L'enfant à la cicatrice : partie 3
— Tu as vraiment essayé de fabriquer une machine volante quand t’avais dix ans ? demanda Steve en s’étouffant avec son repas.
Rufus hocha lentement de la tête en avalant une cuillère de ragoût. Il avait l’esprit ailleurs, perdu dans ses pensées, comme souvent lorsqu’il avait une nouvelle idée d’invention. Ses collègues avaient terminé leur pause et étaient retournés à leurs expérimentations. Il ne restait plus que Steve qui interrogeait le jeune homme sur les diverses inventions qu’il avait mis au point, ainsi qu’Handy, l’ex-chauve qui avait finalement rasé ses poils de nez. Ils discutaient tranquillement assis à table, dans une ambiance trop relaxée pour Hector qui passa devant la salle en leur lançant un regard désapprobateur. Il en voulait toujours à Rufus d’avoir monopolisé le colonel Green lors de sa venue. Rufus ignora les éclairs de rage qui jaillissaient des petits yeux perfides de son directeur et continua tranquillement son repas, avec les gestes les plus lents possible.
— Mais quelle idée saugrenue ! s’exclama Steve en explosant de rire. Comme si l’homme pouvait voler dans les airs, c’est n’importe-quoi ! C’est comme vouloir respirer sous l’eau ! Les poissons dans la mer, les oiseaux dans le ciel, les humains la tête sur les épaules et les pieds bien ancrés sur la terre !
— Je suis bien d’accord, dit l’ex-chauve en acquiesçant, on n’a jamais vu et on ne verra jamais un homme voler. Il y a des limites à ce que la science peut réaliser. Je suis certain que même les magiciens d’Anoa ne sont pas capables de réaliser cet exploit !
— T’y connais rien à la magie ! s’esclaffa Steve avec dédain. Mais pourquoi t’as voulu créer une chose aussi absurde ?
— Je voulais trouver le château d’Angela, répondit Rufus avec une expression particulièrement sombre.
— QUOI ? s’étranglèrent les deux ingénieurs.
Steve se mit à rire à gorge déployée, frappant sur la table en pleurant.
— Tu croyais vraiment qu’un château survolant le ciel ça pouvait exister ? rigola Steve, plié en deux. Un château qui abriterait une déesse providentielle ? Rufus, tu étais tellement naïf quand tu étais petit !
— C’était la conviction de ma sœur… répondit stoïquement Rufus en posant un regard ténébreux sur l’homme.
Handy se raidit soudainement en voyant la mine du jeune homme. Il donna un coup de coude à Steve qui continuait à rigoler de vive voix. Peu savaient ce qui était arrivé à la petite sœur de Rufus. Ce dernier en parlait rarement, mais l’ex-chauve avait appris par hasard qu’elle avait été blessée dans un grave accident dans son enfance.
— Il n’y a que ces illuminés de Crépuscule, l’Eglise de la Déesse, pour croire à ces sornettes ! pouffa Steve qui n’avait pas compris le message d’Handy. Ils croient que leur incroyable déesse Angela reviendra avec son château qui fabrique la pluie pour les sauver, eux, les élus de l’Eglise de la déesse Angela ! AH ! Ils me font bien rigoler ! Jamais un scientifique ne pourrait tolérer de telles inepties !
Rufus frappa sur la table du poing et leur adressa un regard noir. Il se leva brusquement en bousculant sa chaise.
— Comment vous pouvez dire que vous croyez ou non à une théorie, si vous n’avez jamais essayé de la prouver ?! s’exclama-t-il. Il n’y a qu’en essayant de le faire que je peux savoir si c’est possible ou non ! Si j’échoue dix fois, la probabilité que ce soit impossible augmente d’un facteur dix, si je réussis une fois… Alors l’homme sera capable de voler ! Si je trouve un château ou une déesse, cela prouvera leur existence, mais si je ne cherche pas ça ne risque pas de m’avancer à grand-chose ! Je ne peux pas décider moi-même des lois de la nature, je ne suis qu’un observateur impartial.
Les deux scientifiques l’écoutèrent en silence, abasourdis. Rufus termina son repas et quitta la salle de repos, laissant ses collègues dubitatifs. La rumeur était fondée : ce type avait vraiment des idées farfelues. Vouloir prouver une chose impossible, c’était une perte de temps ! Il y avait déjà suffisamment de travail concret à accomplir comme ça.
***
A la fin de la journée, Rufus emprunta l’ascenseur pour descendre les cent-quarante-deux étages qui séparaient son laboratoire du rez-de-chaussée. Comme il rentrait toujours tard chez lui, les couloirs étaient déserts à l’heure de son départ.
Mais ce soir-là, en se dirigeant vers les portiques, il aperçut une silhouette menue se faufiler derrière les piliers en fer, du coin de l’œil. Elle se dirigeait vers des couloirs dont l’accès était généralement restreint. Il s’immobilisa, intrigué. Avait-il bien vu ? Il aurait juré qu’il s’agissait d’un enfant.
Sans réfléchir, poussé par son instinct, il se mit à suivre la silhouette se fondant parmi les ombres du bâtiment. Il traversa les couloirs en suivant les mouvements qu’il percevait vaguement et les bruits de pas aussi légers que ceux d’une souris. Il n’avait jamais mis les pieds dans cette partie de la Tour des Merveilles. Il tourna à un angle et resta pétrifié sur place. Il était pourtant persuadé d’avoir vu la petite ombre s’engouffrer dans ce passage, mais il se retrouvait à présent dans une impasse, devant un grand mur vierge et aucune porte. Il se frotta le menton, perplexe. Où était passé l’individu qu’il suivait ?
Il caressa les murs en les longeant, cherchant une explication à ce mystère fascinant. Il remarqua une marque de frottement sur le sol, où la poussière semblait avoir été déplacée. Un courant d’air infime passait à travers les fissures du mur.
— Un passage secret ?! s’exclama Rufus, le regard soudain illuminé d’étoiles.
Il chercha un mécanisme à tâtons puis, tout à coup, sa main s’enfonça dans un pan de mur. Clic ! L’impasse fut secouée de vibrations et le contour d'une porte se dessina dans les murs gris, dévoilant un escalier en bois qui s’enfonçait dans les entrailles du bâtiment. Rufus cligna des yeux avec étonnement, le cœur battant la chamade devant cette découverte inédite.
Il travaillait ici depuis un an et ne découvrait qu’aujourd’hui l’existence de ce mystérieux passage souterrain ? Des frissons d’excitation le parcouraient. Il dévala les marches du vieil escalier avec prudence. Le bois pourri craquait sous chacun de ses pas.
Après plusieurs minutes, il fouilla dans ses poches et craqua une allumette pour observer les lieux. Il longea un couloir sombre creusé à même la pierre, avant d’atteindre une salle plus grande qui donnait sur plusieurs sorties. Les portes en bois portaient chacune une plaque en métal gravée.
— Labo XI, Labo XII, Labo XIV, lut Rufus en approchant l’allumette pour déchiffrer les gravures recouvertes d’une couche de poussière. Ce sont des chiffres romains. Est-ce que par hasard…
Il balaya la pièce d’un regard euphorique. Durant son inspection, il aperçut un étrange levier juste à côté de l’entrée.
— Un levier, c’est fait pour être tiré, dit-il en actionnant le mécanisme grippé sans la moindre hésitation.
Soudain, une torche s’embrasa dans la pièce. Le couloir fut inondé de clarté, des torches s’allumant les unes après les autres dans toutes les salles du souterrain. Rufus souffla son allumette en souriant, fasciné. Il décida d’explorer ce qui lui paraissait être les ruines d’un ancien complexe scientifique.
Il traversa de nombreux laboratoires primitifs, découvrant des appareils qui semblaient être les ancêtres de leurs instruments modernes, de la verrerie brisée, et des parchemins difficiles à déchiffrer, recouverts de poussière. Il avait la nette impression que personne n’y avait mis les pieds depuis des centaines d’années : le sol était recouvert d’un manteau de poussière, des toiles d’araignées pendaient au plafond, et une odeur âcre de renfermé emplissait chaque pièce.
Il n’arrivait pas à y croire ! Ce devait être l’un des tous premiers laboratoires scientifiques du Royaume d’Angela ! Peut-être même le premier ! Il frissonna d’excitation en imaginant qu’il avait peut-être mis les pieds dans le laboratoire personnel de Clovis Cyrus ! Il savait que le fameux scientifique avait fondé la Cité des Rouages ainsi que les premiers laboratoires du royaume, mais il ne s’attendait pas à en trouver les vestiges dans les souterrains de la Tour des Merveilles.
Rufus poussa une porte en ébène qui était plutôt bien conservée et pénétra dans une nouvelle pièce qui ressemblait à un vieux bureau. Deux torches murales éclairaient un bureau en métal, sur lequel reposait un épais journal à la couverture en cuir bordeaux. Rufus écarquilla les yeux. Les murs étaient recouverts de schémas et de cartes du royaume, avec des inscriptions manuscrites ajoutées sur chaque élément. Il approcha en tremblant. Il posa une main hésitante sur les dessins à moitié décollés sur mur.
— C’est pas vrai… laissa-t-il échapper, incrédule.
Les parchemins accrochés illustraient tous la même chose : un îlot flottant au-dessus des nuages, bordé d’une grande cascade se déversant sur les terres en contrebas, abritant un majestueux château d’un blanc cristallin, constitué de dizaine de tours magnifiques. Le château de la déesse Angela ! Les dessins, clairement reproduits de mains différentes, s’accordaient jusqu’aux moindres détails. Rufus en resta coi de stupeur. Il parcourut une carte du monde annotée d’une écriture particulièrement jolie, retraçant visiblement le chemin de ce château de légende. Il se tourna vers une étagère poussiéreuse dans le coin. Une vieille photographie encadrée trônait parmi une rangée de livres anciens. Une goutte de sueur perla sur son front blême.
— C.C, dit-il en voyant les initiales brodées sur la blouse blanche de l’homme qu’on y voyait.
Un homme en blouse de scientifique portant une moustache blonde, élégamment rebiquée, était assis à son bureau. Le bureau dans lequel se trouvait Rufus. Elle datait… De plus de cinq-cents ans d’après la date à moitié effacée au dos.
— Clovis Cyrus, murmura Rufus avec le sentiment de toucher un trésor inestimable. J’arrive pas à y croire !
Son regard tomba sur le petit garçon qui se tenait aux côtés du fameux scientifique, dont le nom était relaté dans tous les livres d’histoires, le grand inventeur qui avait donné naissance à la Cité des Rouages et avait pratiquement inventé les fondements de la science. C’était un enfant d’une dizaine d’années, souriant, qui paraissait étrangement familier à Rufus. Où l’avait-il déjà vu ? Une illustration dans un livre d’histoire ? Non, ce n’était pas ça. Son sang se glaça dans ses veines tandis que des souvenirs enfouis lui revenaient. Un enfant au milieu des flammes. Une douleur lancinante à l’abdomen. Et une lumière divine. Rufus écarquilla les yeux. Mais c’était impossible ! Cette photographie datait de plus de cinq cents ans ! Comment ce garçon pouvait-il lui ressembler à ce point ?!
Il porta son attention sur le journal posé sur le bureau. En s’approchant, il remarqua que les initiales C.C étaient inscrites en lettres d’or sur la couverture. Il sauta de joie. Etait-ce possible ? Le journal personnel de Clovis Cyrus ! Il s’en empara avec un soin et commença à feuilleter l’ouvrage, le cœur battant.
— Ôtez vos sales pattes de ceci ! ordonna soudain une petite voix derrière Rufus.
Le scientifique sursauta et faillit lâcher le précieux manuscrit. Le petit garçon qui venait d’apparaître à l’entrée du bureau braquait un poignard finement ouvragé sur lui. Rufus fut frappé d'effroi. Ses veines battirent furieusement dans ses tempes, son souffle devint saccadée, et ses mains comme figées dans la glace. Son regard doré était ancré sur le garçon aux cheveux courts et aux yeux noirs de colère, incapable de lâcher la cicatrice de son visage, reconnaissable entre mille. Il n’y avait pas de doute : c’était le garçon de ses souvenirs.
Avec le temps, Rufus avait fini par se persuader qu’il avait été témoin d’une hallucination ce jour-là. Ce qu’il avait vu était tout bonnement impossible ! Un garçon le soignant par magie, et quoi encore ? Pourtant, ce dernier se trouvait devant lui, neuf ans plus tard, inchangé. Était-ce un revenant ? Un esprit ? Un rêve ?
— Etes-vous dur de la feuille ?! s’emporta Théo en fusillant le scientifique du regard.
— Tu parles de ça ? demanda Rufus en reprenant ses esprits, montrant le journal qu’il avait en main.
Le garçon qu’il avait devant les yeux était bel et bien réel. L’explication devait se trouver ailleurs. C’était aussi le même enfant que sur la vieille photographie, sans le moindre doute. Même les pouvoirs insoupçonnés de la génétique ne pouvaient expliquer une ressemblance si frappante !
— Donnez-le moi ! répéta Théo.
— Non, je l’ai trouvé en premier. Je n’ai aucune envie de le donner à un gamin qui pointe une arme sur moi, répondit Rufus, un sourire provocateur sur les lèvres.
Une ombre passa sur le visage de Théo, qui déstabilisa Rufus dont l'expression confiante s'estompa. Ses yeux noisette étaient emplis d’une colère froide qu'il n’aurait jamais soupçonné chez un enfant.
— G-Ga… min ? souffla Théo d’une voix sombre.
Rufus posa le bouquin sur le bureau. Il ajusta ses gants en cuir en toisant l’enfant avec malice. Théo serra la mâchoire et brandit le poignard devant lui. Il paraissait déterminé, mais ses mains tremblaient légèrement. Ça joue les durs, constata Rufus d’un air narquois.
— Magnetic grip ! s’exclama soudainement Rufus en tendant la main dans la direction du garçonnet.
Théo sursauta. Le couteau lui glissa brusquement des mains. Il tenta de le retenir, mais l’arme s’envola en lui échappant, et alla directement se ficher dans la paume du scientifique, comme par magie.
— Que… Que diable est-ce donc ? De la magie ? marmonna Théo, confus.
Rufus parut surpris par la manière dont l’enfant s’exprimait. Il mit une seconde à se ressaisir, puis son sourire réapparut.
— Le pouvoir du magnétisme, fit Rufus satisfait de l’effet produit par son petit tour.
— Vous en êtes l’inventeur ? demanda le garçon époustouflé, dont la haine avait été chassée par une certaine admiration.
— Le magnétisme, non, c’est un phénomène physique. Mais les gants, yep ! Ma création ! répondit Rufus en bombant la poitrine de fierté. Pas mal, hein ?
Pendant une seconde, Théo ouvrit des yeux émerveillés. Mais, très vite, il se rappela la raison de sa présence dans ce laboratoire. Il scruta d’un regard avide le journal que Rufus avait récupéré et feuilletait avec des yeux brillants, ignorant complètement sa requête. Il ferma les poings de frustration. Il devait à tout prix s’emparer de ce journal ! Le voir dans les mains d’un hurluberlu pareil l’emplissait de rage.
— C’est incroyable ! s’exclama Rufus en tournant rapidement les pages. Il y a les ébauches d’inventions qu’on utilise encore aujourd’hui ! L’écriture de Clovis était vraiment soignée, exactement comme je l’imaginais, c’était un homme méticuleux !
Les dernières pages jaunies par le temps étaient consacrées à une recherche des plus passionnantes. Rufus tremblait d’excitation. Les derniers mots étaient malheureusement illisibles, comme si le papier avait été mouillé, mais le scientifique comprenait malgré tout quelques passages. Clovis Cyrus s’était mis à la recherche du fameux château de la déesse Angela ! Il y a cinq cents ans, ce dernier n’était pas décrit comme un simple mythe. Les témoins de son passage dans le ciel étaient nombreux !
— Le royaume vivait un âge prospère malgré un climat rude, grâce aux trombes d’eau apportées par le château sur son passage au-dessus des villages, lut à voix haute Rufus. On appelait cela : « les larmes de compassion de la Déesse ».
Ses poils se hérissèrent. Il existait. Il avait existé ! Clovis Cyrus l’avait cherché. Il en tremblait d’émotion. L’avait-il trouvé ? Rufus chercha rapidement la réponse dans le journal, les mains tremblantes d’excitation. Une foule de questions se bousculaient dans son esprit : si le château était réel, pourquoi ne l’avait-on plus jamais vu depuis cinq cents ans ? C’est alors que ses yeux tombèrent sur une carte dessinée à la main qui représentait manifestement le Royaume d’Angela. Je l’ai trouvé, était inscrit d’une écriture pressée. Des courbes et des flèches semblaient indiquer des trajets, telles des lignes de courant. Cela voulait dire que… Clovis Cyrus avait fini par découvrir le château ?
— Comment osez-vous m’ignorer ! fit Théo avec agacement. Donnez-moi ce journal !
— Hors de question, protesta Rufus, intransigeant. Et pourquoi je te le donnerais d’abord ?
— Il ne vous appartient pas !
— A toi non plus que je sache, répondit Rufus en souriant en coin.
Le garçon allait répliquer, mais se ravisa. Il ferma le point, dont les jointures blanchirent, et son visage vira au rouge? Il semblait bouillonner de rage.
— Il me le faut ! s’écria Théo en serrant la mâchoire de frustration.
— Pourquoi ? demanda Rufus.
— Cela ne vous regarde en rien ! s’écria Théo.
— Lorsqu’on souhaite quelque chose, il faut se montrer plus poli, rétorqua Rufus avec un rictus.
Théo croisa les bras en tiquant d’agacement. Il n’avait pas l’air disposé à faire preuve d’une quelconque forme de politesse. Mais, au bout de quelques secondes, il se ravisa.
— J’ai besoin de ce journal pour découvrir l’emplacement du château de la Déesse Angela, révéla-t-il avec difficulté, comme si le simple fait de confier son objectif lui transperçait le cœur.
Rufus le dévisagea avec étonnement. Il contempla le vieil ouvrage reposant entre ses mains. Ses yeux balayèrent la carte usée qui s’y trouvait. Comment cet enfant pouvait-il savoir ce que contenait le journal de Clovis ? Qui était-il ? Ce journal était-il véritablement la clef pour trouver le fameux château ? Une idée émergea doucement dans son esprit. Il se mit à rire tout seul, ce qui donna la chair de poule au garçon qui avait du mal à cerner les réactions de l’étrange personnage.
— Ok, c’est décidé ! s’exclama Rufus en refermant le journal, un regard déterminé et un sourire étirant le coin de ses lèvres. Je vais partir à la recherche du château disparu de la déesse Angela !
Théo écarquilla les yeux. Quoi ? D’un coup ? Comme ça ? Il était dingue ? Le garçon dévisagea avec des yeux interdits le scientifique qui quittait la pièce avec son précieux butin sous le bras.
— P-Pardon ? balbutia Théo, ahuri.
Rufus fit mine de sortir du bureau.
— Attendez ! s’écria Théo en courant après lui.
Il se mordilla les lèvres. Vite... Il devait réfléchir... où le journal lui passerait sous le nez. Comment gérer un tel énergumène ? Le convaincre ?
— Laissez-moi vous accompagner dans ce cas ! lâcha-t-il avec désespoir.
Rufus s’arrêta net, un sourire satisfait sur les lèvres. Il lança un regard inquisiteur à l’enfant qui bredouilla.
— Je… vous prie de bien vouloir me laisser vous accompagner, rectifia-t-il en rougissant.
— Très bien, si tu ne me ralentis pas, je n’y vois pas d’inconvénient ! répondit-il en lui adressant un clin d’œil. C’est en partie grâce à toi que j’ai découvert cet endroit fabuleux.
Je lui dois bien ça… pensa Rufus en fermant les yeux. C’était sans aucun doute lui, il y a neuf ans, qui m’a secouru des flammes. Comment et pourquoi, je l’ignore. Quand j’ai une énigme telle que toi sous les yeux, je ne peux pas m’empêcher de vouloir à tout prix la résoudre. Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Pourquoi n’as-tu pas changé en dix ans ? Et que fais-tu sur une photo vieille de cinq cents ans ? Tant de questions si curieuses que je ne peux m’empêcher d’en être émoustillé.
— Je m’appelle Rufus Astrea ! fit le scientifique avec des yeux brillants d’enthousiasme. Enchanté de faire ta connaissance !
— Théo, grommela le garçon.

Annotations