Hontō ni baka da ne
Alors là, si je m’attendais à ça…
Je vous passe tout le déroulé de la soirée, mais en gros : boisson, blagues, discussions sur les animés, tout ça.
Sous la cravate, il y a du bon gros otaku, en fait. Il cache bien son jeu.
Enfin… pas si étonnant de la part des maîtres dans l’art du tatemae.
Mais passons.
Tandis que je ramenais le cul alcoolisé de Shinsuke, il me fit signe de nous asseoir sur un banc.
Déjà, comprendre un Japonais, ce n’est pas simple… mais alors quand il vous fait de l’anglo-nippon sous l’emprise de la boisson… ce n’est plus un traducteur qu’il me fallait, mais Kami-sama directement.
Jusqu’au moment où je tente de me relever.
Shinsuke, assis, le dos courbé, la tête penchée vers le sol, attrapa la manche de ma veste.
Je sursautai.
Puis il me sortit un truc du genre :
— This is perfect place… for BL scene, no?
…
Pardon ?
T’es bourré, l’hôtel est encore à un kilomètre, et toi tu me parles de scène BL ?
— Je suppose, Shinsuke-san.
— Shinsuke-kun, rectifia-t-il.
Bon…
— Ikemasu ne?
— Matte kure…
Quoi encore, Shinsuke-kun ?
Il releva lentement la tête.
Me fixa.
Et dit :
— Hontō ni… kimi to issho ni iru no ga… suki da.
…
Oui.
Mais oui.
Moi aussi j’aime passer du temps avec toi… euh… boku mo, hein ?
Mais Shinsuke, j’ai compris.
Tu aimes te bourrer la gueule avec moi.
Ça va, on ne va pas y passer la nuit.
— And if… we stay… tonight?
Pardon ?
Tu veux boire toute la nuit ? Ici ?
Ah non, merci.
— You don’t understand?
Comprendre quoi, Shinsuke ?
— …forget it.
Bon.
— Si tu as quelque chose à dire, arrête de faire ton Japonais et accouche.
…
Ah.
Il rit.
On va peut-être pouvoir avancer.
Arrivés devant l’hôtel, il me regarde une dernière fois et lâche :
— Anta… hontō ni baka da ne…?
Oui.
Oui, tu as raison.
Je suis con.
Disons oui à tout.
Tant qu’il me lâche et va se coucher…
Tin… mais il dort jamais ou quoi ?
Il est 4 h du mat, Shinsuke !
Ah… il me spam d’emotes cœur ?
Bah… t’as craqué ou… ah.
Mais d’accord.
Mō ii. I did it again.
Désolé, Shinsuke… ou presque.

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