Souvenirs d'Italie
Je me souviens d'un soleil de juin éclatant et séducteur,
je me souviens de cette cuisine où j'ai laissé une part de mon cœur.
La côte amalfitaine baignait dans une douce chaleur,
soufflait une brise marine qui rejetait au loin la torpeur.
Lucia, aussi radieuse que mystérieuse, attisait mon ardeur.
Je me souviens de sa robe noire à pois blancs ornée de fleurs
rouges. Je me souviens de ses mains collantes d'eau et de farine,
de la pâte à pizza qui se modelait sous ses doigts.
Au bout d'une longue chaîne, une petite croix
venait s'immiscer dans son décolleté, entre les douces formes de sa poitrine.
J'étais jaloux de ce crucifix,
j'avais soif de chianti, je voulais croquer les olives de son Martini,
je voulais m'enivrer de sa vie.
Je me souviens de nos longues promenades
sur la plage où nos cœurs battaient la même chamade,
nous faisions l'amour sous l'œil matinal, bienveillant des Pléïades.
Vint l'heure de rentrer,
au pays j'étais renvoyé.
La guerre et ma convalescence se terminaient.
Il y eut palabre, pleurs et promesses.
Tristesse,
Mercure, sous ses ailes, apportait un mauvais auspice.
Bien des années ont coulé sous les ponts,
de Lucia, je me suis fait une raison.
Lundi, nous avons mis ma femme en terre et son oraison
funèbre j'ai prononcé.
Jeudi, j'ai reçu une lettre.
C'est près de la mer que je l'ai ouverte.
Face à cet océan qui nous séparait,
je l'ai lue.
D'antiques souvenirs, de vieilles blessures ont été mis à nu.
Le temps des retrouvailles est venu
alors que je n'y croyais plus.
L'amour est-il jamais révolu ?
Demain, je m'en irai
retrouver la belle sur ses lointains côteaux d'été,
de ses mains barbouillées de farine mouillée,
naîtra une douce promesse d'éternité.

Annotations
Versions