Chapitre 8

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J’étais revenu plusieurs années auparavant. À l'âge de neuf ou dix ans peut-être.
Les murs étaient recouvers d’un papier peint blanc jauni à cause de tabac. A côté de moi se trouvaient Aïcha et François, mes amis de primaire.

Nous vivions dans un appartement à quelques centaines de mètres de l’école. C’était un petit appartement et j’en garde assez peu de souvenirs.

A l’école, certains de mes amis parlaient de minecraft. Ils passaient des soirées entières à jouer au jeux. Puis ils passèrent la journée suivante à comparer ce qu’ils avaient fait. J’étais jaloux d’eux, leurs parents les laissant jouer au PC.
A la maison ce n’était pas la même histoire. Mon père avait bien une tour HP mais il m’interdisait d’y toucher. Lorsque je lui demandai, il me répondait toujours la même chose : Tu pourras jouer quand tu seras au collège.

Sauf que mes copains jouaient maintenant, il ne voulait rien entendre là-dessus. Alors je m’étais résolu à écouter mes amis en parler et jouer sans moi. Enfin jusqu’à ce jour, à la récréation, François et Aïcha parlaient de tout et de rien jusqu’à venir sur le sujet habituel : minecraft

François demandait si Aïcha jouait à Minecraft, elle avait répondu que non, que ses parents ne l’autorisait que 30 minutes par jour sur le PC et qu’ils refusaient d’acheter le jeu. Alors François avait dit que son grand frère avait une clé usb à brancher sur le pc qui permettait de jouer à minecraft sans le savoir.

Pour moi c’était la solution parfaite pour jouer et parler avec les autres le lendemain. Alors j’ai demandé à François s' il pouvait me donner la clé.

Le lendemain après les cours, j’ai invité mes deux amis à venir chez moi, mon père travaillait et terminait tard la semaine. Aïcha et François pouvaient passer deux heures à jouer chez moi le temps que leurs parents viennent les chercher.

Nous étions dans le bureau où était le pc de mon père. François savait ce qu’il faisait, Minecraft marchait super bien sur le pc. Quand on quittait le jeu et éjectait la clé usb il ne restait aucune trace.

Alors que nous étions en train de jouer avec mes amis sur le pc, le verrou de la porte d'entrée venait de claquer. Les pas de mon père résonnaient déjà dans le couloir, lourds, irréguliers. Aïcha et François ne respiraient plus. Il avait choisi ce jour pour rentrer plus tôt. Dans la panique nous avons retiré la clé usb du pc avant qu’il nous voient sur son pc. Sauf que nous n’avions pas fermé le jeu avant et l’écran s’est figé avec un écran bleu avec des codes d'erreurs. Il allait m'engueuler et me punir c’était sûr. Sauf que ce soir mon père était bien différent des autres jours.

Nous n’étions pas très discrets car il était dans l’embrasure de la porte. Il s’appuyait lourdement sur l’encadrement. Je le regardai nous chercher du regard alors que nous étions en face de lui.

— Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? bafouilla-t-il. Alex ! Explique toi tout’de’suite !

François et Aïcha avaient ramené les genoux à leurs torses et ne bougeaient plus de leurs coins de la pièce, Ils regardaient mon père sans le quitter des yeux.

— Papa, pourquoi tu n’es pas au travail ? Je cherchais à comprendre pourquoi ça devait arriver aujourd’hui, maintenant.
A ce moment je n’aurais pas pu choisir pire mots.

— Je t’ai dit de venir t’expliquer ! si tu viens pas j’vais venir tu vas voir !

Je n’aurais même pas pu venir, il titubait déjà vers moi avec le regard froid et vitreux. Mes jambes tremblaient, j’avais les larmes aux yeux. Je tentais de reculer de lui mais la chaise bloquait le chemin.
Sa main s’est refermée sur ma cheville comme un étau. Il m'a fauché, me traînant sur le sol sans effort. Mes doigts griffaient la moquette, cherchant une prise qui n'existait pas, brûlant ma peau contre les fibres rêches. Quand il m'a retourné, j'ai cherché son regard. Il n'y avait aucune colère, juste un vide effrayant. Un détachement total. Il me tenait les poignets m'empêchant de bouger mais je même sans ces entraves j’étais comme paralisé, résolu.

Mais l’homme ne m’a pas frappé, ses yeux étaient passés de vitreux à larmoyants. Il s'est relevé avec l’aide du mur, il lui a fallu deux tentatives pour réussir. Une fois debout il a regardé chacun d’entre nous, François et Aïcha tout comme moi sanglotait. Mon père est ensuite parti non pas de la pièce mais de l’appartement, nous laissant soulagés de son départ, mais aussi dans l’angoisse qu’il revienne.

Plusieurs minutes plus tard,il n’était toujours pas revenu. François et Aïcha avaient arrêté de pleurer mais essuyaient leurs larmes. Pour ma part je pleurai toujours la tête contre la moquette. Je n’ai pas compris ce qu’il venait de ce passé, je n’avais jamais vu mon père comme ça.

Lorsque les parents de François et Aïcha sont venus les chercher ils sont descendus seuls, je n’arrivai pas à me lever. Aucun d’entre eux n’avait ouvert la bouche depuis ce moment, ils attendaient seulement de pouvoir s’enfuir de ma maison. Ce n’est qu’après leur départ que j’ai senti que mon pantalon était mouillé.

Lorsque j’ai enfin eu la force de me lever j’ai remarqué l’écran du pc qui était toujours figé. une vague de terreur m’est revenue.
Mon père ne l’avait même pas vu.
Se serait-il arrêté s' il l’avait vu ?

Ce qui était sûr c’est qu’il fallait réparer le pc avant son retour, sinon il ne s'arrêterait pas, les larmes étaient revenues, mes mains tremblaient à cette idée.

J’ai appuyé sur le bouton de la multiprise ce qui a éteint le pc en rallumant le message avait disparu, j’étais sauvé.

Mon père n’est rentré que très tard dans la nuit, je m'étais déjà effondré sur mon lit, je ne l’ai même pas entendu rentrer cette nuit-là.

Au réveil le lendemain, une odeur crepe avait envahi ma maison. Le son strident des poêles dans la cuisine résonnait jusqu’à ma chambre. Je savais que mon père était rentré à la maison mais je fixais les motifs du papier peint, comptant chaque petite fleur, cherchant une occupation pour ne pas sortir de mon lit.
La porte de ma chambre s'est ouverte, j’ai fermé les yeux, comme si les fermer allait me faire disparaître.
je ne bougeais pas mais mon cœur battait la chamade et ma respiration était saccadée. Un grincement d'une assiette sur la table de chevet m’indiquait qu’il avait posé quelque chose dessus, puis j’ai entendu le bruit de la porte se refermer. Avec un œil j’ai analysé la pièce, il était sorti.

L’odeur des crepes attirait mon regard, mon père ne m’avait jamais fait de crêpe avant aujourd’hui. Une fois redressé sur le lit j’ai mangé une dizaine de crêpes. Je pliais la prochaine crêpe quand mon père est entré dans la chambre. Il avait un bol de chocolat chaud dans les mains qu’il ne manqua pas de renversé sur sa chaussette lorsque nos regards se sont croisés.

— Putain c’est chaud ! cria-t-il

en temps normal j’aurai explosé de rire mais j’ai juste souris instinctivement.

Il a posé le bol à côté des crêpes, s’est accroupi et une odeur de fleur d'oranger et d’après rasage me venait au nez. il me regardait dans les yeux.

— Ecoute fils… Pour hier…

Il s’est gratté la nuque.

— C’était une sale journée. Je ne voulais pas te faire peur…Désolé pour ça. marmonna-t-il.

Je n’ai pas répondu, je regardai mes pieds en agitant les orteils.

Ce jour ci je ne suis pas allé à l’école.

En arrivant le lendemain, les autres élèves de ma classe me regardaient de travers…
Ils se murmuraient quelque chose. Lorsque j’ai été voir François à la récréation, il était froid et détaché comme si nous ne nous connaissions pas. Il m’a dit qu’il ne voulait plus jouer avec moi. Aïcha quant à elle avait dit à tout le monde que mon père était un monstre, qu’il allait nous tuer tous les trois ce soir-là.
Quand j’ai essayé de dire à tout le monde qu’il avait passé une mauvaise journée, qu’il n’était pas un monstre, ils en ont conclu que je devais être un monstre moi aussi. Il fallait donc rester loin de moi.

— Hey Clara ! J’crois que je l’aime bien ton nouveau mec. s’exclama le grand type d’une voix grave qui résonnait à travers tout l’appartement.

La moquette, l’école, mes amis, tout avait de nouveau disparu.
L’odeur de la bière, du tabac froid et des petits fours avait remplacé la fleur d’oranger et les crêpes.

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