3/2 - Thomas

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Le lendemain, c’est le ravitaillement, les courses. Au début, on y allait tous, entassés dans la voiture, histoire d’avoir du réseau pendant une demi-heure. Maintenant, il n’y a que les deux filles qui y vont. Moi, je préfère rester à la maison, avec Fatine. Nous avons trop de choses à faire. J’ai donc mis un message partout : « AFK (Away from keyboard) », pire : « OOW (Out Of the World) ». Faut dire aussi que les photos et histoires de vacances des autres, par rapport à ce qu’on vit ici, je m’en fiche un peu. Il y a juste Joachim dont j’aimerais avoir des nouvelles.

Ils rentrent tard des courses et les filles nous disent que Sébastien n’a pas décroché de son téléphone. Il a un sourire sur la figure, ce qui veut dire qu’il a mijoté quelque chose.

Deux jours plus tard, on entend une voiture arriver par le chemin de la maison. Ça n’arrive jamais. Elle s’arrête et un mec en sort. Sébastien accourt.

— Vincent ?

— Oui, bonjour, Sébastien, bonjour, tout le monde.

— Je vous montre ?

— Tu peux tutoyer ! On y va, je te suis.

Et bien sûr, nous les suivons. Le temps que Sébastien explique un peu, nous avons nos lampes à la main. Ce n’est pas difficile, car maintenant, on passe par là sans arrêt, en s’amusant à se cacher dans un coude puis à hurler quand le suivant arrive.

Nous allons tous au bout du souterrain, sortons par la grille, allons jusqu’à la rivière, et nous revenons. Nous ne savons pas qui est Vincent, mais nous devinons que d’autres aventures vont commencer.

Une fois revenu dans la cave d’en bas, Vincent dit :

— Ah, oui, c’est assez extraordinaire. Et il est en très bon état. Tu me parlais de l’autre côté ?

— Oui, c’est cette porte, de ce côté.

Ils essaient de l’ouvrir, sans y parvenir. Elle est complètement bloquée.

— Il est tard, mais je vois. On remonte ?

Il reste un bon moment. Les deux filles ont les yeux qui leur sortent de la tête, la bouche ouverte, l’air complètement bête. Elles en sont tombées amoureuses, on dirait. Il faut dire qu’il est attirant et rassurant, avec un visage fin tout basané avec une petite barbe. Il a des yeux doux, et il semble costaud. J’aimerais bien l’avoir comme grand frère, on a envie de lui faire confiance.

Il explique qu’il est spéléologue amateur, mais que l’exploration d’un souterrain, il saura faire. Par contre, il faut prendre quelques précautions et s’équiper. Il reviendra demain après-midi avec une amie, spéléologue elle aussi. On verra alors si nous pourrons tous les accompagner.

Pendant le diner, après son départ, je taquine Éloïse et Mélodie

— Il revient avec sa copine, sa petite amie. Pas de place pour vous.

Elles n’apprécient vraiment pas. Moi non plus, je n’apprécie pas qu’Éloïse tombe amoureuse d’un mec. Je ne me sens pas bien, de mauvaise humeur. J’ai envie de lui faire du mal, de la blesser. Surtout, je voudrais que tout ça ne soit jamais arrivé, que Vincent ne soit jamais venu. J’ai envie de pleurer, de partir.

Heureusement, la fièvre des autres me gagne et j’oublie cette impression si désagréable. Nous imaginons que nous allons trouver un trésor, des squelettes ou d’autres trucs merveilleux. Nous sommes excités, Sébastien aussi. Isabelle le regarde en secouant la tête et en faisant la grimace.

Le lendemain matin se passe trop lentement, malgré nos occupations habituelles, qui ne nous amusent plus du tout.

Vincent et Ariane viennent déjeuner avec nous. Ouf ! Ariane semble bien sa copine. Et à voir la tête de Mélodie et d’Éloïse, elles ont aussi compris. Je dois rigoler sur ma figure, parce qu’Éloïse me tire la langue. Sans m’en rendre compte, je lui envoie un petit baiser en retour, ce que je n’avais jamais fait. Elle me sourit en réponse. J’aime les yeux qu’elle a alors.

Après le repas, Sébastien et Vincent descendent avec des outils. Nous sommes tassés dans un coin de cette cave à les regarder travailler pour ouvrir cette seconde porte. Ils ont du mal et ils doivent attaquer le sol à la pioche pour lui permettre de pivoter. Enfin, ils arrivent à l’ouvrir. Cette fois, ce sont Ariane et Vincent qui avancent de quelques pas avec leurs lampes. Ils s’éloignent un peu. Nous attendons. Enfin, ils reviennent et nous disent que cette partie semble dans le même état que l’autre. Ils veulent bien que nous les accompagnions dans cette exploration. Nous crions de joie et nous remontons illico chercher nos équipements.

Sur leurs conseils, nous enfilons nos plus grosses chaussures, à cause des pierres et des cailloux. Puis, nous prenons un pull ou un blouson. Maintenant, nous savons que sous terre, il ne fait pas chaud. Puis ils nous mettent à chacun un casque sur la tête, qu’ils ont apportés. Tout le monde se moque de moi parce que le mien descend jusque sur mon nez. Ariane règle des courroies à l’intérieur en me disant :

— Tiens, petite tête !

Ce sont de vrais casques de spéléologues, avec une lampe sur le dessus et des batteries à la ceinture.

Vincent nous explique :

— Je passe devant. Ariane me suit en défilant une bobine de fil. Les deux filles ensuite, les deux grands garçons, puis le père. On ne parle pas, on fait attention et on respecte immédiatement les ordres qu’Ariane ou moi nous donnons. Vous gardez au moins un mètre entre vous. Et s’il y a un problème, vous trouvez le fil par terre et vous revenez en arrière. OK ?

Bien sûr, nous approuvons.

— On y va.

Nous redescendons et nous nous faufilons, la porte à peine entrouverte. Le souterrain semble plus haut de ce côté, car les adultes marchent debout.

On avance lentement. On entend Vincent taper le toit du tunnel, de temps en temps, et le dévidoir du fil qui tourne.

Ça dure longtemps, et finalement, c’est assez embêtant de marcher comme ça sans rien voir. Il n’y a pas de coudes, comme de l’autre côté. Le souterrain fait de grandes lignes droites, avec quelques tournants. Le sol monte doucement, puis plus fortement. À un endroit, Vincent s’arrête. « Éboulement ! », lance-t-il. Il examine le sol, le plafond et nous dit : « On doit pouvoir passer ». Il faut ramper pour passer, mais tout le monde y arrive. Nous reprenons notre progression, toujours en pente. Nous trouvons d’abord des marches, espacées, qui se rapprochent et qui finissent sur un escalier. Nous retrouvons un sol plat avec une pente importante. Nouvel éboulement. Et ça continue. Nous arrivons à un escalier en vis. Vincent nous demande d’attendre. Il commence à le gravir, mais revient vite : l’escalier est complètement bouché. Nous sommes déçus.

— Demi-tour ! Je passe devant, Ariane reste la dernière et vous restez comme vous êtes.

Nous refaisons le chemin dans l’autre sens, aussi lentement. Et nous remontons de la première cave, puis de la seconde. Quand nous sortons par la porte sous le bolet, nous sommes surpris par la chaleur et la lumière du soleil. La tête tourne un peu et il faut un petit moment pour retrouver ses esprits.

Puis nous éclatons de rire, car nous sommes tout blancs ! À ramper sur les gravats humides, on s’est mis plein de boue.

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