Au revoir Big Moustache
Big Moustache doit s’absenter. Tant mieux. Il commençait à devenir collant. Mais je lui souhaitai tout de même bon voyage.
— On se capte quand je rentre ?
— Pas vu, pas lu, répondis-je.
— Haha ! Tu as perdu ton style XVIIIe ?
— Non, je suis juste fatigué.
— Tu fatigues beaucoup. Et trop vite. Pas que ça me dérange, mais t’endormir pendant…
— Oui bon, ça va ! Ça arrive à tout le monde, non ?
— Non. Pas de mémoire, en tout cas.
— Bah maintenant si ! Tu as un exemple.
— Sois sage, en tout cas, en attendant…
— Pardon ? On est mariés ? On sort ensemble ?
— Euh… je sais pas, je pensais que… non, c’était pas évident ? Ou je suis juste un cobaye ?
Merde… mes vieilles habitudes me reprennent. Comme il y a vingt ans. Discuter sur l’appli, baiser, se revoir ou pas, mais basta.
Et comme l’orgueil précède la chute…
— Exactement ! C’était pour tester. Rien de plus. Bon voyage, @+ ou pas.
À peine avais-je envoyé que je réalisai être passé à côté… Je rattrape ça comment, maintenant ?
Puis bon, y’avait pas écrit "sans attache" dans son profil ? Non mais sérieusement, c’est lui qui est bizarre.
Voyons… un autre moustachu ? Allez ! On se prend d’un courage absurde et on envoie un message.
Pas dans deux heures. Là, maintenant, tout de suite.
Puis en fait non.
Et si.
Ah… j’ai attendu trois heures.
Monsieur,
Il me sied d’oser troubler un instant le cours de vos pensées, bien que j’ignore si j’eus déjà l’honneur de m’y être invité.
Votre personne, ou du moins le profil qui en renvoie l’image, ne m’a point laissé indifférent, et c’est avec une curiosité mêlée d’un brin d’audace que je prends aujourd’hui la plume.
Si ma démarche vous surprend, qu’elle vous amuse au moins ; si elle vous amuse, qu’elle ne vous déplaise point d’y répondre.
Je demeure, Monsieur, dans l’attente d’un signe de votre esprit… ou de votre indulgence.

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