faire un bout de chemin avec moi. Après tout, c’était dans ma direction. Je pourrais préciser une fois arrivés en bas du boulevard.
Nous discutâmes de tout et de rien.
Puis, au fil de la conversation, il me proposa d’aller boire un café pour me remercier, avant son rendez-vous. Il était arrivé très en avance, me dit-il. En effet, il était 13 h 30 et son entretien n’était qu’à 15 h.
Je répondis que j’en aurais été ravi, mais que je devais retourner au bureau — et qu’il n’était de toute façon pas nécessaire de me payer un café pour me remercier.
Car oui, j’aide sans rien attendre en retour.
Arrivés en bas du boulevard, je lui indiquai de tourner à gauche, puis de continuer tout droit sur environ un kilomètre. Et que, s’il se perdait, il pourrait toujours demander aux commerçants ou aux passants.
Je m’apprêtais à traverser le passage piéton quand il revint à la charge :
— Attends… excuse-moi… t’as vraiment pas le temps pour un café, vite fait ?
— Hélas, je reprends bientôt, répondis-je, un peu embarrassé.
Cela me faisait presque de la peine de le laisser là, à patienter encore plus d’une heure. Mais le travail, tout ça…
Il insista une dernière fois. Je déclinai à nouveau.
Sans même lui laisser le temps de poursuivre, je remarquai que le signal piéton venait de passer au vert.
— Désolé, je dois y aller… et bonne chance pour ton entretien.
Je traversai.
En me retournant machinalement, devant la porte du bureau, je le vis encore là, immobile, de l’autre côté de la rue.
Je lui fis un signe, avec un grand sourire.
Il me le rendit.
Puis il partit.

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