Adieu refuge - 4

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 Le serveur passant non loin de moi, je profitais de cette occasion pour lui demander à nouveau un café et lui payer l’addition. Lorsqu’il quittait mon champ de vision, je voyais au même moment l'homme qui me regardait prendre la direction des toilettes.

L'homme était si grand, il me dépassait d'au moins trois têtes, il était imposant, chaque partie de son corps était dessinée par ses muscles et par des tatouages sur ses bras qu’on ne voyait presque plus la couleur de sa peau. Son visage était si pâle qu’on aurait dit que le soleil ne l'avait jamais touché. Ses yeux vair ressortaient en étant les seules couleurs de son visage, ils ressortaient d'autant plus avec la noirceur autour de ses yeux et ses lèvres fines qui étaient à peine rosées, cachées par une barbe qui lui descendait jusqu'au cou.

Il portait des vêtements des plus classiques mais sa ceinture avait une boucle qui attirait mon attention. Elle était argentée et ornée d’un corbeau qui battait des ailes. Il avait également un collier fait de perles et une croix qui descendait jusqu’au torse.

Mon intuition m’avait crié de le suivre, j’étais persuadée qu’il allait faire du mal à Chaïm pour je ne sais quelle raison.

Aussi discrètement que possible, je m’approchais des toilettes jusqu’à être au pas de la porte de la partie réservée aux hommes. Je collais mon oreille à la porte, risquant de me la prendre en pleine tête. J’entendais des murmures, je ne reconnaissais pas la voix à cause de la porte, alors j’ouvrais de quelques centimètres.

— Je me suis répété tellement de fois devant un foutu miroir ! Tout ça pour quoi ? Pour que je me ridiculise devant elle, ce n’est pourtant pas bien compliqué de lui dire que je l’aime.

Les mots de Chaïm étaient si clairs, je le savais, et pourtant, en l'entendant, cela me surprenait.

Le bruit d’une chasse d’eau et des pas lourds vers l’évier s’entendaient, c’était lui, l’homme qui me tuait avec son regard.

— Tu n’as pas à te donner de la peine pour elle jeune homme, je sais ce qu’elle est, elle va te porter malheur si tu la portes trop dans ton cœur. Trouve une autre âme que tu aimeras autant qu’elle et qui te le rendra.

Comment ça je lui portais malheur, la colère montait tellement en moi, je voulais confronter cet homme mais je me retenais de pousser cette porte qui me séparait d’eux.

— Comment ça vous savez ce qu’elle est ? Elle ne va pas me porter malheur, qu’est-ce que vous racontez, vous ne la connaissez même pas ! Taisez-vous.

Je m’écartais de la porte et marchais lentement rejoindre la table où mon café m’attendait. Le regard vide, cherchant dans mon esprit où était le dilemme, je ne trouvais rien. Pourquoi j’aurais été dangereuse pour lui. D’où cet homme me connaissait. D'un coup, je sentais une main froide m'agripper l’avant-bras d'une force qui me faisait frissonner.

— Tu sais que tu n’as rien à faire ici Riley, pars, tu n’aurais jamais dû accepter son invitation. Tu ne vas pas pouvoir être là pour lui, qu’il se détache de toi avant qu’il meure à cause de toi.

— D’où vous me connaissez ? Jamais je ne lui ferai du mal au point de le tuer.

— Un jour ça arrivera, maintenant pars avant qu’il ne trouve le courage de dire ses mots.

Il m’avait pris les épaules, tourné mon corps et m’entraînait vers la sortie. Tous les clients s’étaient retournés vers nous, attirés par l’attraction que l’on avait créée.

Je continuais de marcher sans être ancrée dans la réalité, pourquoi j’aurais été dangereuse au point de tuer quelqu’un, au point de tuer Chaïm. Cet homme connaissait qui j’étais, d’où je venais, beaucoup trop d’éléments s’étaient passés, je n’avais pas eu le temps d’avoir des réponses.

Chaïm me prenait dans les bras, m’empêchant d’avancer, il me faisait une étreinte, je sentais sa chaleur dans mon dos. Je restais fixe, son geste m’avait étonnée, je ne trouvais pas les mots ni les gestes pour lui redonner la même chaleur.

— Je suis désolé… Je pense que c’est mieux qu’on oublie cet épisode, je n’ai pas envie que notre relation change, finalement, c’est bien comme ça.

Il se positionnait devant moi, son corps ne tremblait plus, mais ses yeux étaient humides.

— Je sais ce que tu as voulu me dire Chaïm, je suis désolée de te dire que ce n’est pas réciproque, je ne suis pas du genre à croire les gens sans preuves mais après ce que m’a dit l’homme, je n’ai pas envie de te détruire. Je t’apprécie et je ne sais pas comment tu peux m’aimer alors que je ne me comprends pas moi-même, mais je respecte tes sentiments. Si tu veux t’éloigner de moi pour que ce soit moins difficile pour toi, on peut arrêter de se voir.

— Quoi ? Non je ne souhaite pas t’oublier. Depuis quand tu prends pour vérité la parole de gens que tu ne connais pas.

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