Chapitre II - partie 2

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C’est un peu étrange, de partir comme ça pour faire une quoi ? Une reconnaissance. « Vas voir là-bas si c’est OK. J’ai envie de quitter cette ville de merde, les arabes me font chier, les russes me font chier. Mais garde ça pour toi pour l’instant. » La raison donnée par Radim. Je n’ai pas l’impression qu’il s’emmerde tant que ça ici au soleil. Mais bon, je ne connais pas tout.

J’ai préparé juste un petit sac, on ne reste que deux ou trois jours. Des fringues pas trop voyantes, on n’est pas censé faire des galas. Juste voir le reste de la bande à Lyon.

Igor et Grishka ont l’air pressés, appuyés contre la Merco à fumer des clopes à la chaîne. Ils me regardent déjà comme une chieuse. Je pressens un voyage des plus agréables. Pour la conversation, ça ne devrait pas être trop envahissant. Ils savent à peine parler, pas le genre à avoir décroché une thèse de doctorat.

A peine mon cul touche-t-il le cuir que les voilà fonçant à travers la ville vers l’autoroute. Le silence règne dans la voiture pendant un long moment, jusqu’à ce que Grishka, écoeuré de sa propre inanité, allume la radio. N’importe quelle musique c’est mieux que d’entendre les reniflements grossiers des deux porcs.

Ces mecs sentent mauvais. Leurs fringues puent le graillon et la transpiration. Leurs mauvais blousons en cuir suintent le musc de chèvre. Même leur respiration est corrompue par tout ces poisons qui pourrissent l’intérieur de leurs poumons. Je n’ose pas imaginer leurs chaussettes, ou pire, leurs slips.

Ils roulent comme des dingues tout le début de soirée jusqu’à ce que l’obscurité envahisse le ciel en suivant les dégradés du bleu au violet au noir. Je regrette de ne pas pouvoir entendre les martinets fouetter l’air du soir de leurs sifflements nostalgiques.

On s’arrête pour faire le plein, soûlés de vibrations et du bourdonnement du moteur. Le goudron exhale la chaleur de la journée dans l’air plus frais. Je demande un sandwich, une bouteille d’eau et des chewing-gums à Igor, qui grogne en retour. Mystère, va-t-il me ramener quelque chose ? Oui ! Je mords à belles dents dans le pain mou sans savoir ce qu’il y a au milieu. Pourvu qu’on en finisse vite. J’en ai déjà assez.

Les deux compères du podium de concours de monstruosité prennent leur temps, échangent des regards, m’observent avec un intérêt bovin, ce qui les mets momentanément plusieurs crans au-dessus de leur niveau intellectuel de base. Ils tirent au sort, avec un pièce, à qui conduira la Mercedes. Igor 1, Grishka 0.

Mais c’est finalement Grichka qui monte du côté conducteur. Igor me rejoint sur la banquette arrière, pour se reposer, dit-il, en prenant ses aises. L’autre met rageusement le pied dans l’accélérateur et fait tirer les rapports jusqu’à la bretelle d’accès, de retour sur l’autoroute. Dans la pénombre je sens sa cuisse grasse contre la mienne. Ça me révulse rien que d’y penser.

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