Nomikai
Bien. Puisque le sketch sur pattes que je suis n’est à l’évidence pas prêt de s’améliorer…
et comme les mises à jour, chez moi, semblent s’effectuer à l’envers, regardons du côté de mon plaisir coupable : mes animés boys’ love.
Là où les protagonistes confondent tout, en permanence, surinterprètent, ratent le coche… bref, un peu comme moi.
Les Junjou Romantica et Sekaiichi Hatsukoi… natsukashii.
En les regardant, j’ai parfois l’impression d’être un mélange de Ritsu, Kisa et, certains jours, Miyagi.
Avec un supplément baka, évidemment.
Tiens… un message sur LINE.
Si vous ne connaissez pas : une app genre WhatsApp, mais en mieux — ou pire — selon les points de vue. Très populaire au Japon, je crois.
— Hey Aurelian3310, how are you?
Merde… il s’appelait comment déjà ?
C’est en hiragana en plus. Je crois qu’il m’avait dit que c’était pour que « les autres comprennent ».
Super… je me souviens plus.
Attends… ferme les yeux, concentre-toi…
Shi… tsu… ke ?
Shitsuke ? Non, ça sonne comme une punition.
Innosuke ? Ginnosuke ?
Sucemoisaké ? Bon, là, j’abuse.
Shiitake ? Comme les champignons ? Respecte-toi.
Ah—ATTENDS.
Shin… su… ke.
Shinsuke.
Yosh.
Bon. Répondons, quand même.
— Hi Shinsuke, I’m good. How about you?
— I’m good. What are you doing?
Bon. Soyons honnête.
Je lui dis que je regarde des animés boys’ love. Tant pis si ça le choque.
De toute façon, je le sens venir : il va me demander une traduction improbable en je ne sais quelle langue. Et moi je suis en activité professionnelle réduite, contraint et forcé.
— I see. It’s important to relax. Would you like to have a drink?
Un verre ? Là ?
Ima ? Muri desu.
Bon. Je vais juste dire que je ne suis pas dispo.
— Sorry, I’m not available right now.
— Tomorrow? I am here for a few days. I enjoyed drinking with you last time.
Pardon ? Il vient de dire quoi, là ?
Ah bah bravo… oui, oui, bien sûr.
En gros, tu te fais chier… t’es seul et tu cherches un pote de beuverie façon nomikai ?
D’autant que j’ai pas vraiment les mêmes souvenirs que toi. Obligé de boire par politesse et de te raccompagner à je ne sais plus quelle heure, la dernière fois.
Le cliché du salaryman nippon, j’te jure.
En l’honneur de nos relations professionnelles passées… passons outre le foutage de gueule et va pour demain.
— OK. Let’s meet tomorrow night.
Bonne nuit

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