Le cœur en cendres
Les jours qui suivirent la trahison de Félix furent lourds. Chaque battement d’aile de Piou semblait peser mille plumes. Lysandre le soutenait, silencieux, mais il savait que nul ne pouvait guérir une plaie aussi profonde.
— Je dois le retrouver. Je dois comprendre.
— Et s’il t’attend pour finir ce qu’il a commencé ?
— Alors je l’affronterai. Mais… je veux croire qu’il reste encore un éclat de lumière en lui.
Lysandre acquiesça, le regard grave.
— Alors va, Piou. Mais n’oublie pas : si tu tombes, le monde tombe avec toi.
Dans les Terres d’Ombre
Piou s’envola seul, traversant les vallées grises et les forêts décharnées des Terres d’Ombre, là où l’espoir s’étiole comme un feu sans bois. La présence de Félix y était palpable, comme une cicatrice dans l’air.
Il suivit une piste de plumes argentées, irrégulières, abandonnées comme des regrets sur le sol.
Puis il le vit.
Félix, debout sur une falaise, fixant l’horizon. Le vent faisait danser sa cape noire. À ses côtés, l’Entité des Ombres, ce spectre sans visage, murmure de la fin du monde, flottait comme une brume malveillante.
— Tu es venu. dit Félix sans se retourner.
— Oui. Pour t’arrêter… ou te sauver.
— Il n’y a rien à sauver. J’ai fait mon choix.
— Alors regarde-moi dans les yeux et dis-le. Dis que tu n’as plus rien à aimer.
Félix se retourna enfin. Son regard était froid, mais ses yeux brillaient de larmes contenues.
— Je t’aime, Piou. C’est pour ça que je veux t’effacer. Pour que tu ne souffres plus.
— Tu te mens à toi-même ! cria Piou. Tu crois que souffrir est une faiblesse, mais c’est ce qui me rend fort ! C’est ce qui fait que je me bats !
Le sol se mit à trembler. L’Entité grandit, prenant la forme d’un monstre de fumée, immense et hurlant.
— Assez ! gronda-t-elle. Il est à moi !
Elle fondit sur Piou.
Félix hésita… puis, au dernier instant, bondit devant Piou, prenant le coup à sa place.
— NOOON ! hurla Piou.
Une onde lumineuse jaillit de lui. Une explosion d’énergie dorée chassa l’Entité au loin.
Piou se précipita vers Félix, à terre, le souffle court.
— Pourquoi… pourquoi ce geste ?
— Parce que tu avais raison… Je ne voulais pas te perdre. Et je me suis perdu moi-même.
Félix sourit faiblement.
— Je ne mérite pas ton pardon.
— Et pourtant… je te le donne. Parce que tu es mon frère.
Piou le prit dans ses ailes. Une lumière douce entoura Félix, et les ténèbres en lui semblèrent s’évanouir.

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