Adieu refuge - 2
Je mets le cadavre sur mes épaules, en sentant le poids m'affaisser, de divers souvenirs me reviennent en tête notamment le jour où Chaïm m’a avoué ses sentiments, ce jour, je m'en rappelle comme si s'était hier :
L’automne avait fait rougir les arbres, je traversais le parc qui s’était transformé de sa verdoyance en un paysage aux teintes rousses et dorées. Je me rendais dans une petite librairie, le seul endroit où je pouvais avoir la paix. Le propriétaire était devenu un ami bien qu’il ait presque atteint l’âge d’or, pour moi c’était mon grand-père de substitution. Je voulais y être rapidement pour retrouver mon calme après ce qu’il s’était passé au lycée.
Musique à fond dans les oreilles. Je me souvenais des commentaires du principal à propos de mon ami, Lucas, qui avait été accusé d’hacking sur les humanoïdes du lycée pour avoir des réponses lors des contrôles prévus prochainement. J'y étais convoquée avec lui.
Nous étions tous deux dans le couloir de l'administration du lycée, une rangée de cinq humanoïdes était à nos côtés. Lucas stressait, je pensais qu’il était innocent mais il m’avait avoué avoir pris des réponses dans la mémoire de certains humanoïdes qui étaient nos correcteurs de contrôle qui notaient impartialement. Cependant ce n’était pas la seule chose qu’il avait découverte.
La porte du grand bureau orné de moulures et de dorures sur les murs s’ouvrit, dès que je franchis le seuil de la porte, l'atmosphère changea, le directeur trônait sur son fauteuil ; un dossier si haut qui plombait encore plus l’ambiance de la pièce. À ses côtés, notre professeure de nouvelle avancée technologique, la plaignante. Nous étions séparés d'eux par un grand bureau en bois massif. Nous nous sommes assis sur les chaises qui faisaient face à nos accusateurs, elles étaient bien moins confortables que celle de notre juge, elles faisaient presque tache dans ce décor. Nous étions accompagnés des cinq humanoïdes du couloir qui s’étaient positionnés derrière nous, telle une barrière.
Après que Lucas s’était fait sermonner sur ses actes et reçu une punition, il y eut un grand silence. La prochaine accusation qui nous attendait n’allait pas être légère, mais nous savions que nous étions innocents, même si Lucas avait un don pour la programmation, tout le monde savait que notre professeure de nouvelle avancée technologique l'avait dans le viseur. Lucas avait déjà son avenir tracé, grâce à ses parents dans les forces de l’ordre il avait une place réservée dans une nouvelle équipe de contrôle d’humanoïdes policiers.
– Riley, sais-tu pourquoi tu es ici ? Le proviseur m’accusait sur un ton grave, alors que je n’avais pas encore prononcé un mot, son regard noir me fixait, il ne doutait pas de ma culpabilité.
Je regardais Lucas, nous avions tous deux remarqué l’air narquois de notre professeure. C'était elle la fautive, elle avait utilisé le même style de script que lui, elle connaissait sa manière de coder grâce aux évaluations qu'elle nous avait faites et elle seule pouvait les corriger.
Lucas avait découvert durant sa fouille des humanoïdes qu’elle détournait des fonds et m’en avait fait part, des lignes avaient été ajoutées. Ça ne pouvait être qu’elle.
– Je vous avoue que non Monsieur le Directeur, je ne sais pas pourquoi nous sommes face à vous en étant considérés comme coupables et non à vos côtés, à la place de notre professeure. Si vous me permettez, je peux vous prouver notre innocence.
Lucas avait fait une mine bizarre avant de comprendre quelle carte j'allais jouer. Je sortais de mon sac une petite sphère noire décorée de cercles. Lorsque j'appuyai sur un bouton qui était imperceptible à l'œil nu, les cercles se sont illuminés d'un bleu céleste.
Le codage de l’humanoïde apparut en hologrammes.
– Ce qui est en vert ce sont les lignes de codes originales, cependant entre certaines on voit des lignes qui ont été rajoutées ou modifiées, elles apparaissent en rouge. L’avantage du monde actuel, c’est que tout se sait. Ces lignes ont été modifiées en pleine après-midi, de plus, nous savons de quel ordinateur vient la modification. La tête de notre enseignante blêmit, elle ne faisait plus la fière, son corps s’était raidi, son vrai visage avait été mis à découvert.
– Toutes ces manipulations ont été faites dans la salle de nouvelles technologies. Selon nos emplois du temps du jour où c’est arrivé, ni moi, ni Lucas ne pouvions être présents dans cette salle. Il n'y avait que la professeure qui pouvait être dans cette salle à ce même moment.
– Riley vous essayez de vous dédouaner... Votre professeure m’avait fait part de ce que vous me montrez il y a quelque temps, on a retracé où allait tout cet argent et à quoi il allait servir. Riley… vous n’apprendrez jamais de vos erreurs, en plus de vous voiler la face, vous avez utilisé Lucas dans cette histoire. À quoi devaient servir ces armes ?
Mon visage se décomposa. Des armes, pourquoi il me posait cette question.
– Je suis déçu de vous mademoiselle, le fait de s'être fait exclure de toute civilisation pendant trois mois ne vous a pas suffi, vous n'avez donc rien appris de ce que les Droits de société urbaine vous ont fait subir.
Comment contenir la colère qui montait en moi, mes doigts blanchirent à force que je serrais les accoudoirs. J’essayais de paraître calme, mais cette situation avait le don de m'énerver en un temps record. J’allais être sanctionné et elle allait en ressortir indemne.
Le Droit de Société Urbaine – la DSU est le nom de la police spécialisée dans tous les milieux ruraux. Je suis connue de ce service à cause de ma mère, elle s'était fait passer pour la victime de toutes ses accusations, elle m'avait fait porter le chapeau d'une partie du réseau de trafic de drogue et d'armes qu'elle dirigeait, le fait que je sois la fille de mon père et de ne pas subir ses manipulations sans ronchonner avait suffi pour qu'elle fasse tout pour qu'elle détruise ma vie.
Toutes ses accusations ont pu décorer mon casier, rien n’était à mon avantage sachant que j’avais disparu depuis 5 ans sans aucun souvenir. Le fait que je sois encore mineure m’a sauvée de la prison, la DSU savait qu’il y avait quelque chose d’étrange, même si j’aurais pu être impliquée dans ces affaires, je ne pourrais pas être seule à diriger. Mais ils ont préféré choisir la facilité. J’ai été condamnée à 3 mois d’exclusion sociale.
Je sortis brusquement de ma rêverie en entendant des enfants qui riaient aux éclats entre eux, rattrapant leurs parents quelques mètres plus loin. Je pris de nouveau cette petite sphère, la faisant rouler doucement entre mes mains, elle me fascinait, je ne comprenais toujours pas l’entièreté de son système, elle était capable de faire tellement de choses, je ne savais pas encore pourquoi mon père a voulu tant me l'offrir.
Me rendant compte que j'étais déjà sortie du parc, je constatais les multiples voitures garées sur les trottoirs ne laissant qu'une infime partie pour laisser passer les piétons, bien qu'il y avait peu de passage à cette heure, les quelques personnes circulaient en file indienne.
Profitant de l'espace entre deux passants, je finis par enfin arriver dans la grande rue, à chaque fois que je la traversais, elle me semblait infinie. Alors que je m'apprêtais à tourner dans la petite ruelle de la librairie, une voix cria mon nom. Je m'arrêtai aussitôt, tétanisée, je me dis que c'était une personne de la DSU venue me chercher, que s’en était réellement fini pour moi.

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