V. Galind

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- Qui connaît le nom de toutes les lunes ? Interrogea Galind, une lanterne à la main. Il était à présent dehors avec les enfants et minuit approchait à grand pas pendant qu'ils observaient le ciel noir.

- Moi, moi ! S'écria la petite Soliri par dessus tous les autres.

Galind, amusé, lui demanda donc de les réciter dans l'ordre.

- Ça commence par, euh, ça commence par... par Jaôn, et ensuite il y a... Fregal, Garozz, Wym, Nâm, et... Hésita t-elle en regardant le ciel ou aucune des lunes n'apparaissait. Pourquoi est-ce-qu'on ne les voit pas ? Coupa la fillette.

- Je vais t'expliquer après Soliri, mais pour l'instant c'est pas trop dans l'ordre, tout ça, se moqua gentiment le jeune homme.

- En plus elle en a dit que cinq sur sept ! Renchérit Diavan.

- Il y a aussi Fregal'att ! S'exclama Zada.

- Mais non, ça c'est le nom de la saison associé à Fregal, corrigea Arkad.

Les choses s'embrouillaient pour Soliri comme pour la plupart des autres, qui commençaient à débattre en énonçant tout dans le désordre.

- Et Fregal'am c'est quoi alors ?

- Ça c'est la saison associée à Fregal pendant les cycles nouveaux.

- N'importe quoi, c'est les cycles d'Éclosion !

- Les cycles d'Éclosion et les cycles nouveaux c'est la même chose, espèce de courge, c'est juste des noms différents.

- Les cycles pleins c'est quand les lunes croissent ou décroissent ?

- Mais là c'est la fête du cycle d'Éclosion ou de Formation ?

Galind finit par s'imposer, élevant le ton :
- Stop ! Vous inquiétez pas, on va remettre les choses au clair, d'accord ? Stop !

Les voix se muèrent en murmures et moururent rapidement. Les enfants reportèrent leur attention sur leur aîné.

- Bon, très bien. Qui connaît parfaitement les noms des sept astres et dans l'ordre ? Jhod ? Vas-y Jhod, tout le monde t'écoute.

Le rouquin s'éclaircit la voix, l'air assuré.
- Jaôn, Fregal, Garozz, Équisaez, Varem, Wym, Nâm. Chaque lune a une saison associée pour un cycle, il y a donc sept saisons par cycle. Chaque saison a son opposée, car sur les quatorze au total, sept sont froides et sept son chaudes. Pour leurs noms, on rajoute simplement à la fin de l'astre la syllabe "-'att" pour le cycle froid, et "-'am" pour le cycle chaud. Le cycle chaud est appelé cycle nouveau, le froid est le cycle plein. Là on est en Nâm'am, la dernière saison chaude du cycle nouveau.

- Exactement ! Donc aujourd'hui c'est la fin du cycle nouveau (il a duré trois cent cinquante jours), et le début du cycle plein qui lui même sera suivi d'un autre cycle nouveau. C'est plus clair ? Maintenant, pourquoi on appelle les cycles comme ça ? Arkad, on t'écoute ?

- Parce que pendant le cycle plein les lunes croissent chacune leur tour jusqu'à la dernière nuit du cycle, où les sept lunes sont pleines et alignées. A l'inverse, pendant le cycle plein elles décroissent l'une après l'autre, en commençant par celle apparue la première, jusqu'à la nuit des nouvelles lunes...

- Comme cette nuit ! C'est pourquoi les lunes sont invisible aujourd'hui. Soliri, tu as compris ?

La petite hocha la tête, bien qu'elle n'aie rien suivi.

- Alors demain, que va t-il se passer, Soliri ? L'interrogea à nouveau Galind.

La fillette fit mine de réfléchir mais resta silencieuse si longtemps que Foucault prit la relève :
- Demain ce sera le début du cycle plein, et la première lune... (il hésita)... Jaôn commencera à croître, donc on sera à la première saison froide, en Jaôn'att.

- Voilà. Maintenant je vais vous expliquer pourquoi les cycles pleins sont appelés Formation, et les cycles nouveaux Éclosion.

Voyant que certains décrochaient il ajouta que cela venait d'une légende très ancienne, et cela suffit à faire briller de nouveau les yeux.

- On raconte que les lunes sont des nids où naissent les dragons géants comme Au'ros. À la manière de gros oeufs, ils flottent loin dans la nuit avec les étoiles, commença Galind, le regard animé d'une lueur mystérieuse. Pendant les cycles pleins, ils se construisent chacun leur tour alors que la nature dort, et lors de la nuit de pleines lunes les dragons naissent dedans. Dans trois cent cinquante jours exactement, nous fêterons leur naissance et le début de leur éclosion, lors du nouveau cycle qui commencera à minuit. Ce sera la fête du cycle de l'Éclosion. Quant à la fête d'aujourd'hui, celle de la Formation, elle célèbre la nouvelle construction des oeufs qui va commencer dans quelques minutes. C'est pourquoi le ciel est noir : tous les oeufs ont éclos, tous les dragons se sont éveillés et sont partis dans le ciel, termina le jeune homme en illustrant ses mots d'un grand geste vers la voûte céleste.

- Pourquoi on ne les a pas entendu partir ? Demanda Soliri. Les dragons crient fort, dit-elle, la mine illuminée.
- Parce qu'ils sont très loin ! Tu entends les oeufs se briser, toi ? Pourtant ils sont durs comme de la pierre. On n'entend rien parcequ'ils sont plus loin que tout ! S'exclama Galind, ravi que la fillette ait été enchantée par l'histoire.

- On voit les oeufs, mais alors on devrait voir les dragons s'envoler, continua t-elle, avide.

Galind rit légèrement avant d'improviser quelque chose pouvant satisfaire Soliri.
- Leurs ailes sont plus noires que la nuit, c'est impossible de les voir.

- Et il vont où ?

Cette fois le jeune homme ne sut pas répondre. La voix de Jhod s'éleva alors dans l'obscurité, pendant que son visage faiblement éclairé par la lanterne se découpait un peu plus au milieu des autres.

- Les Supradragons volent dans l'espace entre des noyaux d'or et de pierres précieuses : ce sont les étoiles. Ils se posent sur l'une d'elle, ils l'entourent avec leurs ailes, puis ils s'endorment. Grâce à leur souffle qui est la source de la vie, le noyau grandit, se couvre de verdure, de montagnes, de rivières, d'animaux, d'humains et d'Hyrides. Après cela les Supradragons sont vidés de leur énergie et meurent en laissant leurs os, comme Au'ros.

Sa voix s'éteint alors, laissant place à un silence fasciné. Galind se chargea de le rompre

- Wow ! Super mon gars, t'es vachement doué pour inventer les histoires ! Le félicita le jeune adulte.

L'expression de Jhod sembla manifester une certaine vexation, si bien que pendant un instant Galind crut qu'il allait se fâcher. Mais le rouquin voulait en réalité protester en disant qu'il avait défendu la stricte vérité. Cependant, il se ravisa et se contenta d'un maigre sourire.

Galind était satisfait d'avoir appris cette vieille légende aux enfants, qui manifestement ne la connaissaient pas, pour la plupart. Il savait qu'elle venait de la religion mais l'aimait quand même, surtout qu'il ne l'avait encore jamais racontée. Lorsque sa mère, qu'il était le seul à n'avoir pas connu, était morte, Arnol n'avait plus voulu du tout parler de religion. Puis cette répulsion s'était transformée en négligence, car après tout, ces mythes n'étaient que des contes pour enfants. C'était dans cette relation à la foi que Galind avait été élevé. Il ne connaissait aucune autre histoire que le vague début de celle-ci, et tout ce qu'il pensait, c'était qu'il aurait voulu en connaître d'autre à raconter aux enfants.

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