Réunion informelle après le travail.

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Je participais à un séminaire organisé par l’association professionnelle dont mon entreprise était membre. À la fin de la présentation, une soirée était prévue.

Vint le moment du buffet. Je décidai de rester par politesse. Pas longtemps, pas plus d’une heure. Un vrai supplice, déjà, pour moi.

Un homme de mon âge, je dirais à l’époque, 30–35 ans, engagea la conversation. Des banalités. J’avais été peu attentif à l’intervention et me contentais de sourire et d’acquiescer bêtement à ce qu’il racontait.

Voyant que je cherchais à boire, la gorge sèche, en vrai gentleman en costume, il saisit une coupe de je ne sais quoi d’ailleurs, un cocktail sans alcool, je l’espérais. Car bon, catastrophe que je suis, conduire même avec un baba au rhum dans l’estomac se révélerait aussi dangereux pour moi que pour les autres.

Aussi intéressant et passionné qu’il était par le sujet du séminaire, je pris poliment congé, prétextant devoir saluer des gens de l’asso. Les mondanités m’épuisent et j’y suis aussi à l’aise qu’un poisson dans le ciel.

C’est au moment où je décidai de quitter la petite soirée, inutile, estimant que mon devoir social n’avait que trop duré, que le gentleman me retint.

Évidemment, il fallait qu’il soit posté à l’entrée, en train de fumer.

Il me demanda si je venais moi aussi fumer. Je répondis que non. Que je partais.

— Déjà ? me dit-il. Il n’est que 21 h.

Dans ma tête, j’avais envie de lui dire : oui, mais tu vois, moi j’ai fini à 18 h 30, je suis en dehors de mes heures de travail, demain je remets ça, j’ai un doc de 40 pages à relire et remettre en forme dans les six langues demandées, avec du texte vectorisé sur Indesign et autres conneries, donc merci mais non merci.

Je me retins et trouvai l’excuse du mal de tête.

Il rit.
— Tu sais ce qu’on dit, il suffit de mettre — ou de se prendre — un bon cachet.

Je gloussai. Blague vaseuse, et avec le recul, boueuse, je dirais même.

Il m’invita à le suivre dans un bar ou une boîte au nom peu ambigu, que je ne connaissais pas, pour un after loin d’ici.

Je déclinai gentiment en disant que je n’étais, dans tous les cas, pas un bon dragueur, même pas un faire-valoir, et que je l’encombrerais plus qu’autre chose dans sa quête.

Je n’avais pas compris que j’étais la proie.

En y repensant, je me souviens de sa mine amusée et surprise en même temps. Comme si mon existence même relevait de l’impossible.

Avant de partir, il me claqua la bise, comme ça, en me disant au plaisir de se recroiser.

Et je rentrai.

Avec mon Doliprane.

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