Les pas dans le silence
La fumée émanant de la cour est de plus en plus nauséabonde, elle se dissipe dans le ciel maussade. Depuis le plus lointain souvenir que j’ai, le ciel m’a toujours annoncé ce qui m’attendais, ces temps-ci la pluie, les nuages gris et la brume sont présent chaque jour et chaque nuit. Cela ne présage rien de joyeux, mais le temps qu’il n’y a pas un orage qui déchire le ciel, notre route devrait être supportable, sans trop de péripéties.
Les routes sont recouvertes d’une fine couche de poussière grise. Des détritus sont disséminés tout autour des bâtiments : vitrines brisées, sacs éventrés, morceaux de verre qui scintillent encore sous la lumière du jour. On ne voit presque plus la distinction entre les trottoirs et les routes, seulement un mélange de gravats, de papiers, de panneau arraché et d’objets abandonnés.
Toutes les voitures autour de nous ont les vitres éclatées. Certaines sont cabossées, couvertes de suie, d’autres ont été forcées puis abandonnées là, portières ouvertes. Les plus légères sont retournées sur le côté, comme poussées par la panique ou la foule. Malheureusement, aucune ne semble encore utilisable.
Un silence lourd trône dans la ville. Seuls nos pas résonnent sur le sol sale, chaque geste semble trop fort. J’ai l’impression que nous sommes en trop ici, je me sens oppressé dans ce grand espace.
Mes sœurs me suivent aussi discrètement que possible, mais leurs flèches s’entrechoquent entre elles à chaque mouvement de hanches, trahissant leurs pas de louves. Le bruit paraît anormalement fort, comme si chaque son pouvait dévoiler notre présence.
Je sens des regards nous scruter, derrière certaines fenêtres sans lumières, entre les ruelles étroites. Désormais le plus grand danger est parmi le silence.
Il va falloir qu’on surveille nos arrières. Sinon, nous risquons vite de passer de survivantes… à proies.

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