Chapitre 6 — Ce Qu'on Envoie Quand les Mots ne Suffisent Plus
Il sentit ce qui approchait avant l'aube.
Pas des hommes cette fois. Pas des gardiens de cendre non plus — pas cette construction mécanique et sans volonté propre qui remplissait une fonction avec la persistance aveugle des choses programmées pour ça. Quelque chose d'autre. Quelque chose qui avait une volonté. Quelque chose qui avait fait un choix en venant, qui savait ce qu'il faisait et pourquoi il le faisait.
Nightmare ouvrit les yeux dans l'obscurité pré-aube des Terres de Cendre.
Sya dormait à deux mètres de lui, ou faisait l'équivalent de dormir — son corps immobile, sa respiration lente et régulière, sa poupée de chiffon serrée contre elle avec cette constance qui ne semblait jamais se relâcher, même dans le sommeil. Le feu impossible qu'elle avait allumé la veille était éteint depuis des heures, ne laissant aucune trace de cendre, aucun résidu. Comme s'il n'avait jamais existé.
Il se leva sans bruit.Tendit sa perception vers l'ouest — la direction d'où venait ce qu'il sentait. Loin encore. Plusieurs heures. Mais approchant à une vitesse qui n'était pas celle d'hommes qui marchent ou même d'hommes qui courent. Une vitesse qui avait quelque chose d'artificiel, de produit, de décider par quelqu'un qui avait les moyens de décider ce genre de choses.Il évalua.Une seule présence. Dense. Concentrée. Avec cette qualité particulière des choses qui ont été construites pour un but précis et qui portent ce but comme une armure — pas de dispersion, pas d'hésitation, pas de ces ondulations dans la présence d'un être vivant qui correspond à ses doutes, ses distractions, ses pensées parasites. Juste cette ligne droite et implacable d'une chose qui va quelque part et qui n'envisage pas de ne pas y arriver.Il avait quelques heures.Il réveilla Sya d'un mot.
— Lève-toi.
Elle ouvrit les yeux immédiatement — pas avec le flou progressif du réveil humain, pas ces secondes de transition entre le sommeil et la conscience. Ses yeux s'ouvrirent et elle était là, présente, alerte, comme si elle n'avait pas vraiment dormi mais avait juste attendu les yeux fermés.
— Quelque chose arrive, dit-elle. Ce n'était pas non plus une question.
— Oui.
— De l'ouest.
— Oui.
Elle se leva, ramassa sa poupée, et regarda Nightmare avec ces yeux qui ne cillaient pas
— On fuit ?
Un silence d'une fraction de seconde.
— Non, dit Nightmare.
Ils marchèrent deux heures vers l'est à un rythme soutenu — pas de la fuite, pas de la précipitation, juste cette efficacité du déplacement de quelqu'un qui veut choisir son terrain avant que son terrain soit choisi pour lui. Nightmare cherchait quelque chose de spécifique dans le paysage des Terres de Cendre, quelque chose que la géologie particulière de cet endroit pouvait lui offrir si on savait où regarder.
Il le trouva au bout d'une heure et demie.
Une dépression dans le terrain — pas profonde, pas spectaculaire, juste suffisante. Un espace légèrement en contrebas entre deux rangées de formations rocheuses vitrifiées qui créaient des parois naturelles sur les côtés, avec une ouverture au sud et une au nord et une visibilité dégagée vers l'ouest. Un endroit où voire venir. Un endroit où ne pas être pris par surprise.Il s'y installa.
Sya s'assit sur un rocher bas à sa gauche sans qu'il lui ait rien demandé, dans cette façon qu'elle avait de prendre toujours la bonne position sans qu'on la lui indique, comme si elle lisait quelque chose dans l'air que personne d'autre n'aurait su déchiffrer.
Ils attendirent.
Ça arriva à mi-matinée.
Une silhouette d'abord — petite à distance, se découpant sur l'horizon de cendre et de roche avec cette netteté que produit la lumière crue du désert. Elle grossit progressivement à mesure qu'elle approchait, sans modifier son rythme, sans dévier de sa trajectoire. Droite. Directe. Avec cette certitude de direction qui ne venait pas d'une carte ou d'un sens de l'orientation mais de quelque chose de plus fondamental.
Elle les suivait. Spécifiquement. Pas les Terres de Cendre en général, pas une direction générale — eux, leur position exacte dans ce paysage uniforme.
Nightmare attendit.
La silhouette devint une forme, puis une figure, puis enfin une personne — ou quelque chose qui ressemblait à une personne avec suffisamment de précision pour que la distinction ne soit pas immédiatement évidente.
Un homme. Grand, pas autant que Nightmare, avec une corpulence dense et ramassée qui suggérait une force physique considérable sans en faire étalage. Vêtu de noir — d'un noir différent du noir ordinaire, un noir qui ne réfléchissait pas la lumière du soleil de la façon attendue, qui avait quelque chose de légèrement absent dans sa texture, comme si la lumière décidait de ne pas s'y attarder. Pas de visage visible — une capuche profonde jetait une ombre que la lumière directe du soleil de milieu de matinée n'aurait pas dû produire, mais qui était là quand même.
Il s'arrêta à quinze mètres.
Le silence entre eux dura longtemps.
Puis l'homme parla. Sa voix était grave, avec cette qualité résonante des sons qui viennent d'une poitrine large — mais avec en dessous quelque chose qui n'était pas tout à fait humain. Quelque chose de légèrement trop régulier, trop calibré, comme un instrument parfaitement accordé qui produit des sons parfaits à force de précision mécanique.
— On m'appelle Vael, dit-il. Je suis envoyé par ceux qui t'ont écrit.
— Je sais d'où tu viens, dit Nightmare.
— Alors tu sais pourquoi je suis là.
— Pour me convaincre que leur offre mérite d'être reconsidérée.
Vael inclina légèrement la tête — ce geste minimal qui peut être de l'acquiescement ou de l'appréciation ou les deux.
— Ils m'ont dit que tu étais direct, dit-il. C'est exact.
— Dis ce que tu as à dire.
Vael posa les yeux sur Sya. Brièvement. Pas de façon menaçante — la façon dont quelqu'un regarde un objet important dont il vérifie la présence avant de commencer une conversation qui le concerne.
Nightmare nota ce regard.
— Tu as récupéré deux fragments, dit Vael en ramenant les yeux sur Nightmare. En deux jours. C'est plus rapide que ce qu'ils avaient anticipé.
— Continue.
— Ils veulent que tu comprennes quelque chose. Pas une menace. Une information. Ce qu'est l'enfant par rapport à toi — ils sont prêts à te le dire. Entièrement. Sans condition. En échange de quoi tu t'arrêtes de chercher les fragments pendant trente jours.
Un silence.
— Trente jours, répéta Nightmare.
— Trente jours. Pas un de plus.
— Et pendant ces trente jours.
— Ils cherchent une solution qui convient à tout le monde.
Nightmare le regarda. Longtemps. Cette immobilité absolue derrière le masque de Kitsune-Anubis, la croix Ânkh dorée captant le soleil avec une régularité impassible, les boucles d'or qui ne tintaient pas parce qu'il ne bougeait pas d'un millimètre.
— Qu'est-ce qu'ils ont peur que je trouve, dit-il. Si je continue.
Vael ne répondit pas immédiatement.
Ce silence-là avait une forme différente des autres. Ce n'était pas le silence de quelqu'un qui cherche ses mots. C'était le silence de quelqu'un qui évalue ce qu'il peut dire et ce qu'il ne peut pas dire, qui mesure la frontière entre ce que ses employeurs lui ont autorisé à révéler et ce qu'il choisit de ne pas révéler pour ses propres raisons.
— Je ne suis pas autorisé à répondre à ça, dit Vael finalement.
— Ce qui signifie que tu connais la réponse.
Un autre silence.
— Ce que je peux te dire, dit Vael avec une lenteur mesurée, c'est que ce qu'ils craignent n'est pas ce que tu penses. Ils ne craignent pas ta puissance. Ils ne craignent pas ta vengeance. Ils craignent ce qui se passe quand tu te souviens entièrement.
Nightmare ne bougea pas.
— Pourquoi, dit-il.
— Parce que quand tu te souviendras entièrement, dit Vael, tu comprendras pourquoi ils ont fait ce qu'ils ont fait. Et la question ne sera plus de savoir si tu te venges d'eux.
Il marqua une pause.
— La question sera de savoir si tu détruis tout le reste avec.
Le silence qui suivit ces mots était différent de tous les silences précédents.
Nightmare regarda Vael avec cette attention froide et absolue qu'il réservait aux informations importantes, aux choses qui méritaient d'être pesées avant d'être classées. Vael le soutint sans vaciller — ce qui était notable, parce que très peu de choses soutenaient le regard de Nightmare sans vaciller, et celles qui le faisaient avaient généralement des raisons solides de ne pas avoir peur.
— Tu n'es pas humain, dit Nightmare.
— Non, dit Vael simplement.
— Qu'est-ce que tu es.
— Quelque chose de suffisamment vieux pour savoir ce que tu es. Suffisamment raisonnable pour penser qu'une conversation vaut mieux qu'une confrontation.
— Et suffisamment prudent pour ne pas répondre directement à ma question.
Le coin de ce qui était visible sous la capuche de Vael — pas un visage, mais la suggestion d'un visage — bougea légèrement. Peut-être un sourire. Peut-être autre chose.
— Je travaille pour eux pour l'instant, dit Vael. Ça ne signifie pas que je partage tous leurs objectifs.
— Pourquoi tu me dis ça.
— Parce que tu mérites de savoir que tout le monde dans cette histoire n'est pas exactement ce qu'il paraît être. Y compris moi.
Nightmare le regarda encore.
— Ta réponse, dit Vael. Trente jours.
— Non, dit Nightmare.
— Tu es certain.
— Oui.
Vael hocha la tête lentement. Pas de surprise. Pas de déception performative. Juste cette acceptation tranquille de quelqu'un qui avait anticipé cette réponse et qui avait quand même jugé utile de faire la démarche.
— Alors je te dis une dernière chose, dit Vael. Pas de leur part. De la mienne.
Il posa à nouveau les yeux sur Sya. Cette fois légèrement plus longtemps. Avec quelque chose dans ce regard qui n'était pas de la menace mais qui n'était pas non plus de l'indifférence.
— Elle ne sait pas encore ce qu'elle est, dit-il. Et toi tu commences à le soupçonner mais tu n'en es pas certain. Le jour où vous deux vous comprendrez vraiment — pas partiellement, pas approximativement, vraiment — ça changera beaucoup de choses. Assure-toi d'être préparé à ce que ces choses changent.
Il se retourna.
Et reparti vers l'ouest à ce même rythme constant et direct, sans regarder en arrière, sa silhouette rapetissant progressivement contre l'horizon de cendre et de roche vitrifiée jusqu'à disparaître complètement.
Nightmare resta immobile longtemps après que Vael eut disparu.
Sya ne dit rien. Elle attendait, sa poupée sur les genoux, ses yeux allant de Nightmare à l'horizon ouest et retour, avec cette patience tranquille qui était sa façon d'être dans toutes les situations.
— Il connaît la vérité sur moi, dit Nightmare finalement. Ce n'était pas une question.
— Oui, dit Sya.
— Et sur toi.
— Je crois. Oui.
— Il ne nous a pas dit ce que c'était.
— Non. Mais il nous a dit que c'était important.
Nightmare baissa les yeux vers elle. Cette enfant. Ce fragment de quelque chose qu'il ne comprenait pas encore. Cette présence qui le suivait depuis Valdris-Prime avec la persistance tranquille de quelque chose qui sait exactement où sa place est, même si elle ne sait pas pourquoi.
— Si je te demandais de repartir vers Valdris-Prime, dit-il.
— Je n'irais pas.
— Pourquoi.
— Parce que je suis supposée être ici. Avec toi. Je ne sais pas pourquoi encore. Mais je le sais.
Un silence.
— C'est dangereux, dit Nightmare.
— Je sais.
— Les cinq signataires sont prêts à se servir de toi.
— Je sais ça aussi.
— Et ça ne change pas ta réponse.
Sya leva les yeux vers lui avec cette clarté directe et sans ornement.
— Est-ce que le danger changerait ta réponse à toi si quelqu'un te disait de t'arrêter ?
Nightmare ne répondit pas.
Ce qui était une réponse.
Il se retourna vers l'est. Les deux fragments d'Omvra contre sa poitrine. Le parchemin aux cinq noms. La pierre gravée dans une langue qu'il était le seul à pouvoir lire. Et maintenant les mots de Vael — quand tu te souviendras entièrement, la question sera de savoir si tu détruis tout le reste avec — qui occupait un espace dans ce catalogue mental avec une insistance particulière.
Il nota tout.
Et reprit sa marche.
Ils marchèrent jusqu'au soir sans autre incident.
Le paysage des Terres de Cendre continuait son évolution graduelle — les formations vitrifiées plus hautes, plus denses, plus complexes dans leurs configurations, comme si quelque chose sous le sol devenait progressivement plus actif à mesure qu'on avançait vers l'est. La cendre au sol changeait de texture aussi — plus fine, presque poudreuse, avec cette légèreté qui faisait que chaque pas en soulevait un nuage minuscule qui retombait lentement dans l'air immobile.
Nightmare observait. Enregistrait. Cherchait des patterns dans ce paysage qui semblait avoir été produit par un événement unique et colossal plutôt que par l'accumulation lente des processus géologiques ordinaires.
À deux heures du coucher du soleil, il s'arrêta brusquement.
Devant lui, à une vingtaine de mètres, quelque chose était gravé dans la cendre elle-même. Pas dans la roche — dans la cendre, avec une précision qui aurait dû être impossible dans un matériau aussi instable et friable. Des lignes profondes et nettes, des cercles concentriques d'un diamètre croissant, avec au centre un symbole qu'il n'avait pas vu sur la colonne vitrifiée mais qu'il lisait quand même avec cette même facilité déconcertante, cette même reconnaissance qui ne venait pas de l'apprentissage.
Un avertissement.
Ce qui dort ici n'est pas gardé. Il attend. Ne le réveille pas avant d'être prêt.
Nightmare s'arrêta à la limite des cercles concentriques et regarda ce qu'il y avait au-delà.
L'espace à l'intérieur du cercle le plus intérieur — environ trois mètres de diamètre — était différent du reste des Terres de Cendre. La cendre y était plus sombre, presque noire, tassée et compacte comme si quelque chose pesait dessus depuis très longtemps. Au centre exact de ce cercle intérieur, affleurant tout juste à la surface comme la pointe d'un iceberg immergé dans la cendre sombre, quelque chose dépassait.
Il reconnut la matière immédiatement.
Un troisième fragment d'Omvra.
Mais les symboles disaient de ne pas le prendre. Pas encore. Avant d'être prête — prête à quoi, exactement, la phrase ne le précisait pas. Mais quelque chose dans la façon dont cet avertissement avait été laissé — avec soin, avec cette connaissance préalable de sa venue, avec cette même écriture que personne d'autre ne pouvait lire — lui dit que ce n'était pas une mise en garde arbitraire.
Quelqu'un qui le connaissait mieux qu'il ne se connût lui-même avait laissé ça.
Et lui disait d'attendre.
Il recula d'un pas.
— On ne prend pas celui-là, dit Sya derrière lui.
— Non.
— Pas encore.
— Non.
Elle vint se placer à côté de lui et regarda le cercle de cendre sombre avec ses yeux sans peur.
— Il y a quelque chose de puissant là-dedans, dit-elle. Je le sens même d'ici. C'est différent des deux autres.
— Oui.
— Plus ancien.
— Oui.
Elle leva les yeux vers lui.
— Plus ancien que toi ?
Un silence très long.
— Non, dit Nightmare.
Et quelque chose dans ce non — dans la façon absolue dont il fut prononcé, sans hésitation, sans qualification, avec la certitude de quelqu'un qui répond à une question sur un sujet dont il commence à comprendre l'étendue — resta suspendu dans l'air immobile des Terres de Cendre comme une note de musique qui ne sait pas encore si elle appartient à une mélodie ou si elle est seule.
Ils contournèrent les cercles concentriques et continuèrent vers l'est.
La nuit tomba.
Sya alluma son feu impossible.
Nightmare s'installa dos à une formation rocheuse et regarda le ciel. L'étoile nouvelle était là — plus lumineuse encore que la nuit précédente, avec maintenant autour d'elle quelque chose qu'il n'avait pas remarqué les nuits précédentes. Pas des étoiles supplémentaires. Pas des variations dans sa propre luminosité. Quelque chose de plus subtil — une façon qu'avaient les étoiles autour d'elle de sembler légèrement décalées de leur position habituelle, comme si sa seule présence courbait quelque chose dans l'espace environnant.
Il nota ça.
Et se demanda — pour la première fois depuis son retour du Royaume des Morts, pour la première fois depuis qu'il avait commencé à cataloguer toutes ces choses qui ne correspondaient pas à ce qu'un être humain devrait être capable de faire ou de ressentir — ce que ça signifiait d'être la chose qui existait avant tout.
Pas philosophiquement. Pas abstraitement.
Concrètement.
Si tout avait été créé, si le monde et les dieux et les étoiles et l'espace entre les étoiles avaient tous été produits par quelque chose — par lui, d'une façon qu'il ne comprenait pas encore entièrement — alors que signifiait le fait qu'il soit là, maintenant, dans ce corps, dans ce désert de cendre, à chercher des fragments d'une lance brisée parce que des gens qui avaient peur de lui l'avaient exilé ?
Comment quelque chose comme ça avait-il pu être exilé ?
Comment quelque chose comme ça avait-il pu être piégé dans un corps, dans une mémoire effacée, dans une existence limitée et vulnérable à des trahisons humaines ?
Il n'avait pas la réponse.
Mais il commençait à formuler la question.
Et formuler la question était déjà quelque chose.
À Valdris-Prime, l'homme au visage de marbre reçut le rapport de Vael au milieu de la nuit.
Il refusa. Deux fragments récupérés. Il y en a un troisième mais il ne l'a pas pris — raison inconnue.
L'homme au visage de marbre lut le rapport trois fois.
La partie sur le troisième fragment le fit s'arrêter.
Il savait lequel c'était. Il savait ce qui dormait sous la cendre à cet endroit, ce que ce fragment particulier contenait, pourquoi il avait été placé là et non ailleurs.
Si Nightmare le prenait avant d'être prêt...
Il ferma les yeux.
C'était peut-être leur seule chance.
Pas de l'arrêter.
De le détruire.
Il prit une autre décision. La plus difficile qu'il ait prise depuis la nuit de la trahison.
Il écrivit une lettre. Pas à ses quatre co-signataires cette fois.
À quelque chose d'autre.
Quelque chose qui existait en dehors de Valdris-Prime, en dehors des cartes, en dehors de tout ce que les habitants de ce monde nommaient et cataloguaient.
Quelque chose d'assez puissant pour représenter une menace réelle pour ce que Nightmare était en train de redevenir.
Il cacheta la lettre.
Et espéra que ce quelque chose répondrait assez vite.
Dans les Terres de Cendre, une silhouette au masque de Kitsune-Anubis regardait une étoile qui n'aurait pas dû exister.
À trois mètres de lui, une enfant dont personne ne connaissait vraiment la nature tenait sa poupée de chiffon et regardait le même ciel.
Et quelque part entre eux deux, dans l'espace de quelques mètres de cendre froide, quelque chose que ni l'un ni l'autre n'aurait su nommer circulait silencieusement.
Comme la reconnaissance entre deux choses qui appartiennent à la même origine.
Comme deux notes du même accord.
Comme deux fragments du même tout.
Qu'est-ce que l'homme au visage de marbre vient de contacter — et cette chose est-elle capable de menacer réellement Nightmare ? Pourquoi le troisième fragment est-il différent des deux autres, et quand Nightmare sera-t-il prêt à le prendre ? Et Vael — cet envoyé qui n'est pas tout à fait ce qu'il paraît — reviendra-t-il, et de quel côté sera-t-il quand il reviendra ?

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