Les ailes du destin
Des semaines avaient passé depuis la chute du dragon.
La neige du Mont Céleste fondait lentement, révélant les cicatrices du combat. La lumière, longtemps absente de ce monde, baignait à nouveau les cieux. Et au sommet, une stèle de pierre avait été érigée.
Sur elle, gravé en lettres fines :
"À Félix, porteur de feu. Ami jusqu’au bout."
Piou se tenait là, seul, le regard perdu dans l’horizon. Les vents soufflaient doucement autour de lui, caressant ses plumes dorées, désormais ternies par les batailles. Une cicatrice marquait sa joue. Mais ses yeux brillaient d’une paix nouvelle.
Le monde avait changé.
À Plumeval, la vie avait repris. Les enfants-junco couraient dans les ruelles, des feux étaient allumés chaque soir en mémoire des héros disparus, et les légendes se chantaient autour des fontaines.
Mais Piou n’y était plus revenu.
Il avait choisi un autre chemin.
Il volait de village en village, contant l’histoire du dragon et du renard. Il parlait de lumière, de trahison, de pardon. Il aidait les peuples à reconstruire, à croire à nouveau. Chaque fois qu’il parlait de Félix, sa voix tremblait un peu. Mais il souriait. Parce qu’il savait.
Félix avait sauvé le monde.
Un jour, alors que le soleil se couchait sur un nouveau printemps, Piou s’assit près d’un grand arbre en fleurs. Une brise tiède lui apporta une odeur familière. Et dans le silence du soir, une voix douce résonna.
— « Tu crois qu’il me pardonnerait, lui aussi ? »
Piou tourna la tête.
Coco, son vieil ami grincheux, apparut entre deux buissons, un panier de baies à la main.
— « Je crois qu’il n’a jamais cessé de croire en toi, Coco. Même quand tu râlais sur tout. »
Ils rirent.
Et le monde sembla, un instant, parfaitement à sa place.

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